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LES PÈLERINAGES EUCHARISTIQUES 107 EE — officiellement, l'hommage des autres paroisses du diocèse, de la province, de la France, A cette date où nous sommes (1874), cinquante diocèses environ ont l’Adoration des Quarante-Heures; voilà une belle chaîne de Pèlerinages Eucharistiques quotidiens. En admettant une moyenne de cinquante personnes par paroisse, voilà sur pied plus de cinq mille pèlerins de l’Eucharistie. Comptez le nombre des adorations, des réparations, des supplications, des communions.
Ainsi parlait, le 4 août 1874, la zélatrice du Très Saint-Sacrement, et elle ajoutait que, pour faciliter l'organisation de ces pèlerinages, soit généraux, soit locaux, il serait bon de constituer des comités diocésains d’abord, puis, peu à peu, un comité central et permanent. — « Allez de l'avant, conclut Mgr Richard ; allez, mais tout doucement; attendez l'heure de Dieu, mais sans vous lasser du travail ni de la lenteur de la marche. Et courage ! »
Peu de temps après, au château de Cibens près d'Ars, Mgr Mermillod disait à Mie : «I] faudra songer, pour l'étude de ces idées et le développement de ces œuvres, à un Congrès Eucharistique. »
A l’automne de cette même année, à Saint-Fulgent, en Vendée, il se passait de grandes choses. Mgr Collet, évêque de Luçon, avait écrit à son clergé : « C'est pour tous et pour chacun un devoir de premier ordre de contribuer à éteindre l'incendie révolutiondaire allumé par l’athéisme et l’impiété, et dont le Très Saint-Sacrement de l'autel a été partout la victime de prédilection. Nous serions d’avis que, dans chaque doyenné, les fidèles fussent invités au moins une fois pendant la morte saison à faire un pèlerinage au Sacré Cœur de Jésus devant le Très Saint-Sacrement exposé dans une église assez vaste pour contenir de nombreux pèlerins. »
Le doyenné de Saint-Fulgent répondit le premier à l'appel de son évêque et victorieuse fut la réponse. Dans l’église aux riches teniures de velours rouge frangées d’or, une retraite avait préparé les âmes à un triduum solennel. Nuit et jour le Saint-Sacrement fut exposé et les heures d’adoration remplies avec une ponctualité, une ferveur et une affluence admirables. Pour la clôture, les huit paroisses du canton étaient là. Jamais, de mémoire d'homme, on n'avait
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vu dans Saint-Fulgent spectacle comparable à cette procession du 10 novembre. L'Hostie s’avançait entre deux rangées de maisons qui toutes avaient leurs pavois. La rue verte et fleurie ressemblait à une clairière du Bocage au printemps. Des arcs de triomphe, — il y en avait vingt-quatre, — portaient haut dans les airs, avec la croix, des images symboliques. L'innombrable multitude à laquelle présidaient les prêtres, chantait l'O Salutaris Hostia et les cantiques des pèlerinages vendéens. On célébra la messe dans le parc du château. On prêcha l’Hostie. On chanta le Credo. On fit l'amende honorable. Quand pour la bénédiction le célébrant éleva l’Ostensoir sur la foule agenouillée, le soleil sortit d’un nuage et l'enveloppa de rayons d'or. Le Te Deum des grandes journées triomphales retentit.
Quelques jour: après, Mgr Collet écrivait à l'abbé Guérin, doyen de Saint-F ulgent : « Je vous remercie et vous bénis d’être entré le premier dans ma pensée et d: l'avoir interprétée avec autent de résolution et de savoir-faire. » Que le lecteur veuille bien remarquer la phrase suivante : « Ma pensée était de tirer la conséquence pratique de nos nombreux pèlerinages locaux et lointains, qui est d'aller à Jésus par Marie, selon la doctrine de notre Vénérable
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Père de Montfort, et de faire suceéder à l’entrain d'une dévotion affranchie du respect humain l'expression d’une piété de foi et d’adcration. » On a reconnu non seulement la pensée, mais l'expression même de l'initiatrice. L'évêque ajoutait : « 11 appartenait à votre doyenné, où la vraie foi chrétienne s'est généralement si bien conservée, d'ouvrir la voie aux pèlerinages eucharistiques, et de faire tomber toutes les hésitations en prouvant qu'ils pouvaient réussir. Ceci donnera de la peine; mais, en présence des maux de : Église et de ceux de la France, sa fille aînée, en présence surtout des désastres dont nous sommes menacés, il n’est permis à personne de se croiser les bras; aux maux extraordinaires il faut apporter des moyens d'action extraordinaires !, »
Mgr Collet, comme tous les évêques de France, avait lu sans doute la brochure de Mgr de Ségur ; sa foi etson zèle avaient fait le reste.
