MARIE
Dir.
Bouvet.
Belhomrae.
Jérôme.
Marcy.
Delorn.
Danbé, 1897
(Oprra-Cumique).
Renaud.
Vieuille.
Beyle.
Friche.
Cocyte.
Dufranne.
Velder.
Albers.
Azéma.
Dubois.
Chenal.
Espinasse.
Charbonnel.
TANNHAEUSER (1845)
Tannhaeuser a une histoire, sur laquelle il est inutile de revenir, car elle a été faite, et très complètement (par M. Georges Servières surtout, celle des représentations données, à grand'peine, par Wagner lui-même, à l'Opéra, en mars 1861, et par lui interrompues devant Tincompréhension manifeste du public et de la critique ^ On eût pu penser que notre première scène tiendrait à honneur, du jour où elle en aurait r;'çu l'autorisation officielle, de commencer par cette réparation la mise régulière des œuvres du maître. Mais, puisque aussi bien l'on doutait que la représentation pût se passer sans encombre, du moins hors de la salle, il avait paru préférable de donner le pas à Lohengrin, qu'une plus récente et plus absurde mésaventure avait davantage illustré; et même à la Valkyrie., réclamée avec une ardeur
1. Les interprètes étaient le ténor allemand Xiemann, avec Morelli et Cazaux, et Mmes Marie Sasse dans Elisabeth et Tedesco dans Vénus. Il est assez curieux de noter, en passant, que celui auquel était réservée en quelque sorte la troisième représentation, Ernest Van Dyck, naissait quelques semaines à peine après ces deux premières.
toute particulière. Tannhaeuser ne revit donc la rampe, et'nVùt sa troisième représentation, à FOpéra, que le 13 mai 1895.
Il paraîtrait que cette attente n'était pas un mauvais calcul, car. une fois de plus, l'inspiration qui pénètre et vivifie ce drame fut d'abord peu comprise. Les exaltés qualifiaient de « recul » la représentation d'une œuvre pas assez « avancée » à leur goût ; et les snobs, déçus, la déclaraient froide, pour n'y avoir trouvé que des beautés de grandeur et de vérité simples. Le troisième acte, en particulier, d'une profondeur et d'une pureté si émouvantes, ne fut pleinement goûté que lorsqu'il eut pour auditeur un public san-s parti pris ni prétention critique.
Avec quelle supériorité pourtant n'était-il pas exécuté!
Toute l'interprétation, au surplus, est une des plus admirables (ju'aucune œuvre de Wagner ait trouvée à l'Opéra. Elle réunissait les cinq artistes qui ont consacré le plus particulièrement leur talent à l'établissement du répertoire wagnérien sur notre première scène : Ernest Van Dyck, Maurice Renaud, Jean Delmas, Mm»' Rose Caron <4 Lucienne Bréval.
Jai déjà dit comment Van Dyck avait pris rang à l'école de Lamoureux, à la tète de nos chanteurs de concert, et quelle irrésistible action il exerçait sur le public. A l'époque où nous sommes ici, son apprentissage théâtral était achevé depuis longtemps. Après le Lohenffrin de 18S7, où sa jeune carrière semblait buter dès le premier pas. il avait été engagé à la fois à Bayreutli et !*! Vienne Dans la cit»' de Wagner, il avait remporté, sous l'armu'c de Parsifal, des succès extraordinaires; à l'Opéra de \i<'nne. il avail (liante Lohengrin et Roméo, Armidc et Faust, crée Manon et WertJter. \\ avail triomphé, d'autre pari, ^à
TANNHAEUSER
Monte-Carlo, à Londres, h Saint-Pétersbourg..., Mais il abordait pour la première fois Tannhaeuser, qui devait rester l'une d»^ ses incarnations les plus typiques. Pour en évoquer le souvenir, il semble qu'il suffise de rappeler la définition que Wagner a donnée du personnage de l'ardent chevalier :
« Dans le caractère de Tannhaeuser, le trait que je signale comme essentiel, c'est qu'il est tout plein du sentiment, toujours immédiatement actif, toujours à son comble, de la situation présente; c'est le vif contraste qu'y provoquent les brusques changements de cette situation et qui se manifeste en même temps que ce sentiment le saisit. Tannhaeuser no fait jamais les choses à moitié : tout ce qu'il est, il lest à fond ri sans réserve. »
Aussi bien, Ernest Van Dyck n'a pas eu d'autre règle, dans sa carrière, que la conformité au dessein du compositeur, approfondi, vécu, vibrant. C'est là, en quelque sorte, la caractéristique de son interprétation.
