ANGLETERRE
National gallery. — L'Ange conduiSLint Tobie. La scène se passe dans un paysage montagneux. L'ange j vêtu de blanc, conduit le jeune Tobie sur une chaussée qui traverse la rivière. Tobie porte le poisson sous son bras. Derrière eux on aperçoit un voyageur qui se repose. Gravé par Appleton. Après avoir passé par les collections John Barnard et Emmerson , ce morceau a été légué à la Galerie nationale par le révérend \V. HoU-el Carr.
L'Adoration des Bergers. La Vierge est assise près de l'Enfant couche dans une crèche; saint Joseph est à sa droite; deux bergers adorent l'Enfant. Parmi d'autres figures de femmes et d'enfants on remarque un homme qui porte une lanterne et un petit garçon que suit un grand chien. Dans le fond on aperçoit deux vaches. Cette composition, menée à l'effet et d'une touche libre, est signée Rembrandt , 1G46. Elle a été gravée par Samuel Bernard , Shenton , Burnet et Sïevîer. Elle provient des collections Bandeville (1786, 3,000 fr.) et Tolozan (1801, 10,000 fr.), et elle a depuis appartenu à John JuHus Angerstein.
La Femme adultère. Elle est ù genoux et en larmes; un pan de sa robe est soutenu par un soldat romain. Parmi les Scribes et les Pharisiens qui l'entourent , il en est un petit et vêtu de couleur sombre qui demande contre elle l'application de la loi de Moïse.
Dans le fond, qui est enveloppé d'ombre, on aperçoit un autel richement paré où des prêtres officient et où montent des fidèles. Signé Rembrandt f. 1644. Gravé par Burnet , par W. T. Fry et par Philipps.
Peinture extrêmement finie sur panneau. Elle avait figuré en 1 734 à la vente du bourgmestre WiUem Six, où elle fut payée 2,5 10 florins. Elle fut portée en Angleterre par Lafontaine, en 1S07, vendue 5, 000 guinées , et cédée ensuite à la Galerie nationale par M. Angerstein.
Une lumière sourde, ou plutôt une lueur qui n'a point de nom, éclaire à la fois et obscurcit le temple, un temple fantastique où scintille un autel d'or et de pierreries, où Ton devine la foule en mouve-
ment et des prêtres couverts de trésors, où le mystère élargit l'espace, creuse les ombres et approfondit l'architecture. Un seul rayon descend sur le Christ et, de sa figure divine, va se refléter sur la femme adultère qui pleure à genoux. Ainsi apparaît pieds nus, sur le pavé du temple, celui dont la douceur doit régénérer le monde et qui va condamner le dur judaïsme, tandis que les prêtres juifs continuent là-bas, dans l'ombre, leurs cérémonies et leur culte d'où l'esprit de Dieu s'est retiré... S'il est quelqu'un qui puisse regarder ce tableau sans être ému jusqu'aux entrailles, qu'il renonce à pénétrer jamais dans les secrets de la peinture, à jamais comprendre la muette éloquence de ce grand art.
Descente de croix. Le Sauveur est étendu à terre, la tète posée sur Jes genoux de sa mère. Les saintes femmes et plusieurs disciples entourent son corps. Les deu.t larrons sont encore attachés à la croix. La foule a quitté ce lieu de désolation rendu encore plus mélancolique et plus solennel par les dernières lueurs du jour. Gravé par Picart, Jackson et Freeman. Ce n'est qu'une esquisse terminée en grisaille, mais elle est d'un beau sentiment. Elle a passé par les collections Barry, d'Amsterdam, sir Joshua Reynolds ( 1 795; 41 guinées) et sir George Beaumont. Sur panneau.
Jeune femme au bain. Elle entre dans l'eau entièrement nue et parait mesurer du regard la profondeur de l'eau. Ses vêtements sont posés sur un rocher qui ferme l'horizon. Après avoir appartenu à lord Gwydyr (1S26; iû5 guinées), cette peinture a été léguée £^ la Galerie nationale par le révérend W. Holwell Carr. Elle est signée Rembrandt/. 10=4.
ic La plus énergique page que nous trouvions ici de Rembrandt, dit iM. de Triqueti, c'est une Femme au bain, hélas ! une Bethsabée peutêtre dans les idées du maître, quoiqu'il soit difficile de choisir un modèle plus dépourvu de beauté. En revanche, il est impossible de voir une plus belle pâte, un modelé plus extraordinaire, un coloris plus chaud et plus fort. Il faut admirer, quoi qu'en disent le goût et le raisonnement. » [Les trois Musées de Londres, Vans, 1861.)
Rembrandt n'a pas choisi, en effet, et n'a p>as voulu choisir un autre modèle que celui de la paysanne de Rarep avec laquelle il se maria peut-être en secondes noces, vers cette même épioque (selon toute apparence). C'est le modèle dont la nudité épaisse et robuste reparaît dans
les figures de femmes gravées par le peintre en i658 et i65i, qui sont la Femme au poêle, la Femme au bain, \a Femme nue^ les pieds dans l'eau, la Femme à la flèche, 161, i63, 164 et 166 de notre œuvre.
Portrait d'un Juif. Il est assis et il appuie ses mains sur un bàron. 11 est coilTé d'une sorte de turban. Demi-figure de grandeur naturelle. Grave par Burnet , Shenton, Rogers, et imprimé en couleurs dans le supplément à l'ouvrage intitulé : Piclori^tl Gallerr of arts.
Un Capucin, buste, offert ii la Galerie nationale par le duc de Northumberland , en i838.
Un Rabbin, buste, provenant des collections du duc d'Argyle et de M. Hermans.
Homme âgé, cheveux gris et bonnet rouge. Il est assis à une table , ses mains sont jointes devant lui. Demi-figure. Elle est signée Rembrandt , 1659. Elle a été donnée à la National Gallery par lord Colborne en 1854.
Portrait de Rembrandt , âgé d'environ trente-quatre ans. Il est vu de trois quarts en demi-figure, coiffé d'un bonnet noir et couvert d'une pelisse bordée de fourrure. Il s'appuie sur son bras droit et regarde le spectateur.
Ce portrait est signé Rembrandt f. 1640, et au-dessous conterfeyct. Le mot conterfeyct, dont il ne s'est jamais servi, semble indiquer une copie. Le rédacteur du Catalogue dit, il est vrai, que c'est là un vieux mot hollandais qui répond à notre vieux mot français ^oi/r/ra;re, et qui se trouve aussi dans la langue allemande, car Sandrart appelle un portrait un contrafaet. Quoi qu'il en soit, la peinture nous paraît douteuse.
