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L'oeuvre de Rodin

L'art de Rodin sort de la terre et y retourne, semblable aux blocs géants, rochers ou dolmens qui affirment les solitudes et dans l'héroïque grandissement desquels l'homme s'est reconnu.

La transmission de la pensée par l'art, comme la transmission de la vie, est œuvre de passion et d'amour.

La passion, dont Rodin est le serviteur obéissant lui fait découvrir les lois qui servent à l'exprimer, c'est elle qui lui donne le sens des volumes et des proportions, le choix de la saillie expressive.

Ainsi la terre projette au dehors ses formes apparentes, images, statues qui nous pénètrent du sens de sa vie intérieure.

Ce sont ces formes terrestres qui furent les initiatrices véritables de Rodin. Ce sont elles qui l'ont libéré des traditions d'école, c'est en elles qu'il a retrouvé son être et l'instincît créateur des hommes dont l'humanité se réclame.

Les arbres, les plantes, lui ont révélé leur analogie avec ces belles jeunes femmes aux jambes lisses montant en frêles colonnes, au torse mouvant où se gonfle le sein sur lequel lourdement s'appuie la tête dans l'accompagnement d'un cou souple et fort, ainsi un beau fruit de sève pressé contraint sa branche.

Le front massif ombre les yeux et la joue doucement amène la lèvre à l'amoureuse demande.

Les formes se cherchent et se rejoignent dans de voluptueux désirs de violence et de résignation ,

révoltées et obéissantes aux lois auxquelles rien ne se dérobe; partout triomphe une logique consciente. L'esprit généralisateur de Rodin lui' a imposé la solitude. Il n'a pu collaborer à la cathédrale absente ; mais son désir d'humanité le relie aux formes éternelles de la nature.

Eugène CARRIÈRE.

19 avril 1900.

Que pourrais -je ajouter à ce que j'ai déjà dit devant vous de Rodin ?

Vous connaissez mon admiration pour le grand sculpteur.

Il est de la race de ceux qui marchent seuls^ de ceux que sans cesse on attaque, mais que rien ne peut entamer.

Son cortège de marbres et de bronzes suffira toujours à à le défendre.

Il peut compter dessus.

Voila mon sentiment.

Jean-Paul LAURENS.

Giverny, par Vernon (Eure).

Vous me demandez de vous dire, en quelques lignes, ce que je pense de Rodin.

Vous le savez ce que j'en pense, mais, pour le bien dire, il me faudrait un talent que je ne possède pas; écrire m'est pas mon métier. Mais ce que je tiens à vous dire, c'est ma grandeadmiration pour cet homme unique en ce temps et grand parmi les plus grands.

L'Exposition de son œuvre sera un événement. Le succès en est certain et sera la consécration définitive du bel artiste.

Claude MONET.

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