‹ L'œuvre de SwinburneChapitre 6 sur 33 · L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

L'IMAGINATION

D'après la Bible encore, il unit à des verbes de signification matérielle des compléments abstraits :

We labour and are clad and fed with grief (M (Atalanda.)

Why wilt thou eat the husk of evil speech?

Wear wisdom for that veil about thy head

And goodness for the binding of thy brows (-). (Phœdra.)

Le symbole est par nature inadéquat, il ne couvre pas l'objet tout entier, ne l'éclipsé point, laisse une pénombre; par là même suggestif, il se mue, se transforme en images sœurs, également inachevées, qui le complètent et vibrent de concert. On a dit que Swinburne, dans Tristram, cache la beauté d'Yseult, plutôt qu'il ne la montre, sous une pluie de métaphores ; nous verrons que son but n'était pas de représenter Yseult mais l'émoi lyrique de Tristram à sa vue.

Swinburne possède encore l'imagination ou la vision poétique, en un sens plus large et plus général que le don des images : la plus haute faculté du poète, le don de créer une atmosphère, de reconstruire avec le réel un monde possible mais irréel, plus beau, plus sublime ou plus étrange qui nous arrache à nous-mêmes, nous exalte, nous délivre. C'est le prodige accompli par l'atmosphère poétique dAtalante et de Tristram.

Trop souvent il perd contact avec les faits, He had a real love of truth, dit Gosse, but no certain récognition of fact. Pour ce tempérament, dit un critique de Y Athenaeum Ç') « les

(1) « Nous travaillons et nous sommes vêtus et nourris de douleur. » Comp. Bible clothsd with cursing (Ps. 109. 18), with righteousness (Ps.

132, 9), with sahation (Ps 16). with humility (Peter, 1, 5. 5); feed with knowledge (Jer. 3, 15) ; with bread of affliction (Kings, 22. 27) ; gird With strength (Ps. 18, 39).

(2) c Pourquoi veux-tu manger la cosse des mauvaises paroles? Porte la sagesse comme un voile sur ta tête, et la bonté comme un bandeau sur ton front. »

(3) 28 octobre 1899.

choses réelles sont abstraites, les choses abstraites, colorées et tangibles : il y a chez lui trop de poésie, d'or pur sans alliage ». Il est idéaliste avec intransigeance, avec monotonie.

Les Poèmes et Ballades que Maupassant trouvait « idéalement sensuels » ne font exception à la règle qu'en apparence , le poète y peint moins de beaux corps, objets de passion, que la passion elle-même, un rêve de beauté, l'amour de l'impossible poursuivi dans l'ivresse des sens. Un poète ignorant le scandale que firent ces poèmes, nous disait un jour qu' « ils manquent de chair » !

Le sentiment de la nature, chez lui, perce les apparences, dissout le solide et le visible, ramène toutes choses aux éléments fluides, au jeu des forces naturelles. Ce dédain du concret, du connu, du familier est peut-être ce qui éloigna le plus Swinburne de ses lecteurs. Ceux qui ne le trouvaient pas « choquant » le trouvèrent trop distant, trop détaché, « aloof ». Il aime représenter ce qui n'est plus (drames historiques ou légendaires) ou ce qui n'est pas encore et ne sera peut-être jamais, dans les prophéties mystiques des Chants d'avant l'Aube.

Il s'arrête en deçà du fantastique de Coleridge, grossissement, déformation du réel ; mais il répugne au réalisme poétique de Wordsworth, au « modernisme » de Baudelaire et de Rossetti (Jenny) ; au réalisme satirique, idéalisme à rebours qui se venge de l'idéal sur le réel ; il fuit la laideur même caractéristique ; sa poésie ne connaît pas l'humour ; le mélange du comique et du tragique n'existe point dans ses drames, quelle que soit son admiration pour Shakespeare et pour Victor Hugo.

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