‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 85 sur 169 · Buste d'homme à bonnet fourré et manteau brodé · texte numérisé non relu

Buste d'homme à bonnet fourré et manteau brodé

[Hodiiiil' (i barbe courle et bonnet foui rc )

Un homme à mi-corps, dirigé vers la droïie, mais la tête vue de face. Il a îa barbe courte et frisée, et il porte sur la tète un bonnet fourré. Son corps est enveloppé d'un manteau brodé ; le fond n'est ombré que sur la gauche, derrière le dos du personnage. Du même côté, vers le haut, on lit avec peine : Rt. i63i.

Ce morceau n'est pas commun, il en existe quatre états.

Premier état. De la plus grande rareté. La planche est plus large de 4 millimètres; elle mesure de 129 à i3o millimètres. On aperçoit une main sortant du manteau. On ne voit ni le monogramme ni la date.

Deuxième état. Le monogramme et l'année y sont ajoutés, et comme le peintre les a gravés à la pointe sèche, les premières épreuves de cet état ont, en cet endroit, de la manière noire. Il est donc facile de les distinguer des épreuves postérieures qui ont été tirées lorsque le nom et la date étaient déjà ébarbés.

Troisième état. La planche a toujours les mêmes dimensions, mais la main a été supprimée et remplacée par une fourrure. Le visage est beaucoup plus travaillé dans les ombres, notamment près du clair, au-dessous de l'œil droit. Dans l'ombre du bonnet, à gauche, on remarque des traits courts et forts, presque horizontaux, qu'on retrouve encore sur le collet, un peu au-dessous de l'oreille. Le nez, un peu moins gros, est d'une forme plus nettement accusée. L'œil gauche a été repris et chargé de nouveaux travaux.

Qiiatrième état. La planche, coupée sur la droite, n'a plus en largeur que 123 millimètres. Lemono-ramme et la date, presque eftacés, sont devenus .1 peine lisibles.

Hauteur, 0,1+8; largeur, o,i:;3.

BARTSCll, 363. CLAUSSIM, 260. \V1LS0\, 205.

Le premier état de cette pièce n'existe pas au Musée d'Amsterdam; aussi Pierre Yver ne l'a-t-il mentionnée dans son Supplément que par ouï-dire.

C'est, du reste, un des plus beaux portraits de Rembrandt. On Ignore quel personnage il représente; mais il est si vivant qu'on le sent fait diaprés un modèle que le peintre aura connu de très-près. La nature, sans jamais se répéter, nous offre cependant çà et là certaines ressemblances frappantes qui semblent accuser des âmes jumelles, et

PORTRAITS. ,^3 ces ressemblances sont d'autant plus remarquables lorsqu'elles se produisent dans des pays éloignés l'un de l'autre, et à plusieurs siècles de distance. Je connais, pour mon compte, de par le monde, un homme qui pourrait croire avoir vécu du temps de Rembrandt et avoir eu l'insigne honneur d'être gravé par ce grand peintre. C'est un fourbe aimable et bienveillant, vernissé d'ailleurs de quelque politesse, un faux littérateur, un faux ami, un faux bonhomme, un faiseur. Il est tantôt hardi jusqu'à l'étourderie, tantôt prudent jusqu'à l'astuce la plus noire. Son plus rare talent est d'obtenir de grandes faveurs avec de petits cadeaux et d'exploiter à fond ceux qu'il accable de sa bonne volonté et de ses déférences. Il a soin de n'écouter jamais que le second mouvement, dans la crainte que le premier ne soit bon. Je lai vu souvent singer à s'y méprendre l'homme dévoué, l'ami délicat; je l'ai vu même attraper, pour quelques minutes, les manières d'un gentilhomme, et trahir tout de suite l'esprit et les tournures d'un commis voyageur. Les fourbes sont sans doute de tous les pays et de tous les temps, mais il est prodigieux d'en trouver un aujourd'hui qui ait exactement les mêmes traits, le même sourire, la même peau, la même physionomie morale, la même âme, si l'on peut ici parler d'àme, qu'un personnage peint et gravé il y a deux siècles par Rembrandt, au plus profond, au plus secret de la cité des Juifs.

26S. Vieillard portant la main à son front.

Dans cette estampe, gravée à la pointe sèche, il n'y a de terminé que la tête d'un vieillard à barbe blanche et sa main ridée ; le reste n'est que très-faiblement indiqué par quelques traits fins. La tête est vue de trois quarts; elle est coiffée du bonnet ordinaire, qui est placé un peu de côté. Le vieillard porte la main gauche à son front.

On connaît trois états de ce morceau.

