‹ L'œuvre de Richard Wagner à Paris et ses interprètesChapitre 2 sur 23 · PL II · texte numérisé non relu

PL II

maîtres de l'art : dans les symphonies où les cornets d'automobile et les bruits de cailloux froissés prennent rang à côté des violons et des llùtes, dans les drames lyriques où des poèmes malsains et déformateurs sont accentués d'une réalisation musicale prétentieuse et alambiquée. C'est là que le colossal, le complexe, le dominateur, régnent sans partage. Wagner, selon l'expression parfaitement juste de M. Vincent d'Indy, Wagner est « le dernier des clmsiques ». Wagner n'a pas seulement du génie, il a du goût, il est clair, il est sain.

Et c'est pourquoi nous admirons et nous aimons son œuvre, comme nous admirons et aimons celle de Mozart et de Beethoven celle de Bach et de Haendel, de Gluck et de Weber, de Schubert et de Schumann....

Ce n'est pas à nous qu'il faut demander de détruire les cathédrales!

On oidîlie d'ailleurs un peu trop facilement, en général, qu'avec Wagner nous restons dans le domaine historique; qu'il s'agit d'un contemporain de Berlioz, de Meyerbeer et de Rossini, et que son œuvre, si elle a attendu trente, quarante, cinquante ans même, pour prendre rang sur notre scène, n'en est pas moins chronologiquement voisine de Charles 17 et du Prophète, du Trouvère et de Faust, des Troijens et iVHamlet. Un arrêt soudain, une coupure nette a souligné ce recul. Il est donc naturel et logique d'en parler, dès à présent, d'une façon historique et documentaire.

Ce n'est pas sans une réelle émotion que mes souvenirs s'attachent à celte évolution du cycle %vagnérien sur la scène parisienne. Après l'avoir suivie pas à pas, ou peu s'en faut, pendant toute sa période, j'ai peine à ne pas m'y attarder encore. Oui. telles représentations, véritables rayonnements de poésie, révélatrices de beauté et de vie, vibrent encore en moi comme au premier jour, et il me semble acquitter une dette de reconnaissance, en évoquant quelques-unes des impressions qu'elles nous ont causées alors, en dressant, aussi complet que possible, le tableau des artistes qui ont eu, successivement, l'honneur d'y prendre part.

Avant, toutefois, de rappeler les exécutions de ces œuvres au théâtre, lesquelles n'ont commencé régulièrement qu'en i8<>l, — c'est une place à part qui est due aux tentatives brusquement arrêtées de Tannhaeuser en 1801 et de Lohengrin en 1887: et Rienzd (1869) peut être négligé, — il importe d'esquisser rapidement les auditions, préparatoires en quelque sorte, dont elles ont été l'objet au concert.

Les fragments choisis furent d'abord, et pendant assez longtemps, symphoniques. Aussi bien Wagner lui-même en avait donné l'exemple, dans les trois séances organisées par lui au cours de son séjour à Paris, en janvier-février 1860. Il avait fait exécuter (dans la salle du Théâtre Italien) l'ouverture du Vaisseau fantôme, l'ouverture, les deux marches et une introduction de Tannhaeuser, le prélude, la marche et le chœur des fiançailles de Lohengrin, enfm le prélude de Tristan. Tout au plus avait-il donné place, la seconde fois, à la « romance de l'Étoile » de Tannhaeuser, interprétée par Jules Lefort. Pour être exact, et juste, il importe encore de noter qu'avant même cette date.

s LTJKUVRE DE RICHARD WA(;\ER A PARIS.

rouverture de Tannhaeitser avait été entendue du public parisien : Seghers, à la Société Sainte-Cécile, l'avait dirigée en 1850, et Arban, aux Concers de Paris, en 1858. (Test incontestablement la première page \vagnérienne qui ait acquis droit de cité à Paris, et celle encore qui, longtemps, ait été la mieux comprise, la mieux reçue.

Au moment oii TOpéra répétait Tannhaeuser, un autre chef" d'orchestre, qui commençait sa carrière, s'était mis m tète de faire connaître, et de défendre au besoin, cette musique nouvelle : cest Pasdeloup. Et comme il devait, pendant une douzaine d'années, régner sans partage, son action a été aussi considérable que son audace méritoire. Quelques réserves qu'une critique sévère puisse faire sur ses exécutions, il n'est pas de plus noble figure et qui commande, autant que la sienne, la gratitude et le respect des musiciens.

Il dirigeait encore « les Jeunes artistes » du Conservatoire, quand il fit entendre, en 1861, le chœur des fiançailles et la marche de Lohenrjrin. C'était avant l'audition inconsciente de Tannhaeuser à l'Opéra. Après le retrait de cette œuvre par Wagner, il redonna encore ces deux pages. Peu de temps après, il fondait ces « Concerts populaires » qui allaient rendre si célèbre le Cirque d'hiver, et exécutait dès lors, successivement, mais encore à de longs intervalles, la marche i I80i , puis l'ouverturr. de Tannhaeuser, le prélude, la marche et le chccur des fiançailles, la marche religieuse, de Lohenf/rin. l'ouverUnc du Vaisseau lanh'nne et celle de Rienzi, le pi r-liulr. rciili'acte, la march.' (hi troisième acte, puisl'ouverlure, dasMa/tres Chanteurs, le pn'iudt' de Tristan, rnlin I87«i). lu marche funèl)r<' du Crépus-

Cliché Beiique

Paul Taifanei, (1S'.i2-I90S).

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