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L'oeuvre de Richard Wagner à Paris et ses interprètes (1850-1914)

Le cycle incomparable des drames de Richard Wagner t'iail à peine accompli, sur notre première scène, lorsque des t'-vt'nements trop peu prévus en ont brusquement éteint le rayonnement. L'Allemagne domestiquée par la Prusse, et qui doit à son culte de la force, à son matérialisme intensif Pincroyalile décadence où nous la voyons dans toutes les branches de Pesprit, même dans celle où elle était sans égale, la musique, l'Allemagne se manifestait au monde comme la négatrice de tout droit, de toute justice, de toute beauté. Elle déshonorait jusqu'à rin-ritage dont elle eût pu <Hre le plus réellement lière.

Mais le beau est l'iernel comme la justice et comme le droit, et il revivra sur les ruines amoncelées. En attendant cette heure incertaine mais sûre de son règne, recueillons-nous et cherchons un refuge dans le passé. Évoquons un instant cette évolution radieuse de chefs-d'œuvre, si vibrante encore autour de nous, ft, s'il se peut, jouissons-en encgre par le souvenir, par Pt^mpreinte profonde qu'ils ont laissée en nous.

Aussi bien, l'œuvre wagnérienne nous appartient. Je ne veux pas seulement dire par là qu'elle est désormais à tous, que les années écoulées depuis la mort de Wagner l'ont libérée légalement, et qu'elle ne nous rend plus tributaire de nos ennemis. Je tiens qu'elle est à nous par droit de conquête, parce qu'elle est devenue l'une des gloires de nos scènes lyriques, et parce que nous l'avons mise en valeur aussi bien, et mieux parfois, que partout ailleurs. Je vais plus loin. Je prétends qu'elle n'a été nulle part mieux appréciée et plus réellement aimée qu'en France.

... A qui trouverait quelque paradoxe en cette assertion, je rappellerai ce mot de Nietzsche : que « l'une des conditions nécessaires pour goûter l'art wagnérien est la délicatesse, la finesse artistique des cinq sens, et qu'elle ne se rencontre qu'à Paris ». Ou, mieux encore, les déclarations de Wagner même (lettre à Gabriel Monod, en 1876) que les festivals de Bayreuth « ont été jugés par les Français avec plus de justesse et d'intelligence que par la grande majorité de la presse allemande » ; et plus tard, à propos de la représentation des Maîtres Chanteurs à Munich (en 1879) : « Il est remarquable que ce furent les quelques spectateurs français, qui y assistaient, qui reconnurent, dans toute sa vivacité, l'élément populaire de mon œuvre et l'acclamèrent comme tel; alors que rien, au contraire, ne trahit une pareille impression sur le public munichois que j'avais eu surtout en vue ' ».

I. Il est aimisaiit d'en l'apiji'oclu'r ici cette anecdote ijersonnelle que conta jadis Louis de l'oiircaud, le fin et ()riii:inal critique, dans un article sur Bayreuth. A la nouvelle de ces mêmes représentations des Maîtres, l'i Munich,

Pendant la dernière guerre, tel de nos Français prisonniers, musicien, cherchant à causer de son art avec les Allemands qu'il rencontrait, s'apercevait avec stupeur que le nom même du maître « national » était parfaitement ignoré d'eux.

Pour rester sur le terrain de l'intelligence et de l'exécution de son œuvre, on se souvient des enthousiasmes de Wagner à Paris, soit devant la révélation de Beethoven, soit, plus tard, aux répétitions de Tannhaeiiseï':^^ Je déclare hautement, écrivaitil à Wesendonck, que je n'ai encore jamais été à pareille fête, et, qu'en Allemagne, je n'y arriverai certainement jamais ». A Bayreuth enfin, on tient de lui cette parole : « Je ne suis pas inquiet avec les Français. Ils (iniront par minterpréler mieux que les Allemands. » — Et voilà mon dire justifié.

Wagner savait à qui il avait affaire. Peut-être même pensaitil, comme Nietzsche encore : « qu'un artiste ne peut avoir d'autre patrie que Paris' ». Depuis sa jeunesse il n'avait cessé de tenir ses regards fixés sur la France, et sa vie était hantée du regret de n'avoir pas reçu chez nous cet accueil qui avait été également refusé à Mozart mais qui avait assuré le triomplie de Gluck. Comme Mozart cherchait dans notre théâtre le tlième de ses inspirations, Wagner s'était épris de nos épopées : Lohetufrhiy

il avait télégraphié à un sien ami. de cette ville, pour retenir un fautcuiL Mais Tami, courant tout droit à la pièce en vogue, lui avait a|)porté une place pour un petit théâtre où se jouait alors une comédie « empruntée » au répertoire français. « Je naurai.s jamais cru (telle fut son excuse) que vous voulussiez perdre ainsi votre soirée.... Ce Wagner est une façon de maniaque, protégé par le P«oi. Ses pièces sont asscminiantes à en mourir! »

1. 11 écrivait, on tous cas. à Liszt, « eu ponsant avec un véritable dégoût à lAllemagne » eu ISiiO) : « Crois-moi. uous autres, nous n'avons i)as de patrie ».

Tristan^ Parsifal en témoignent. En vain lui objectait-on oel-te hostilité toujours latente chez nous. Il avait reconnu qu'elle était irraisonnée et superficielle, qu'elle tenait à des motifs extrinsèques, dont il était le premier à déplorer l'origine. Et il déclarait, en propres termes, qu'elle était peu de chose, en somme, auprès de celle dont ses compatriotes n'avaient cessé d'entraver toute son activité, et qui, celle-là, (nous sommes assez renseignés pour nous en être rendu compte à notre tour), était aussi perfide, lâche, et calculée qu'on peut l'imaginer d'une pareille race.

« Il fait sombre dans mon cœur d'Allemand (écrivait-il en propres termes à Hans von Wolzogen, en 1880, c'est-à-dire tout à la tin de sa carrière). Je pense, de plus en plus, à quitter, avec les miens, l'Empire allemand pour l'Amérique.... Mais d'abord, Parsifal' »

Oui, si l'on veut être juste et juger d'ici, sans parti pris, la question wagnérienne, il faut reconnaître que l'Allemagne n'a adopté ni appî^écié Wagner que lorsqu'elle a compris qu'elle en pouvait faire un instrument d'expansion commerciale, une arme de guerre. Alors seulement, rien ne lui a plus coiité pour vanter et applaudir l'œuvre qu'elle avait méconnue, l'artiste qu'elle avait exilé et condamné à la misère. C'est l'Allemagne qui, par les agissements souterrains où elle se complaît, a pu rendre odieux à de bons esprits (que n'arrêtait pas la question musicale) certains à côté du triomphe de Wagner chez nous. La qualité de l'o'uvre n'y est pour rien, pas plus que ses « tendances » imaginaires. Si l'on veut voir le pangermanisme au travail, dans le domaine de la musique, ce n'est pas là (.\\\'\\ faut le clierchei-, mais (liez «-eux qui ont prétendu enchérir sur hii et sur les

.1. Faure (1S6S-ISS7).

Cliché Neurdein.

BOSQUIN (lS7i-IS8n).

Clirhé Benque,

^'F.nf■.^'F.T (IS74-1S'.IS).

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