Qui ne se souvient, parmi ceux qui ont assisté à la soiré»' du 13 mai, de la commotion inattendue produite par lui, lorsque, après le brio de sa scène avec Vénus, plongé dans une muett*' prière, sur le devant de la scène, et inconscient du changement de décor et du passage des pèlerins, il s'écriait enfin, le ^isage transfiguré et d'une voix où semblait passer toute son ànif : « Seigneur, soyez bénil... » Qui ne le revoit, dans la scène du concours, atterré devant la douleur d'Elisabeth, baisant le bas de son manteau avec une sorte d'enthousiasme de pénitence et d'expiation, défaillant ensuite comme d'horreur de soi, et, par deux fois, tombant à 2:enoux sur ce chemin de l'exil? Qui ne se
sent ému encore de l'expression qu'il donnait au redoutable récit de son pèlerinage à Rome, de son aspect exténué, ravagé, obsédé de désespoir? Et combien ce récit n'était-il pas « supérieurement détaillé, en faisant ressortir toutes les nuances, tous les contrastes, avec un art magistral, avec un sentiment dramatique des plus élevés » (comme l'écrivit si justement Reyen ! Quels services ne lui rendaient pas cette puissance de diction hors de pair, cette vérité d'inflexion si rare et si savoureuse!
Pour Maurice Renaud, le rôle de Wolfram a été vraiment le point de départ de la grande réputation où nous l'avons vu atteindre. C'est à Bruxelles qu'il avait fait son apprentissage de la science lyrique (et peut-être s'était-il croisé en chemin avec son futur camarade VanDyck).... De 1883 à 1890, sous la direction de Gevaert et de Joseph Dupont, il avait plié son talent ingénieux et chercheur, sa voie chaude, aux rôles les plus divers du répertoire comique autant que du dramatique. Mais c'est sur sa remarquable création d'Hamilcar, dans Salammbù et sa romantique incarnation du Hollandais dans le Vaisseau fantôme, qu'il avait été engagé à Paris, à l'Opéra-Comique d'abord {^owv Benvenuto) puis à l'Opéra, où Lohengnn, Gicencloline, et le répertoire de Guillaume Tell, l Africaine, Aida, Samson... avait permis de tout attendre de lui. Dans Tannhaeuser , il se surpassa. Non seulement sa diction faisait valoir avec la plus rare pureté les phrases si belles et si mélodieuses dont le rôle de Wolfram est plein, mais le personnage même était incarné de la façon la plus sincère, la plus émouvante. Nul n'a fait ressortir, comme lui, la générosité chaleureuse de l'alfection que ce sage chevalier porte à son ami égaré, le sacrilice muet qu'il lui fait, sa
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sollicitude inlassable et si noble!... Maurice Renaud n'a, vraiment, jamais été plus artiste que dans ce rôle.
Delmas était de la maison depuis 1880, année de son double triomphe au Conservatoire de Paris. Après avoir affirmé, dans les Huguenots et FreischïUz, Faust et Don Juan (Leporello), la souplesse vibrante de sa belle voix, son timbre si généreux, la fière prestance et déjà l'autorité de son jeu, il s'était montré excellent dans Lohengrin et de premier ordre dans la Valkyrie^ et Thaïs. Le landgrave de Tannliaeusei\ qui demande surtout de la noblesse et du tact, ne pouvait être plus dignement rendu que par lui.