Premier éta!. Extrêmement rare. Le fond de la planche est sale, et les bords en sont raboteux; les parties ombrées sont chargées de manière noire, et il y a des barbes aux traits fins qui indiquent le vêtement.

D'après la remarque de Wilson, ce premier état serait plus large de deux millimètres

environ ; mais nous ferons observer aux amateurs que des différences aussi peu sensibles peuvent tenir uniquement au plus ou moins de retrait dans le papier.

Deuxième état. Les barbes ont disparu, la planche est nettoyée et les bords en sont adoucis, et c'est sans doute en les régularisant qu'on aura réduit le cuivre de deux millimètres environ sur la largeur.

Troisième état. Le portrait est entièrement achevé par Georges-Frédéric Schmidt, de Berlin, sur le dessin de Nicolas Lesueur. Le vieillard est debout, vu jusqu'aux genoux; il est habillé d'une longue pelisse ouverte par devant, avec une écharpe, et il porte au cou un médaillon pendu ù une chaîne d'or. La main droite est posée sur une table sur laquelle on voit des papiers et un buste d'Homère. Derrière la table est une croisée par où entre la lumière. Le fond représente une bibliothèque. Les épreuves de cet état sont fort rares, le propriétaire de la planche n'en ayant fait tirer qu'une cinquantaine. L'estampe ne porte ni le nom de Lesueur, ni celui de Schmidt, ni la date de la retouche, que l'on sait avoir été exécutée en 1770.

Hauteur, 0,|37; largeur, 0,114.

BARTSCH, 259. CLAUSSIN, 256. WILSON, 260.

C'est un M. Trible qui, ayant acheté la planche de Rembrandt au siècle dernier, eut la malheureuse idée de la faire terminer par Lesueur, Il n'y a qu'un artiste médiocre qui ait pu se permettre de porter ainsi la main sur une planche que Rembrandt avait laissée inachevée, et ne pas sentir qu'il manquait de respect envers un grand maître. L'estampe, du reste, a perdu tout son charme sous le crayon de Lesueur et le burin de Schmidt.

Rien de plus saisissant que de voir au milieu d'une feuille blanche la tête et la main d'un vieillard qui cherche sa pensée et semble regarder attentivement dans l'intérieur de son esprit. 11 y avait quelque chose d'étrange et de fantastique dans l'apparition de cette figure dont on ne voyait pas le corps, et Rembrandt, en négligeant à dessein de finir ses planches, savait bien qu'il éveillait par là l'imagination du spectateur et l'invitait souvent à rêver. C'était donc une lourde faute que de terminer ce qui produisait un effet attrayant par l'inachevé même du premier dessin ; mais Lesueur en a commis une autre, celle de donner un air prétentieux, un air de pose à ce vieillard debout, que probablement le maître aurait représenté assis, et dont la tête ex-

PORTRAITS. ,^5 primait une méditation si secrète, si intime. Tous les détails ajoutés à ce portrait, cet accoutrement plus moderne, ce buste, cette bibliothèque, ne font que distraire inutilement le regard, alors que Rembrandt avait su si bien le concentrer sur une tète admirable, qui commandait d'autant plus l'attention qu'elle était elle-même singulièrement et profondément attentive.

269, Juif au bonnet agrafé de pierreries.

{Vieillard à barbe carrée.)

Buste de vieillard à grande barbe touffue. La tète est vue de trois quarts et couverte d'un bonnet de velours, qui est orné en haut d'une riche bande d'étoffe, attachée sur le devant avec une agrafe de pierreries. Il est dirigé vers la droite et il porte une robe de fourrure qui forme plusieurs plis sur le haut de son épaule. Sa main gauche paraît être appuyée sur le pommeau d'une canne qui n'est, du reste, qu'indistinctement indiqué. La lumière vient de la droite. On lit au haut de la gauche : Rembrandt f. 1637.

Hauteur, 0,004; largeur. 0,oS3.

BARTSCH, 3[3, CLAUSSIN, 3oi|. WILSON, 3l4.

Bien qu'on n'ait jamais décrit qu'un seul état de cette estampe, j'estime qu'il doit y en avoir quelque épreuve à l'eau-forte pure, parce qu'on voit sur la gauche du bonnet des reprises au burin qui, sans doute, auront été faites après que le graveur aura tiré au moins une épreuve de son eau-forte. Quoi qu'il en soit, tout ce portrait, à l'exception de la main, est d'un fini précieu.x, et je crois y voir une étude pour la superbe peinture qui est au Musée de Munich, et qui représente un riche et vieux juif, assis dans un fauteuil.

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