Rembrandt vieux. Il est en buste, vêtu de brun, et couvert d'un bonnet brun. Ses mains sont jointes. Acheté, en i85i, il la vente du vicomte Middleton,
Il y a une ressemblance frappante entre ce portrait et le Rembrandt à la serviette que nous avons au Louvre. Mais celui de Londres est d'une touche plus heurtée encore; il s'y mêle aussi, et avec une certaine affectation brutale, des tons crayeux qui ne sont pas ordinaires à Rembrandt. Cela pourrait bien inspirer quelques doutes; mais il faudrait pou^'oir confronter les deux peintures.
Portrait de femme. Elle est vêtue d'une robe très-brune qui laisse voir un corsage
clair ; elle porte des pendants d'oreilles en longues perles. Ses mains croisées sont posées sur un livre. Elle tient dans la main droite un mouchoir blanc. Demi-figure courte, grandeur naturelle. Signé Rembrandt /. 1666. Donné par lord Colborne, en 1854.
La Ronde de nuit. C'est une petite copie du fameux tableau. Elle a appartenu à Randon de Boisset et à M. Lafïitte. Donnée à la Galerie par le révérend Thomas Halford.
Hampton-Court. — Deux portraits. Celui O'un homme qui paraît être un rabbin juif et celui d'une femme vue à mi-corps. Le premier est beau.
DuLwicH GALLERY. — Le Songe de Jacob. Il est couché et endormi sur la gauche, sous un buisson. Du ciel, ouvert au-dessus de lui, descendent des anges.
Nous avons vu, il y a quelques années, le Songe de Jacob au collège de Dulwich; il est resté dans notre pensée comme une vision. Ce qui peut en donner une certaine idée, ce sont quelques eaux-fortes du maître, par exemple VAnnonciation aux Bergers; mais le noir et le blanc ne suffisent plus à exprimer ces êtres mystérieux qui, dans le petit tableau dont je parle, semblent pétris avec de la lumière et respirer Tair des régions ultra-célestes. Ce sont des figures étranges qui ne sont ni humaines ni angéliques, mais comme des oiseaux vus en rêve..., et, au-dessus de tout cela, une autre figure sort des abîmes de la lumière...
Jacob trompant son père. Isaac est représenté dans un lit richement couvert; il donne sa bénédiction ù son fils qu'il prend pour Esau. Morceau douteux, qui est plutôt de Jean Victor, comme le pense M""* Jameson.
Jeune Fille à la fenêtre. A mi-corps. Grandeur naturelle. Elle a été gravée en manière noire.
Un Portrait. \\ n'y a que la tèie, mais on y attache de l'intérêt, parce qu'on la regarde comme représentant le peintre Philippe Wouwcrmans.
Collection de la reine d'Angleterre. — Adoration des Mages. La Vierge, assise, tient sur ses genoux l'Enfant qui reçoit les hommages d'un des rois prosternés. Du côté opposé se tient le roi d'Ethiopie, qui prend des mains de ses pages une riche cassette. Le troisième mage regarde avec étonnement. Dans le fond, des serviteurs, des chameaux, etc. Peinture capitale et d'un grand effet, signée et datée de 1657. Elle provient d'une collection anonyme d'Amsterdam , 1715, 2,010 florins, et des ventes Bennengin, 17.6, i,5oo florins, Lormier, 1763, 2,3oo florins, et Grandpré, 1809, 70,000 fr. Retiré.
Le Christ apparaissant à Madeleine. 11 est vêtu d'une robe blanche et couvert d'un u. 34
L'ŒiUVRE DE REMBRANDT.
grand chapeau ; il tient une bêclie il la main. Plus loin on voit s'avancer deux disciples. La scène se passe au lever de l'aurore. Signé et daté de i638. Ce tableau avait été acheté 40,000 fr., eni736, pour le prince de Hesse-Cassel ; pris en 1806, il fut porté en France et donné à l'impératrice Joséphine qui le mit 5 la IVIalmaison ; en 1816, à la vente delà collection Joséphine, il fut acheté par un Anglais qui le revendit à George IV.
Nci.is avons vu deux fois ce tableau sublime ; une première fois, en 1854, au palais de Buckingham; une seconde fois à la grande E.xhibition de Manchester, en iSSy, où il figurait sous ce titre : Noli me tangere. Voici ce que nous en disions dans le compte rendu de cette Exhibition ' : « C'est un panneau qui a moins d'un mètre de hauteur sur un demi-mètre de large; mais que de poésie dans ce petit cadre ! Jésus-Christ apparaît à la Madeleine, vêtu en jardinier, couvert d'un grand chapeau de paille, tenant une bêche à la main. Et de même que la pécheresse ne le reconnut point, ainsi le spectateur ne le reconnaît pas non plus à la première vue. Cependant, envoyant à droite deux anges vêtus de clarté qui se tiennent, l'un à la tête, l'autre au pied du sépulcre ouvert, on saisit l'intention du peintre, on retrouve tout à coup le sens de cette peinture étonnante; la beauté du Christ, d'abord voilée, se révèle; sa divinité se débrouille, cet humble paysan se transfigure et devient le Fils de Dieu. La scène se passe sur la terrasse d'un jardin où l'on aperçoit dans l'ombre deux des saintes femmes qui s'en vont. Au fond du tableau s'étend un grand paysage baigné dans une lumière mystérieuse et ambrée, d'une indicible poésie, lumière étrange qui n'est ni le couchant ni l'aurore, mais qu'on dirait elle-même aussi miraculeuse que l'apparition du Seigneur après sa mort. Ne me touchei pas, dit Jésus à la Madeleine, et il semble, en effet, qu'au moindre toucher, ce corps lumineux va se fondre et s'évanouir dans l'essence divine... »
Le Conslructeur de navires. Occupé à dessiner un navire, il est interrompu par sa femme qui vient lui apporter une ictire Les deux figures sont de grandeur naturelle ,
I. Les 7'résors de l'ai-t à .Manchester, Paris, Pagncrrc, iSSy.
jusqu'aux genoux; elles sont habillées de noir avec des collerettes blanches. Datés de i633, ces portraits ont été faits par Rembrandt à l'âge de vingt-sept ans; ils sont au nombre de ses plus beaux ouvrages. Acheté, en 1810, iG,5oo florins à la vente SmethVan Alphen pour George IV, alors prince de Galles. Ce tableau est mentionné dans le Trésor de la curiosité; il a été gravé en manière noire par Hodges, et à l'eau-forte par J. de Frey.
