‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 6 sur 169 · Petit portrait de Lieven Coppenol · texte numérisé non relu

Petit portrait de Lieven Coppenol

Pièce dite : Le Petit Coppenol.

Le portrait de Coppenol, maître écrivain fameux. On l'appelle le petit Coppenol pour qu'il ne soit pas confondu avec le portrait suivant du même personnage, qui est dans de plus grandes dimensions. Le modèle est vu ici jusqu'aux genoux, assis dans un fauteuil, devant une table. Il a les cheveux courts et une petite moustache, sans barbe. Sa tête, couverte d'une calotte, est vue de face, et son corps est dirigé vers la gauche. Il tient une plume de la main droite et il vient de tracer un G au haut d'une feuille de papier blanc sur laquelle est posée sa main gauche. Sur la table est placé un flambeau allumé qui éclaire tout le sujet. Derrière Coppenol, à droite, paraît un jeune garçon, vu presque de profil, qui regarde la page blanche et qui, de la main droite, tient son chapeau sur sa poitrine. Au-dessus de la table est une fenêtre au coin de laquelle pendent deux équerres et un compas.

Ce portrait est rare; on en distingue cinq états :

Premier état. De la plus grande rareté. On n'y voit encore ni compas, ni équerre ; la partie gauche du chandelier est seulement au trait, et il n'y a pas d'ombre au-dessous de la bobèche. Les barbes de la plume sont blanches et plus courtes, et ne sont pas arrêtées par un trait d'ombre. Vers le haut de la planche, à droite, on remarque une fenêtre fermée, ayant la forme d'un œil-de-bceuf, maïs très-peu distincte.

Nota. Wilson fait mention d'une épreuve de ce premier état qu'il a possédée. Ill'avait achetée 91 liv. sterl. (2,275 fr.) i la vente de sir Thomas Baring, en i83i . Cette épreuve, sur papierdu Japon, provenait de la vente Barnard, où elle avait été vendue cinq guinées en 1798. Elle avait été imprimée par Rembrandt lui-même; l'encre d'impression avait été laissée à dessein sur certaines parties, qui autrement eussent été claires, et le visage du jeune garçon qui est derrière Coppenol était dans Forabre. L'effet de cette épreuve, dit Wilson, est de la plus grande beauté.

Deuxième état. Extrêmement rare. Les équerres et le compas sont ajoutés au coin de la fenêtre. L'œil-de-bœuf est très-distinct.

Troisième état. On n'y voit plus l'œil-de-bœuf, mais sur le haut du mur, du même côlé, est un tableau cintré, à volets, qui représente Jésus crucifié et les trois Maries au pied de la croix. Sur le volet de la gauche sont indiquées quelques fabriques; mais le sujet exprimé sur le volet de droite ne se dislingue pas. Les épreuves de cet état sont encore fort rares.

Quatrième étal. Il n'y a ni l'ceil-de-bœuf j ni le tableau, mais ce côté de la planche est couvert de hachures brutales qui laissent voir les traces du tableau effacé. L'ombre portée de la main gauche a été reprise au burin en tailles horizontales. L'ombre de l'équerrc est également fortifiée par une nouvelle taille diagonale au burin.

Cinquième étal. L'ceil-de-bceuf est rétabli. Le mur est chargé d'une ombre noire. On y remarque les derniers vestiges du tableau effacé qui forment comme des mouîures. Les figures sont plus travaillées. Le montant de la chaise, contre le bord droit, a été renforcé par des tailles verticales , non interrompues.

Nota. Il existe une copie du petit Coppenol par Basan.

Hauteur, 0,259, >' corapris la marge du bas, qui est de 2a millimètres; largeur, o, iSij.

QARTSCIl, 282. CLAUSSIS, 279.\V[LSON, 284.

