‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 164 sur 169 · BRITISH MUSEUM · texte numérisé non relu

BRITISH MUSEUM

Avant de clore ce long catalogue, nous dirons un mot des dessins de Rembrandt que nous avons vus au Cabinet des estampes du British Muséum. Nous en avons compté cent, dont huit ou dix, il est vrai, doivent être attribués à Dietrich, à Philippe de Koning, à 'Van Hoecke. Les amateurs nous sauront gré peut-être de leur signaler au moins les plus beaux ou les plus intéressants. Ils proviennent des collections Payne Knight, Cracherode, Joshua Reynolds, Richardson, J. Barnard, Sloane, Fawk, Aylesford, Woodburn et autres.

Abraham renvoyant A^i^ar. Il parle à un serviteur qui porte une faux. Il semble lui dire d'emmener Agar, qui le regarde en pleurant, assise sur une malle, ayant à côté d'elle son enfant qui joue. L'expression de la mère congédiée est trouvée d'un seul trait. Rembrandt est encore plus clairvoyant devant l'àme que devant la réalité.

Esaii vendant sou droit d'aînesse. II arrive de la chasse, fatigue, affamé, et il va se précipiter sur le plat de lentilles. Ses lèvres en sont déjà frémissantes et saillantes : ia bestialité l'emporte.

Le Songe de Jacob. Il dort dans l'ombre, tandis qu'un ange aux ailes frémissantes monte l'échelle lumineuse. Cet ange est bizarrement coiffé d'un turban très-élargî.

Abraham recevant les anges. Sorti de sa maison qui est ombragée d'un arbre immense, il aperçoit le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et il se prosterne devant cette triple divinité. Dessin étonnant et indescriptible!

Le Bon Samaritain. II arrive la nuit, aux flambeaux, avec le blessé. L'hôte descend les recevoir, une lanterne à la main. Deux chevaux sont dételés sur la droite. Celui qui portait le malade est dessiné beaucoup mieux que dans l'estampe, et cette fois de main de maître. Il fait repoussoir; la lumière se répand çil et là en étincelles. C'est, je crois, le plus beau dessin de la série.

L'Annonciation aux bergers. L'ange éclate comme la foudre au milieu de la nuit sur un ciel noir, où l'on distingue cependant le disque de la lune. Un pasteur effrayé tombe à la renverse.

Sainte Famille. Effet mystérieux. La Vierge réchauffe son enfant nu au foyer. Une lampe éclaire la chambre qui reste sombre. Saint Joseph est au second plan, dans l'obscurité.

Un Vieux Carrosse hollandais, style Louis XIV, où partout l'or se relève en bosse. II est dessiné d'une plume rapide et scintillante, avec de l'encre qui semble çà et là étendue avec le pouce. C'est peut-être une étude pour les fonds du portrait de Turenne qui est chez lord Cowper, au château de Panshanger.

Deux Barques en mer, et d'autres plus loin, sous un grain qui les chasse. Ce lavis rappelle les dessins fantastiques de Victor Hugo. Les coups de pinceau y passent comme des coups de vent.

Un Enfant tient d'une main une lanterne et porte de l'autre un panier. Effet vigoureux.

Neuf Études de lions et lionnes, dont quatre sur la même feuille. La plupart sont couchés et endormis, quelques-uns rugissants. Tous sont dessines avec beaucoup de sentiment et d'énergie.

Un Éléphant [celui que le capitaine Baillie a gravé). Dessin à la pierre noire, on y sent l'épaisseur du derme qui phsse et pend de tous côtés comme un vêtement trop long. La gravure n'en donne pas une idée suffisante.

Figure d'homme en pied. II est enveloppé d'une longue robe blanche, et il s'appuie sur un bâton. Il ressemble pour l'expression au Jeune Homme assis et re fléchissant, décrit sous noire n" 258.

Un Indien à cheval tenant une lance. Dessin à la plume et lavé en couleurs. Un Rajah de l'Inde, assis; un serviteur lui remet une lettre.

Ce dessin et le précédent sont comme des miniatures imitées des manuscrits indous.

Portrait de Renier Anslo, signé Rembrandt, 1640. C'est un dessin au crayon rouge, rehaussé de blanc, qui a été calqué pour être reporté sur le cuivre. On lit au bas les vers qui sont gravés dans l'estampe et qui sont écrits ici de la main de Coppenol. Ce précieux morceau a été acheté à la vente de lord Aylesford.

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