Portrait d'un rabbin. Demi-nature, provenant de la collection Baring.
Portrait de femme. Elle paraît entre deux âges ; elle est blonde , vue presque de face à sa fenitre, et richement vêtue. Excellent morceau, dit M™^ Jameson, a superlative picture , dans le ton or. Daté de 1641. Importé en Angleterre par M. Nieuwenhuys en (814, et acheté pour le roi, à la vente lord Charles Townshend, au prix de i,ooû guinécs [26,25o fr.).
Le Bourgmestre Paneras et sa Femme. Il est richement vêtu, porte un chapeau à plume et tient dans ses mains un collier de perles, tandis que sa femme est occupée devant une glace à se mettre un pendant d'oreille. Provient de !a collection Jlenri Hope, et fut vendu, en 1816, 2SG guinces.
Rembrandt à l'âge de trente-six ans. Peinture délicatement modelée et d'un bon ton clair et dore.
Galerie Bridgewater. — Anne la prophétesse, écoutant Samuel qui récite des prières. Elle est assise près d'une niche, un livre sur ses genoux; l'enfant est agenouillé, les mains jointes. Dans le fond du temple, on aperçoit Siraéon qui porte l'Enfant Jésus dans ses bras, ayant Joseph et Marie près de lui, et, à quelque distance, l'autel avec les tables de la Loi et le serpent d'airain. Gravé par Fitler, et dans la galerie Staflbrd. Collections Flives, à Amsterdam, 1700, 3oo florins; Roos, l'i la Haye, 1747, 35o florins; de JulUenne, à Paris, 1767, 1,861 livres.
L'Action de grâces. C'est le petit tableau de la galerie Choiseul dont nous avons parlé plus haut, et qui fut vendu, en 1772, 4,200 livres.
Bien que ï Action de grâces soit mentionnée par Smith le père, dans son catalogue raisonné, comme faisant partie de la galerie Bridgewater, le tableau n^est pas décrit dans le catalogue de cette galerie, dressé par Smith fils.
Un Bourgmestre. Homme vénérable à barbe blanche, assis dans un fauteuil. Signé et daté de 1637. Gravé dans la galerie Staff'ord, par de Frey et Finden. Provenant de la vente de Geldemerster, iSoo. 1,625 florins.
Rembrandt, à l'âge de quarante-neuf ans. Signé et daté de i655. Gravé dans la galerie Stafford, et par Lewis. Collection comtesse Holderness, 1S02. 78 liv. sterl.
Portrait de femme. Elle est mise élégamment; elle porte des bijoux et un riche mouchoir de dentelles. Gravé dans la galerie Staff'ord.
Portrait d'homme. Simple étude, gravée dans la galerie StafFord.
Galerie Grosvenor (au marquis de Westminster). — Un Gentilhomme^ âgé d'environ trente ans. Il est vu de trois quarts ; il est vêtu de vert foncé ; il porte sur sa main gauche un faucon qui étend et agite ses ailes; à son côté pend une gibecière retenue par une chaîne d'or. Signé et daté de 1643 ou 1645. Collection Grandpré, 1809. Retiré.
Portrait d'une femme d'environ trente ans, jolie et blonde. Elle est coiffée d'un bonnet garni de plumes et rehaussé de pierreries. Les mains sont croisées ; la gauche tient un éventail; elle porte un riche collier et un manteau brodé. Retiré à la vente Grandpré, en 1809, au prix de 40,000 fr., avec le précédent,
« Ces deux peintures, dit M""= Anna Jameson, sont des spécimens de ce que tout ce que l'art peut faire. La permission de les voir est un privilège. Les personnages représentés ont vécu, se sont remués, ont eu l'être comme nous les voyons devant nous. La vérité de l'effet est ici, non pas diminuée, mais accrue par la sombre splendeur et la vapeur lumineuse de l'atmosphère oti l'artiste les a plongés. Rien ne m'a jamais donné à ce point l'idée d'une création, — de la vie communiquée par un mot, un désir, un souffle, un miracle ' ! »
Portrait de Berghem. Le cclèbre peintre est représenté en buste, i l'âge d'environ quarante-cinq ans. 11 porte un grand chapeau; il a des cheveux noirs et des moustaches. On voit une de ses mains. Peinture très-libre et très-rapide.
La Femme de Berghem. Elle est vue de face, en bonnet blanc et robe noire, mais sur sa robe elle porte une fraise plissée. Elle a ses deux mains l'une dans l'autre. Gravé par Schiavonetti, ainsi que le précédent.
Le portrait de la fernme de Berghem est aussi fini que celui de Berghem est hardiment touché. I^a personne que Berghem eut le malheur d'épouser est bien dans son portrait ce qu'elle est dans l'histoire : laide, maussade, avare et rechignée; mais l'exécution est excellente; le teint couperosé du modèle, le flasque des chairs et le reflet de la fraise sur le menton, sont exprimés avec un art admirable. Cela rappelle le portrait de la dame Six, femme du bourgmestre, qui est à Amsterdam, chez M. Six van HiUegom. Les deux portraits de Berghem et de sa
I, Nothing ever game me more the impression of a création, — somelhiiig brought înto being by a Word, a wish, a breath, a miracle. Private pictitre gallcrics London, 1S44.
femme furent exposés en septembre i863, à Londres, dans les salles de la British-Institution, à Pall-Mall.
La Visitation. Elijabeth descend les degrés de sa maison pour embrasser ia Vierge. Elle est suivie de Zacharie que soutient un jeune garçon. Derrière la Vierge, on voit une négresse qui ôte son manteau; plus loin un serviteur qui tient l'âne sur lequel la Vierge a voyagé. Un chien , un paon et une poule avec une couvée de poussins achèvent la composition. C'est un morceau que les Anglais comparent, pour la beauté, l'expression, la magie, à la Femme adultère de la National Gallery. Signé et daté de 1640. Gravé par Burnet. Provenant de la collection du roi de Sardaigne.
Collection de feu sir Robert Peel. — Moise sauvé. La scùne a pour cadre un paysage boisé et peu étendu. Thermutis et ses femmes sont arrêtées autour de l'enfant. La princesse vient de sortir du bain. Une suivante nue jette un manteau sur ses épaules ; une femme nue se tient à ses côtés ; trois autres se penchent sur le berceau. Peinture admirable, gravée dans la galerie Choiseul, et qui a passé successivement dans les ventes Choiseul, 2,o3i liv.; prince de Conii, 1777, 1 ,400 lîv.; Boileau, 1787, i,aoo fr.; et de Saint- Victor, 1822,2,550 fr. '.
