‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 7 sur 169 · Grand portrait de Lieven CoppenoL · texte numérisé non relu

Grand portrait de Lieven CoppenoL

Pièce dite : Le Grand Coppenol.

Le portrait du même personnage. On appelle cette estampe le grand Coppenol pour la distinguer du portrait qui précède. La tête du calligraphe est vue presque de face, couverte d'une petite calotte et garnie de cheveux blancs et courts. Il porte de petites moustaches, mais pas de barbe. Il est dirigé vers la droite et assis devant une table. A son cou pend un grand rabat plat et uni dont la ganse n'est point attachée. Il est vêtu d'une espèce de soutane à petits boutons , et il a des manchettes ouvertes. Des deux mains il lient un papier blanc, et il a une plume entre les doigts de sa main droite.

Ce morceau est rare. On en compte également cinq états :

Premier étal. De la dernière rareté. Le fond est blanc, à l'exception d'une colonne placée à gauche, derrière le personnage et montant jusqu'au haut de la planche. Cette colonne est ombrée d'une simple taille jusqu'au milieu de sa hauteur; la manche droite est blanche.

On ne connaît que deux épreuves de cet état : l'une est au Cabinet des estampes de Paris, l'autre se trouvait dans la collection Verstolk de Soelen; elle a été vendue à Amsterdam, en 1847, et adjugée au prix de i,25o florins.

Deuxième état. Le fond est encore blanc ; mais la manche , qui était claire dans le premier état, est ombrée ici d'une simple taille, et les travaux sur la colonne dépassent les trois quarts de sa hauteur. Cette épreuve est rarissime.

Troisième état. Très-rare. Le fond est couvert de tailles, et, au lieu de colonne, on y voit un large rideau qui touche presque aux extrémités des deux côtés; l'habit est plus travaillé, particulièrement au bras gauche. La manche a reçu des tailles horizontales.

Quatrième état. Il est encore rare. Le fond est plus rembruni, les plis du rideau sont plus marqués , et les manches sont couvertes de nouvelles tailles ; mais ce qui paraissait être du velours n'est plus que du drap.

Cinqiiième état. La planche est coupée et réduite aux dimensions de iSj millimètres de hauteur sur i32, de telle sorte qu'on ne voit plus que la tête du personnage et le haut de sa poitrine.

Nota. Il ya une froide copie de cette estampe dans toute sa grandeur; elle est de Basan ou de ses élèves.

Hauteur de la planche entière, o,335 ; largeur, 0,281.

BARTSGH, 2S3. CLAUSSIN, 280. WILSON, 285.

Il faut en convenir^ les deux portraits de Coppenol ne sont pas au nombre des bons ouvrages de Rembrandt. La tête du grand Coppenol

l8 L'ŒUVRE DE REMBRANDT.

est seule bien traitée; elle est vivante, et l'on conçoit que les possesseurs du cuivre, trouvant la gravure lourde et sans esprit dans tout le reste de la planche , l'aient coupée, pour ne conserver que la tête. Au surplus, il est très-rare qu'on ait jamais réussi à l'eau-forte des portraits d'une pareille dimension. De grandes plaques de noir obtenues par un travail rude et griffonné ne sauraient satisfaire les yeux, et, dans ce cas, l'élégance du burin, le choix et la variété des travaux, sont indispensables pour intéresser le regard.

Bien que l'estampe du grand Coppenol ne soit point datée, il est pour nous certain qu'elle fut gravée en i65i, dans la même année que la Femme à la flèche; car il existe au Musée d'Amsterdam une épreuve du troisième état, au bas de laquelle on lit des vers hollandais écrits en calligraphie de la main de Coppenol , sur une marge laissée au bas du papier, avec la mention ; Liepen Van Coppenol scripsit anno 1661. Glatis SUCE 62. Voici cette inscription ;

Op de afbeeïdinge van Mr Lieven van Coppenol Fœnix schrijvcr van ^ynen tijdt. Dit's Coppenol dieWonderlijcke schrijver Van Rembrants hant : wiens oude vuysl, en ijver Loopt al wat schrijft om kunst zoo wijt verbij Als't snelsits vaerting't loomste in't zeijlrijcke iJ.

S. H. Advo'.

Ce qui veut dire ; (c Voici, de la main de Rembrandt, le portrait de Lieven Van Coppenol, le phénix des maîtres écrivains de son temps. Sa vieille main manie encore la plume avec intelligence. Il passe tous les calligraphes, comme le vaisseau le plus rapide devance les autres sur l'Y. »

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