Lieven Van Coppenol dut être un des plus intimes amis de Rembrandt, car le grand peintre fit quatre fois au moins le portrait du célèbre calligraphe. Deux fois il le peignit, et il le grava deux fois. L'un des portraits peints, qui faisaient partie autrefois de la galerie de Lucien Bonaparte, est aujourd'hui dans la riche collection de lord Ashburton, à Londres. Coppenol y est représenté tenant à la main une feuille de papier. C'est une des plus belles peintures du maître. L'autre tableau, apporté en France à la suite de nos victoires en 1806, et remporté en 1 8i5, est aussi un morceau de prix. Voici la description qu'en donnent les auteurs du Musée Filhol : « Coppenol est assis devant un bureau, sur lequel sont des livres et des papiers; il est vu presque de face; il est vêtu de noir, et il porte au cou une fraise plissée , mais non empesée ; il est occupé à tailler une plume et semble écouter une personne qui lui parle; il paraît avoir dans ce portrait environ cinquante ans... » « J'ai connu (ajoute l'auteur du texte) l'un des descendants de Lieven « Van Coppenol. C'était un vieillard plus que septuagénaire; il avait « une femme à peu près du même âge que lui. L'un et fautre tiraient <( grande vanité d'avoir eu leur aieul peint par un aussi célèbre artiste; « c'étaitpoureuxun titre de noblesse qu'ils avaient soin de relever toutes « les fois que l'occasion s'en présentait. Il était surtout curieux de les « écouter lorsqu'ils essayaient d'assimiler le talent de leur grand-père « à celui du peintre dont il fut l'ami. Il ne dépendait pas d'eux que la « profession de maître d'écriture ne fut mi.se au pair avec celle de l'ar-

i5 L'ŒUVRE DE REMBRANDT.

8 liste. Quand la conversation tombait sur la peinture, souvent le mari c! entreprenait l'histoire de Rembrandt, que la femme interrompait B aussitôt pour celle de Coppenol. Rien n'était plus plai.sant que de les « entendre lorsqu'ils voulaient venger la mémoire de Rembrandt du « reproche qu'on lui a fait d'avoir préféré la société du peuple à celle de « personnages plus relevés; ils criaient alors à la calomnie, et citaient « en témoignage de son goût pour la bonne compagnie l'honneur qu'il « avait eu d'être admis dans la familiarité de Coppenol.

Il Us avaient une ancienne épreuve de la gravure de Rembrandt , le « grand Coppenol, qu'ils conservaient comme une relique. Elle était « si enfumée qu'à peine pouvait-on en distinguer les traits. L'estampe « était encadrée dans une grande et large bordure d'ébène, disaient- « ils, mais qui n'était que du bois ordinaire, verni en noir... Ils répé- « talent souvent : C'était un bel homme que Lieven Van Coppenol ; sa (t figure a fait produire à Rembrandt un chef-d'œuvre. » Ces braves « gens étaient dignes du pinceau de Molière. »

Il est à propos de rappeler ici que la calligraphie était un art trèsestimé chez les Hollandais. Les amateurs savent que le grand peintre de marines Ludolf Bakhuizen enseignait l'écriture aux enfants des riches bourgeois d'Amsterdam, et qu'il continua de pratiquer cet enseignement lorsqu'il eut acquis dans la peinture un nom illustre. M. Frédérilc MûUer, dans son précieux Catalogue de sept mille portraits néerlandais..., Amsterdam, i853, nous donne une liste, sans doute à pevi près complète, des fameux calligraphes de la Hollande qui eurent l'honneur d'être peints ou gravés. Nous y voyons Ludolf Bal<huizen , Nicolas Bodding, T. Bleuet, J. de La Chambre, dont le portrait a été si bien gravé par Suyderhoef, P. de Sambix et M. Strick, qui furent gravés parW. Delff, et qui avaient été peints sans doute par Michel Mirevelt, son beau-père; Jacques Gadelle , D. Roland, Jean Van de Velde, qui fut aussi un poète distingué et un graveur célèbre, et C. Boissens. Quant à Coppenol, les amateurs n'ignorent pas que son portrait a été encore dessiné et gravé par Corneille Visscher.

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