Portrait d'un Gentilhomme d'environ quarante ans ; cheveux courts et noirs ; moustache rougeàtre; il porte un habit gris foncé, une collerette tombante garnie de dentelles et une chaîne d'or. Forme ovale.
Paysage boisé. A droite du spectateur coule une rivière sur les bords de laquelle sont trois vaches. Du côté opposé on voit assis, l'un près de l'autre, un homme et une femme, le premier lisant. Un chien est couché derrière eux. On distingue quelques autres figures dans les enfoncements du bois. Grand effet d'ensemble, presque pas de détails. Ce paysage, provenant de la collection de Roore (1747, 35o florins], était en 1821 chez lord Radstock, pour le compte duquel il fut vendu li sir Robert Peel 3oo liv. sterl.
Collection du duc de Devonshire. — Un Grand Prêtre juif, à barbe grise, les mains l'une dans l'autre. Il est coiffé d'un turban et porte un manteau qui est attaché sur la poitrine avec des agrafes en or ciselé. Peinture finie, gravée par Pether, Spencer et Gôrling.
Le duc possède encore, dans sa résidence de Chatswoth, plusieurs excellents dessins de Rembrandt à l'encre de Chine ou au bistre, paysages, études et sujets de sainteté, entre autres une Sainte Famille et la Vierge donnant un baiser à l Enfant.
I. M. de Saint-Victor, qui a possédé tant de beaux tableaux dont la collection serait aujourd'hui une fortune, était le père de Paul de Saint-Victor, le si brillant écrivain.
Collection de lord Derby. — La Robe de Joseph. Deux des frères de Joseph remettent à leur père ia robe ensanglantée de Joseph. Jacob, saisi d'horreur, lève ses mains avec désespoir. Benjamin, pendant ce temps, joue avec un oiseau. Daté de lôSg. Provient de la vente d'un artiste faite ;\ Paris en 1773.
D'après la description de Smitli, la Robe de Joseph aurait de l'analogie avec l'estampe si expressive, si bien sentie et si précieuse que nous avons décrite sous le n° lo : Jacob pleurant la mort de son fils Joseph, Mais le tableau est plus riche d'une figure, celle de Benjamin, dont la naïveté enfantine ajoute par le contraste à ce qu'il y a de tragique dans la douleur paternelle de Jacob. Les grands maîtres, les vrais maîtres font servir le contraste à rendre plus puissante l'unité de l'impression. Voilà comment la comédie peut trouver place dans les scènes pathétitiues. La figure de cet enfant qui joue avec un oiseau tandis qu'on apporte la robe ensanglantée de son frère est un de ces traits que la nature fournit tous les jours à l'observation, mais qui ne sont observés que par les hommes de génie. Que le comique intervienne., si l'on veut, dans la tragédie, mais pour L'[u'elle en devienne plus navrante. Cela est vrai dans l'art comme dans la littérature.
Collection de lord Cowrer, à Panshanger. — Portrait d'un personnage qui paraît de trente à trente-cinq ans. Il est derrière une table couverte d'un tapis, et sur laquelle on voit un livre ouvert et un autre livre placé sur les feuillets du premier. Il tient son chapeau de sa main gauche étendue. Morceau de toute beauté, signé et daté de 1644.
Portrait équestre, dit de Turenne. Le héros paraît environ quarante ans ; il est monté sur un cheval de bataille et semble passer dans la rue d'une ville hollandaise. Le fond du tableau représente d'un côté trois gentilshommes dans un carrosse, avec deux serviteurs, et, du côté opposé, une femme à pied. Ce portrait, peint vers 1649, se trouvait, dit Smith, dans une collection anonvme vendue à Amsterdam, en 1740, et avait été alors adjugé au prix de 50 florins.
Le portrait équestre de Turenne par Rembrandt?... Je ify croyais guère, bien que ce morceau fût mentionné dans le Catalogue de Smith et dans le livre de M. Waagen : Art treasures in England. Mais cela m'avait beaucoup intrigué, et j'avais depuis longtemps une extrême curiosité d'y aller voir. J'y fus décidé tout récemment, comme je me
trouvais avec mon frère au magnifique château de Hatfield, dont la marquise de Salisbury voulut bien nous faire les honneurs avec une grâce accomplie, en nous donnant l'assurance que le portrait de la galerie de Panshanger était bien réellement celui de Turenne. J'allai donc visitei la galerie de lord Cowper avec la permission de sa seigneurie. Le château de Panshanger est situé au milieu des bois dans le Hertfordshire, à six milles de Hatfield, à soixante milles environ de Londres.
Quatre heures sonnaient quand j'arrivai au château après une forte averse. Le soleil a^ ait percé les nuages et donnait justement dans la grande galerie, mais il n'en éclairait qu'une extrémité, et le Rembrandt était par malheur à l'extrémité opposée. Un Raphaël, un Corrége, recevaient les derniers rayons de ce soleil d'automne (c'était le 1 3 octobre i863), dont il n'arrivait que des reflets éloignés sur le grand portrait de Turenne, qui demeurait ainsi dans un demi-jour rembranesque. — Le personnage représenté paraît un peu moins de quarante ans. Il a les joues pleines, le nez gros, des moustaches, le teint coloré, la mine sévère, l'œil assez dur. 11 porte un chapeau élégamment orné d'une plume légère qui suit la ligne horizontale. Son costume se compose d'une fraise tombante à gros plis et d'un justaucorps de buffle, sur lequel passe une écharpe blanche formant sur la hanche gauche un bouffant. De sa botte éperonnée il presse le flanc d'un cheval gris de fer, à crins pendants, qui se cabre. Le fond, devenu très-sombre, m'a paru être un grand bois; mais d'après la description de Smith, ce fond représenterait une rue de ville hollandaise, sans doute ombragée d'arbres. La seule chose que j'y aie distinguée, c'est un carrosse dans lequel passent trois gentilshommes escortés de deux écuyers dont on ne voit que les têtes par- dessus l'impériale du carrosse.
Le tableau est peint dans la dernière manière de Rembrandt, si robuste, si généreuse et si fière, à peu près comme les Syndics de la Halle aux draps. C'est dire assez que la pâte en est solide et la touche résolue ; qi:elques endroits exécutés rapidement et strapassés m'ont
rappelé le portrait du bourgmestre Six mettant ses gants, qui est à Amsterdam, chez M. Six van Hillegom. Au soleil de midi, la peinture de Panshanger doit être superbe : à l'heure où je l'ai vue, eUe était imposante. Elle remplit, du reste, magnifiquement le fond d'une galerie de chefs-d'œuvre; elle est, enfin, d'un intérêt considérable non-seulement parce qu'il n'y a pas d'autre exemple d'un portrait équestre peint par Rembrandt, mais encore à cause du personnage dont elle porte le nom glorieux.