Mme Rose Caron avait, elle aussi, débuté au théâtre de la Monnaie (en 1884) et lui était reste fidèle, lorsque l'Opéra làqui elle avait apporté Sigurd en 1885) croyait pouvoir se passer d'elle. Sur l'une et l'autre scène, elle avait été la plus noble héroïne comme la plus gracieuse fille des hommes : en dehors du répertoire [la Juice, les Huguenots, Faust...) elle avait été Nonna et FicleUo, elle avait fait acclamer Sigurd, Salammbô.^ Othello, elle avait enfin, dans les Maîtres chanteurs, puis dans Lohengrin et la Valkijrie, apporté au service des admirables figures évoquées par ^^'agner les plus rares qualités de grandeur et de sincérité. De l'idéale, la sainte Elisabeth de Tannhaeuser, elle donna une impression vraiment inoubliable. La simplicité, la chasteté de son amour, de sa douleur, de son extase religieuse, était nuancée avec une vérité saisissante. Charmante de grâce affectueuse quand elle accueillait les assistants au concours, elle rayonnait en quelque sorte de douleur quand l'aveu tle Tannhaeuser la frappait au cœur; et lorsqu'elle reparaissait au (h>r-
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nier acte, s'agenouillait pour une prière supn^'me, s'éloignait lentement sous le regard désolé de Wolfram, on sentait qu'elle n'appartenait plus à la terre. Sa voix, d'autre part, se modelait sur cette évolution expressive avec les nuances les plus prenantes, les plus délicates intlexions.
Lucienne Bréval, par son récent triomphe de la Valkyrie, si peu de temps après sa sortie du Conservatoire (1890) était comme nimbée d'une jeune gloire qui relevait tout ce qu'elle jouait. Vénus cependant parut lui convenir assez peu. Aussi bien faut-il à l'interprète de ce rôle secondaire une ampleur et une autorité dont on ne semble pas, en général, s'être rendu compte. Louise Grandjean, cependant, y a laissé un bon souvenir, et surtout Felia Litvinne, qui a eu grandement raison de ne pas le juger indigne d'elle.
Llisabeth a tenté un si grand nombre d'artistes qu'il serait abusif de s'arrêter à chacune. Des dons de jeunesse et de grâce nous retiendraient chez presque toutes, et plus d'une y joignait un style très pur. On ne saurait oublier combien l'harmonie de ces qualités rendait séduisante Aino Ackté, par exemple, dont l'aspect virginal ajoutait en vérité humaine à l'instinct des attitudes et dont la voix cristalline dominait si naturellement, par son contraste même, le tumultes général ([ui bientôt cédait devant elle. La linesse charmante de Mlle Hatto, l'élan superbe de Mlle Chenal, la simi)licité, la douceur, de Mlle Demougeot ipour ne nommer que celles qui ont jou('' le rôle avec qiicl(|ii(' suile^... retiennent particulièrement la mémoire.
On compterait moins de Tannhaeuser et de Wolfram vraiment dignes de leur tâche redoutable. Le plus intéressant Tannliaeuser,
en
CB
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à coup sur, après le créateur du rùle, a été Albert Saléza, dont le tempérament ardent, la voix chaleureuse, se sont toujours alliés à un souci scrupuleux de la pensée du musicien. Ce respect était vraiment attachant chez ce bel artiste, qui eût été un Siegfried incomparable si la maladie n'avait, avant l'âge, terrassé son effort enthousiaste. Après lui, les voix généreuses d'Alvarez et de Franz sonnent encore à nos oreilles, comme celle d'Albers, de Dufranne ou de Roselly... dans le personnage de Wolfram. Mais qui nous a rendu l'écho de son àme tendre et généreuse, qui s'est assez détaché du rôle pour être le héros même?
L'orchestre, pendant la première série des représentations, a eu Taffanel pour chef. C'était la première des œuvres wagnériennes qu'il lui était donné d'étudier et de rendre; il s'était livré à ce travail avec l'ardeur et la joie d'un né'ophyte, — et le seul défaut qu'on put lui reprocher, était en effet de n'être encore qu'un néophyte; — mais aussi avec le soin et le goiit délicats qui restent inséparables du souvenir de ce tlùtisle admirable, de ce fin musicien.
Si les impressions de la première soirée de 189o pouvaient faire penser à certains auditeurs que Tannhaeuser serait loin d'obtenir la fortune de Lohengrin et de la Valkyrie, la suite des représentations ne tarda pas à les démentir. Tdnniiaeuser, en dix-neuf ans, a eu 243 exécutions à l'Opéra, soit une moyenne de 13, presque égale à celle de Lohenfjvin et sensiblement supérieure à toutes les autres. Sa carrière a eu un premier (dan moins vif (52 représentations pendant les deux premières années) mais un fond plus sur.
TAXNHAEUSER
TANNH.\EISER