‹ L'œuvre de SwinburneChapitre 4 sur 33 · L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

L'IMAGINATION

dans ses créations mythiques, Vénus, Faustine et Dolorès, dans ses récits et descriptions allégoriques, tel ce soleil couchant sanglant et farouche, qui traduit la jalousie d'Yseult. Les symboles de Swinburne ne sont ni vagues ni timides : il s'apparente au Préraphaélisme, à la fois sensuel et idéaliste.

Par je ne sais quelle fausse honte à l'égard de la sensation, certains poètes ont exclu l'image éclatante; ils ont cru, comme Lamartine ou Wordsworth, que les mots vagues, fluides, éthérés étaient les plus poétiques. Le symbolisme considérant l'image et la sensation comme un moyen, comme un langage de signes, et la nature entière comme un clavier de symboles, unit l'idéal au tempérament artiste et rend possibles des correspondances toujours plus variées, plus subtiles entre notre âme et les choses.

Dès la première page des Poèmes et Ballades, nous surprennent cet art des transpositions, ce mélange du moral et du physique, de l'abstrait et du concret, qui remonte à la racine sensorielle de l'émotion et la fait refleurir en l'âme du lecteur. On y voit, en vrai style préraphaélite, « une Dame vêtue, comme l'Eté, de douces heures » dont la beauté fervente comme la lune, fait brûler et défaillir le sang, « telle une flamme sous la pluie » :

Her beauty fervent as a fiery moon Made my blood burn and swoon Like a flame rained upon.

Des chants sont « poignants comme le vin », d'autres tombent doucement comme la rosée ou la neige, sanglotent « comme, dans une grotte inondée, l'âme brisée d'une vague » :

Those high songs of thine

That stung the sensé like wine

Or fell more soft than dew or snow by night.

Or wailed as in some flooded cave

Sobs the strong broken spirit of a wave.

(To Victor Hugo, P. B. I.)

Entre les termes comparés, le lien est plus lâche ici que dans l'image ordinaire. Le symbole n'a pas pour devoir l'exactitude matérielle. Il peut ne toucher l'objet que par un seul point, ne le rappeler que selon des analogies lointaines, morales, indirectes. L'amour s'étend sur la personne aimée « comme un ciel clair sur un pays aimable » :

Love, like a clear sky spread,

Bends over thy loved head. (S. b. S. 19.)

Plus ingénieux, l'amant de Laus Veneris dit que son amour couvre, comme un vêtement, cette Vénus endormie qui est le « corps de son âme » :

With my love laid upon her garment-wise, Behold, my Venus, my soul's body, lies.

Une âme est subtile comme « une eau transparente » :

Her soûl is as a flame insatiable

And subtle as thin water ; (Bothwell, 46.)

des paroles sont douces comme l'herbe aux troupeaux :

Her breasts are like white birds

And ail her gracious words

As water-grass to heids ; (P. B. I, 312.)

les cils d'Yseult, « épais comme des rêves dans le sommeil » :

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