Le héros représenté me paraît bien être en effet le maréchal de Turenne, tel que nous le connaissons par la belle estampe de Nanteuil, mais plus jeune au moins de quinze ans. Né en 1611, Turenne avait trente-huit ans en 164g, lorsque, destitué de son commandement piar Mazarin, il se retira en Hollande. Ses mémoires nous apprennent qu'il y séjourna un mois seulement, jusqu'à ce qu'il eut appris le traité de Rueil. Or, la manière qui est si lisiblement écrite dans le portrait qui nous occupe est justement celle que Rembrandt pratiquait en 164g, sept ans après avoir peint la Ronde de nuit, et qui, gagnant chaque jour de l'ampleur, de la sûreté, de fénergie, devait aboutir, en 1661, au tableau des Syndics, dernière expression d'une peinture qui est la réalité de la vie vue en grand, mais serrée de près.
En confrontant le lendemain l'estampe de Nanteuil avec le portrait présent à notre souvenir, nous y avons trouvé une ressemblance incontestable, quoique l'estampe, gravée en i655, soit de seize ans postérieure à la peinture. Donc, que Turenne, durant son rapide séjour en Hollande, ait eu l'idée de se faire peindre par le plus grand artiste du pa) s , — tout semble le prouver, et en tout cas rien ne s'y oppose.
L'autre peinture de Rembrandt que possède lord Cowper est sans doute le portrait d'un comédien dans l'action de son rôle, car le personnage se lève vivement du siège sur lequel il était assis derrière une table, et il semble parler avec beaucoup d'animation à une personne qui serait placée à sa gauche, et vers laquelle il étend le bras en pa-
raissant agiter son chapeau. Rembrandt a peint ce morceau en 1644, deux ans après la Ronde de nuit, et dans la même manière.
Collection de lord Ashburton. — Coppenol, âgé d'environ cinquante ans. II tient une feuille de papier et une plume, et il regarde le spectateur. Ce portrait rappelle l'estampe gravée par Rembrandt et dite !e Grand Coppenol. Il a été aussi grave par Surugue et ii a fait partie de la galerie Lucien Bonaparte.
Cornélius Jansénhis, âgé de cinquante ans environ. Il porte un gant à sa main droite et paraît se promener. Signé et daté de 1661. Morceau très-fini et très-riche de ton. Il figurait à la vente Séréville, 181 1, 5,071 fr., et en f83i' à celle du prince de Talleyrand , 12, 5 00 fr.
Jansénius étant mort en i638, auraît-il été peint par Rembrandt en 1661 ? Cela est peu vraisemblable pour un artiste qui peignait toujours d'après nature, à moins que la date n'ait été mal lue et ne soit i63i.
Portrait de Rembrandt ^ dans un âge avancé. Il est peint d'une main magistrale, dans sa dernière manière; mais la lumière est froide et l'ombre épaisse. Provient de la galerie du duc de Valentinois.
Deux portraits , en pendants; un jeune homme et sa jeune femme. Ces deux portraits, datés de 1G41, ont fait partie de la galerie de Hesse-Cassc! , d'où ils ont été transportés, en 1806, à la Malmaison. On les compte parmi les plus étonnantes peintures du maître.
Collection de lord Ward. — Prédication de saint Jean-Baptiste. C'est un tableau non terminé et qui n'a pas i mètre de large sur 70 centimètres de haut; maïs dans ce petit cadre, d'un prix inestimable, sont réunies un très-grand nombre de figures. Grisaille préparée au bitume et mêlée çà et là de quelques tons précieux.
Portrait de vieillard. U a les cheveux blancs et une barbe blanche. 11 tient une plume ;\ la main et il est assis à une table oii on voit un livre ouvert dans lequel sont écrites plusieurs lignes en grec.
Un Bourgmestre. Il a été photographié, ainsi que les précédents, dans un ouvrage spécial publié parColnaghi, il Londres.
Collection de lord Overstone. — Un Paysage. C'est celui qui se trouvait, en lybi, dans la vente du comte de Vence. Il fut vendu 3oo livres, ainsi que nous l'avons mentionné dans le Trésor de la curiosité'.
Nous Tavons vu à la grande Exhibition de Manchester^ et nous en
avons dit : ... Paysage incomparable, où le maître subordonne Hob- II. 35
berna, domine Albert Cuyp, éclipse Everdingen^ écrase Wyiiants et fait pâlir le grand Ruysdael lui-même.
Collection du marquis d'Abercorn. — Descente de croix-. Le corps du Sauveur repose sur un linceul. La Vierge se penche tristement sur la tête de son fils. Elle est assistée par une sainte femme, par un des disciples et par Joseph d'Arimathie , vieillard vénérable, en cheveux blancs. Une jeune femme (la Madeleine) se tient auprès de la croix. Une vieille femme est aux pieds du corps. Peinture très-finie et d'un grand sentiment. Elle est datée de 1640.
Collection de sir Bethel Codkington. — Jésus-Christ, représenté i l'âge de trentecinq ans,- les cheveux partagés sur le sommet de la tête et tombant sur ses épaules. Ses deux mains s'appuient sur un bàion. Figure de grandeur naturelle, signée et datée de if'>6r. Ouvrage remarquable, dit Smith.
Collection Berkeley Oven. — Femme à sa toilelle. Elle est occupée ;"i nouer la manchette de son bras droit; elle a des perles dans ses cheveux qui sont retenus par un mouchoir blanc Un \ crre et un vase son: posés sur une table près d'une fenctrc. Tableau de prix.
Collection de sir Antonv Rothschild, — L2 Nourrice. Elle a fait monter un enfant sur une chèvre, tandis qu'une petite fille s'amuse avec un jouet qu'elle lient à la main. Naïveté, expression, efTct de soleil, touche libre et indicative, tout cela est admirable dans ce tableau qui, aprcs avoir passé par les collections Walckenaer (I/qO, i,4i3 florins) et Brentano (1S22, 3,2o5 fr.), a été acheté Gioguinées à la vente de la collection Nieuwenhuys.
Portrait de Rembrandt avancé en âge. Ton clair, lumière blonde et un peu grise.
Collection Samuel Rogers. — Composition allégorique, en grisaille. On croit qu'elle représente la délivrance des Provinces-Unies. On y voit beaucoup de figures d'hommes ù pied et i cheval, et l'on y remarque surtout un lion enchaîné au pied d'un rocher sur lequel s'élève l'arbre de la liberté. Sur le rocher on lit ces mots : Soli Dca f^loria. Cette grisaille provient des cabinets de sir Joshua Reynolds et de Benjamin West; elle avait coûté au poïite Rogers 247 guinécs.
Portrait de Rembrandt à l'âge d'environ soixante ans. Il porte un manteau brun garni de fourrure, un bonnet de velours et une chaîne à laquelle est suspendue une médaille.
Paysage où l'on voit quelques arbres sur une colline, un cavalier et un piéton; dans le fond, une plaine terminée par un horizon brillant. Harmonieux et blond,
La collection de Samuel Rogers a été vendue après sa mort^ il y a quelques années; mais faute de savoir entre les mains de qui sont maintenant les tableaux du poète, nous les laissons ici sous son nom.
Collection de lord Ashburnham. — Renier Anslo et sa mère. Anslo est âf;é Je quarante ans environ. Il est à côté d'une table sur laquelle est posée sa main droite , tandis que sa gauche levée indique qu'il parle à sa mère, assise à la gauche de son fils. Sur le tableau on remarque une pile de livres et un chandelier à deux branches. Signé et daté de 1641, et gravé par Josiah Boydell. Collection sir Lawrence Dundas, 1794, 540 livres sterling.
Il est remarquable que le portrait d'Anslo a été peint par Rembrandt Tannée même où il a gravé l'estampe qui est décrite dans notre œuvre sous le n" 170. 11 y a cependant des différences notables entre le portrait gravé et le portrait peint, sans parler même de la différence principale qui consiste dans la présence ou l'absence d'une seconde figure. Preuve de plus que Rembrandt ne s'est jamais répété; qu'il n'a jamais été satisfait de ses inventions au point de les reproduire, en peinture ou à l'eau-forte, sans y rien changer.
Collection William Hope. — L Amiral Tromp. C'est le nom sous lequel on désigne le personnage représenté. Il paraît âgé de cinquante et quelques années; il est couvert d'un bonnet rayé de rouge et de jaune, et il porte moustache; sa main gauche s'appuie sur son bâton de commandement qui est en or. Portrait d'une beauté supérieure, daté de i65i. Collection du chevalier Érard, i832, 17,100 fr. [L'amiral Martin Tromp avait en effet, en i65i, cinquante-quatre ans.)
Collection Henri-Thomas Hope, à Londres, dans Piccadilly. — La Nacelle de saint Pierre. Provenant de la fameuse collection Braamcamp, et achetée 4,36o florins, eni77i, par Th. Hope.
On trouvera ce tableau longuement décrit dans le Trésor de la curiosité (au supplément du I'' volume) , d'après le catalogue hollandais délavante Gerret Braamcamp, faite à Amsterdam en 1771. Rembrandt y a représenté d'une manière pathétique une tempête affreuse, un ciel sinistre, sillonné d'éclairs, le désespoir du pilote, l'effroi mortel des disciples et la divine sérénité de Jésus, qui était couché sur la poupe de la nacelle et que l'on réveille précipitamment. C'est une de ces peintures dont le souvenir vous poursuit pendant toute la vie, ou plutôt qui laissent dans l'âme une impression ineffaçable avec un souvenir vague et d'autant plus terrible.
27fi L'ŒUVRE DE REMBRANDT.
'Portraits de famille. Nou^ avons vu ces deux portraits à l'Exhibilion de Manchester, et nous en avons parlé en ces termes dans notre petit livre sur cette Exhibition , Les Trésors de l'art à Manchester :
« Bien que datée de i633, c'est-à-dire d'une époque où l'artiste n'avait que vingt-sept ans, cette peinture, passée, finie avec soin, est déjà grave et mystérieuse. Les deux personnages sont vêtus de soie noire avec des collerettes empesées i l'homme debout, le chapeau sur la tète, au pied d'un escalier ; la femme assise au premier plan, une main appuyée sur le bras du fauteuil, l'autre gantée d'un gros gant à fourrure. La blancheur tempérée de sa large fraise tranche sur le noir transparent et profond de la robe, dont le corsage est d'une étoffe chamois ramagée d'or qui forme une transition charmante entre le noir et le blanc. Pour tout fond, une chaise vide et une carte géographique sur le luur. Il est surprenant qu'un jeune peintre ait pu concevoir et exécuter ce double portrait avec tant de réserve, de discrétion et de sagesse. C'est un morceau exquis. »
Petit paysage. Une plaine traversée par une rivière sur les bords de laquelle s'élèvent quelques fabriques : sur le devant, deux arbres. Le ciel est chargé de nuages. Parmi les paysages de Rembrandt, qui sont ordinairement assez peu faits, celui-ci est remarquable par le soin que l'artiste y a mis. Il est sur bois, de forme ovale.
Collection Viscolnt Ct.tFDEN. — Le Bourgmestre Si.v. 11 est représenté ii mi-corps, un peu tourné vers la droite, et beaucoup plus jeune que dans le portrait qui est ,\ Amsterdam chez M. Six II est nu-tète; une lumière vive tombe sur ses longs cheveux d'un blond ardent que fait encore ressortir son manteau noir.
La Femme du bourniestre Six. Elle est i mi-corps, tournée vers la gauche, et fait ainsi pendant au portrait de son mari. Le peintre l'a représentée en cheveux, très-richement vêtue, avec dentelles, perles et bijoux: le fond est sombre. iM.\Vaagen croit reconnaître ici la main de Ferdinand Bol, et il se peut bien qu'il n'ait pas t3rt.
Ces deux portraits de prix appartenaient à lady Dover ; le premier fut exposé en i853 àlaBritish-histitution, oi^i nous le vîmes. 11 nous fut donné de le revoir en septembre i863, à l'Exposition annuelle du même établissement dans Pall-Mall. Il est peint grassement , avec fer-
meté, d'un beau ton et dans la manière mixte de Rembrandt. Le vêtement et la main qu'on aperçoit dans Tombre sont sacrifiés au triomphe de la tête qui s enlève sur un fond clair et qui est dorée comme elle le serait par un rayon de soleil tamisé. Le second portrait est traité avec beaucoup de délicatesse et précieusement fini.
Collection Joseph Neei.d. — Joseph accusé par la femme de Putiphar. La scène se passe dans une chambre dont le centre est occupé par un lit. D'un côté du lit est assise la femme de Putiphar, qui , la main sur son coeur comme pour protester de la pureté de ses intentions, désigne le prétendu coupable à son époux; celui-ci, richement vêtu d'un costume asiatique, se tient derrière le siège de sa femme et l'écouie avec calme. De l'autre côté du lit, Joseph lève les yeux et les mains au ciel. Acheté 180 guinées par M.Hickham et Carpenter, à la vente Willoughby, eniS2o, le tableau en question fu: revendu pour une somme énorme à sir Thomas Lawrence, et fut poussé il sa vente, en i83o, à 570 guinées [environ i5,ooo fr.].
Portrait de Rembrandt , dans ses dernières années. Couleur chaude et transparente . manière heurtée.
Collection lady Clarke. — Le Denier de César. Un Pharisien, richement vêtu, montre une pièce de monnaie à Jésus, qui a une main étendue. Dix figures entourent ces deux personnages, placés au premier plan; plus loin on en voit quatre autres. Daté de 1645. Provient de la vente Robit , 1801. 8,S5o fr.
Rembrandt portant un drapeau. Il est vu presque de face, à l'âge d'environ cinquante ans. Sa tèie est couverte d'un grand chapeau à plumes. Une cuirasse bi-illc sur sa poitrine. Connue par une gravure de Haid , cette peinture a passé par les collections Verhulst, 1773 , i,354 llorins ; Lebceuf, t;82, 5,3qo fr.; Robit, 1801, 3,095 fr. Elle appariint à George IV, qui la céda, en échange pour d'autres peintures-, à l'expert Lafontaine.
]! est très-probable que le Porte-drapeau de lady Clarke est celui qui se trouve maintenant dans l'hôtel des Rothschild^ à Paris. Nous en avons fait mention, dans Y Histoire des peintres, à larticle d'Isaac d'Ostade^ auquel est ajoutée une longue note sur la collection du baron James de Rothschild. Mais ÎI existait encore un second tableau du même genre avec dilTérences, dans les mains de sir Joshua Reynolds; c'est le Porte-drapeau qui avait été envoyé à TExhibition de Manchester par lord Warwick.
Collection sut Ai3Rah.\m Hume — Van Hooft, historien et poC-te célèbre. Il est re-
présenté à l'âge de soixante-cinq ans. Il a sa main droite posée sur un buste d'Homère qui est placé sur une table. Signé et date de i653. Morceau capital, dit Smith, et de la meilleure manière du maître.
Je ferai remarquer ici encore que Van Hoqft élani mort en 1647, n'a pu être peint en i653 par Rembrandt, qui n était pas homme à faire un portrait autrement que d'après nature. Le buste d'Homère indique bien en effet que le personnage représenté est un poète; mais ce peut être Vondel ou tout autre. Van Hooft est d'ailleurs célèbre comme historien, et non comme poète-, car les Hollandais l'appellent unautve TaciiQ^ aller Tacitus. Dans l'ouvrage de M. Waagen , ^r/ treasures in England, ce prétendu portrait de Van Hooft est mentionné comme appartenant aujourd'hui au comte de Brownlow.
FiTz William Muséum, à Cambridge. — Un Officier^ âgé de cinquante ans, vu de trois quarts, la main droite sur sa hanche, la gauche sur la garde de son épée. Il porte un bonnet de velours, orné de plumes, et une riche chaîne d'argent à son cou. Signé et daté de t635. Excellent portrait, gravé en manid-re noire par Pcthcr, et au burin par Cardon.
Collection Jeremiaii IIauman. — Ecce Homo. Pdate s'est levé de son siège pour échapper aux demandes importunes de quatre prêtres dont deux l'implorent à genoux, tandis qu'un cinquième harangue la multitude. Jésus-Christ se trouve un peu au-dessous, les mains jointes, une couronne d'épines sur la tête, un manteau sur les épaules. Des soldats et le peuple remplissent la cour du prétoire; on ne voit que leurs têtes. La statue de Tibère qui surmonte une colonne donne une date à la scène. Composition en grisaille, rappelant celle que le peintre a gravée. Vendue avec un autre tableau, A la vente du bourgmestre Six, en 1794, 14 Horîns, elle a passé depuis par les collections GoU , Brondgeest et Emmerson.
Grand Prêtre juif . Il est revêtu de ses habits sacerdotaux, et il porte un livre sur le bras gauche. Devant lui est une table couverte d'un drap richement brodé et sur laquelle est un vase d'or. Le lieu où il se trouve est le Saine des saints, et l'obscurité y ajoute un caractère religieux et solennel.
Bleinheim palace, résidence des ducs de Malborough. — La Femme adultère. La composition contient cinq figures à mi-corps ; le Christ, saint Jean, la femme accusée et deux personnages qui l'accusent; elle est remarquable, quoiqu'on ne puisse la comparer à l'incomparable tableau qui est à Londres, dans la National Gailery.
Stouiœead-House, résidence de la famille Colt Iloare. — Elisée rendant à la vie l'en- ['ant d'une veuve, Gravé en manière noire par Earlora. Deux bohémiennes, au clair de lune. Gravé par Canot.
Collection de lord Northwick. — L'Ange rassurant Tobie. M. Waagen dit que l'expression des têtes ne lui semble pas en rapport avec le sujet, et que l'exécution Cît trop négligée.
La même collection, ajoute M. Waagen, renferme un portrait d'homme, très-fini, dans un ton doré mais étoufTé, subdued goldcii tone, et un bon portrait d'un homme et de sa femme.
Collection du marquis de Lansdowne. — Portrait de Rembrandt, à l'âge d'environ soixante ans, en bonnet blanc, veste rougeàtre et manteau brun doublé de fourrure. Il tient de la main gauche palette et pinceaux. Sa main droite est sur la hanche. Sur les murs de son atelier sont tracées des figures géométriques. Ce portrait, dit Smith, a été gravé par de Marcenay lorsque la toile était dans la galerie du comte de Vence. A la vente de cet amateur, il fut payé 481 £r. seulement; puis à la vente Danoot, à Bruxelles, en 1828, f),45o florins.
On voit d'après la description que le tableau appartenant au marquis de Lansdowne est assez semblable à celui qui est au Louvre et que nous appelons le Rembrandt à la serviette.
Un Bourgmestre. Il est d'un âge moyen, en chapeau noir, longs cheveux et collet tombant. Belle esquisse.
Portrait d'une dame d'environ trente-six ans ; en bonnet de dentelle et fraise, corsage jaune brodé et robe de soie noire. Elle est debout, la main gauche appuyée sur une table, la droite sur le corsage. Elle semble adresser la parole à quelqu'un. Beau portrait, signé et daté de 1642 ; provenant de la collection de lord Warncliffe.
Paysage an moulin. C'est le paysage gravé dans la galerie d'Orléans, sous le titre : Moulin de Rembrandt , et par Turner dans les Gems of art f joyaux de l'art). Le marquis de Lansdowne l'a payé Soo guinées (21,000 francs).
Petit paysage. Dans le milieu du fond, un pont et un chemin qui y conduit; sur le devant, une rivière et deux hommes dans un bateau; au centre, des arbres éclairés d'une vive lumière. Provenant de la collection Lapeyrière et acheté par le marquis à la vente Gray.
Lowtîier-Castle , résidence du comte de Sousdale. — Bélisaire aveugle, conduit par un jeune gar(^on. Derrière eux est une figure d'homme. Ce sujet n'est pas de ceux qui sont familiers à Rembrandt; cela n'empêche pas que l'ouvrage ne soit digne de lui.
Glasgow Collège. — Jésus mis au tombeau. C'est une peinture en grisaille, mais d'un ton chaud et d'une composition bien remplie.
Collection du Révér. M. Colby. — Portrait de Jean Elison, ministre de l'Église anglicane à .Amsterdam. H est vêtu de noir et assis près d'une table couverte de livres; sa
L'ŒUVRE Di- REMBRANDT.
main droite, rendue avec une vérité étonnante, s'appuie sur le bras droit du fauteuil ; la gauche est dirigée sur lui-même.
Portrait de la femme d'Elison. Elle est aussi en noir, coiffée d'un chapeau à larges bords qui projette une ombre transparente sur son visage.
Ces deux portraits, remarquables par leur beauté et leur conservation, sont peints d'un ton clair et avec soin , comme presque tous les ouvrages de Rembrandt dans sa jeunesse. Ils sont, du reste, signés et datés de iGS^..
Collection de lord Spencer, il Ahhorp. - La Circoncision. Petite peinture, datée de 1661. Effet surprenant; touche très-spirituelle.
La Mère de Rembrandt. Elle est vue jusqu'aux genoux et assise à une table sur laquelle est posé un grand livre, M. Waagen la trouve trop richement vêtue pour être la mère du peintre. The rich dress makes it probable.^ in viy opinion^ iliat some other îady is represented. Cela prouve que l'habile connaisseur ne se rappelle pas bien les estampes du maître.
Woburn-Abbey, résidence du duc de Bcdford. — Portrait de Rembrandt ^ jeune, en habit de fourrure et portant une chaîne d'or.
Portrait d'un vieux rabbin, avec une chaîne d'or au cou. Morceau vigoureusement empâté et plein d'effet, maïs d'un faire dur et hàtif.
Le duc de Bedford possédait encore, à Londres, dans Belgravïa, un portrait de jeune fille que nous y avons vu et qui est bien senti.
Collection Munro. — £11 Mort de Lucrèce. Elle est vue de face et s'est un peu levée pour se plonger le poignard dans la poitrine. Daté de 1644, ce tableau, d'une riche couleur et d'une belle touche, vient des collections Lapeyrière, 1625, i,3oo fr., et Michel Zachary, 1828, 110 guinées.
Rembrandt, dans un ùge avancé. Effi:t puissant ; peinture grasse.
Collection Holford. — Trois portraits, i" Un homme qui a une main sur sa poitrine. Waagen compare ce portrait à celui du constructeur de vaisseaux. 2. Un vieillard dans un fauteuil. 3, Un homme vu presque de face, et portant une chaîne d'or.
M. Holford a aussi deux dessins admirables du maître, dont un paysage.
Collection de lord Colborne. — Portrait d'un Vieillard, peint dans la dernière maniiire du peintre, c'est-à-dire avec beaucoup de liberté, d'esprit et de feu. C'était un des plus beaux ornements de l'exposition faite en i852 par la British Institution
Cabinet de feu sir Charles Eastlake, directeur de la National Gallery. — Une Vieille femme, vêtue de noir et vue de face; elle porte un bonnet blanc et une fraise. Signé Rembrandt f. 1G34, Ae suœ., S3. Provenant du cabinet de M. Wells.
Collection de lord Carlisle, — Rembrandt, dans sa jeunesse. Petit morceau transparent et mordoré.
Portrait d'homme. Il a un large chapeau et un grand collet ; il tient une plume et du papier. L'expression du personnage est remplie de noblesse, et, sauf les mains, qui sont un peu négligées, la peinture est admirable ; et, comme dit Waagen, dans le ton or,
golden loue.
Collection Wombwell. —Lwcrèce. Elle tient un poignard dans sa main droite. Signé et daté de 1666. La composition de Rembrandt, dit Waagen, est ici plus noble que d'ordinaire,
L'Ange annonçant la naissance de Sa}7îSon. Ce tableau rappelle celui du Louvre, l'Ange qui disparaît devant la famille de Tobie ; mais la peinture a plus de consistance et de corps.
Portrait d'un homme, en cliapeau Ci plumes, tenant un faucon sur le poing. Couleur chaude et profonde.
Collection Wynn Ellis. — Portraits d'un homme et de sa femme. Ils sont signes et datés de i632 et iG33. Manière délicate et harmonieuse; remarquable vérité du ton.
Cabinet Bale. L'amateur de ce nom ne possède que des dessins de Rembrandt ; mais la plupart de première qualité. De ce nombre sont une Adoration des bergers., première pensée du tableau qui est dans la National Gallery, plus quelques paysages, remplis du plus vrai sentiment de la nature, et dans lesquels la monotonie d'une contrée aussi plate que la Hollande est artistement relevée par un coup de lumière ou par un bouquet d'arbres.
Knebwortk, résidence de feu sir Edward Bulwer Lytton , baronnet. — Cabinet de médecin.
Le Rembrandt que possédait Tillustre poëte et romancier, qui a été aussi un homme d'État, est un morceau des plus curieux. C'est un groupe de divers objets qui semblent appartenir à un cabinet de médecin ; le plus apparent est un grand parchemin sur lequel sont écrites plusieurs lignes d'une écriture cursive, mais rempHe de caractère et qui ressemble à celle de Coppenol, comme si Rembrandt se fut amusé à copier une pièce du maître écrivain.
Les parties bien conservées de ce tableau sont d'une belle manière, et, tout en rappelant la touche de Rembrandt, elles m'ont fait songer
aux excellentes natures mortes de Héda. Il est fâcheux qu'il n'entre