Le 8 décembre de la même année, le doyenné de Rocheservière se leva ; puis, l’année suivante, le canton des Essarts.
L'œuvre peu à peu se précisera.
1, Cette lettre se trouve dans le premier volume des Congrès des Œuvres Eucharistiques en note de la page 244. Lille, 1882.
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‘ain C'est ainsi que, dans ce même diceèse ie Luçon,
'ex- le programme des solennités décanales fut dressé
n a par l’évêque après cntente avec le clergé. Les ecclé-
ion siattiques d’ure même conférence choisissent le lieu È ar- du Pèlerinage ét fixent le jour. Plusieurs dimanches 4 nne à l'avance, les fidèles sont informés de tout et invités Joie à la ‘ête chaleureusement, La paroisse désignée 4 ber | comme but du Pèlerinage se prépare au grand jour à ent par un triduum d’adoration et de prédication eucha- | nce ristiques. Le Saint-Sacrement demeure exposé pen-
ille dant trois jours et deux nuits avec tout l'appareil
ous des Quarante-Heures les plus solennelles. Les
> 5€ | hommes se partagent les veilles de la nuit, les
aut | femmes les heures de garde du jour, On se reiève
de deux heures eii deux heures. Les villages eux-
ce, mêmes les plus éloignés de l'église participent à à
sa l'adoration s’y rendant, d'une même contrée, par + groupes. Le dernier jour, c’est le pèlerinage de :
de à toutes les paroisses. Rien n’est beau, dans la cam-
an- pagne, comine ces longues théories de pieux pèlerins
qui descendent de toutes les collines ou montent de toutes les vallées, soutenant leur marche et leur ferveur par des cantiques ardents.
Toutefois l’œuvre qui paraissait si bien lancée,
des ; F - = = soudainement s'arrêta et sommeilla, La voix d’un
évêque qui a mis dans ses armes l'Agneau victorieux et pris pour devise : J! faut qu'il règne, Mgr Catteau, successeur de Mgr Collet promu à l’archevêché de Tours, la réveilla. Le doyenné de Saint-Fulgent donna le branle une fois encore : huit mille pèlerins sur treize mille habitants firent à Chavagnes-en- Paillers, le 18 juin 1882, une ovation triomphante à l'Eucharistie. Au mois de novembre suivant, ce fut le tour du doyenné de Saint-Gilles-sur-Vie. Le 24 mai 1883, dix mille pèlerins, douze mille peutêtre, du canton de Mortagne, l’image du Sacré-Cœur sur leurs poitrines, comme autrefois les géants de 93 leurs ancêtres, dressèrent leur tente eucharistique à Saint-Laurent-sur-Sèvre, et, vibrant à la parole puissante de leur évêque qui, dans sa grande âme, portait toutes leurs âmes, ils acclamèrent la royauté sociale de Jésus-Christ. Pouzauges entretint le feu sacré et même l’embrasa, si bien que, sur tous les points de
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la Vendée, on vit alors et en peu de temps s’allumer des foyers eucharistiques. Le vent du ciel souffla et emporta l’étincelle par delà les frontières vendéennes. Nous ne voulons signaler que l'inoubliable journée eucharistique de l’agreste paroisse de Gorges, près Clisson, dans la Loire-Inférieure, où affluèrent, le 3r août 1884, dix-sept paroisses,
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quinze mille pèlerins, au nombre desquels on remar- $ qua tous les hommes de la Communion Hebdo- 4 madaire de la ville de Nantes.
Plus tard, le doyen de Mortagne soulignera l'opportunité providentielle de ces Pèlerinages du Saint- Sacrement. Des exhibitions, non pas seulement mondaines, mais trop souvent antichrétiennes, se multiplient partout jusqu’au fond des campagnes les }.. plus retirées, et très particulièrement le dimanche. À On attire ainsi le peuple baptisé hors de l'église pour le dissiper, l’agiter, le corrompre ; nous le rassemblerons, en des cérémonies grandioses, pour l’édifier, le consoler, l'élever. A de certains jours, nous sorti-
rons de l’église, nous emporterons l’Hostie, nous lui dresserons un tabernacle sur la place publique ou dans la rue et, si notre liberté est entravée, dans nos jardins, dans nos prairies, sous la voûte ensoleillée du vaste ciel.
De son côté, je doyen de Saint-Fulgent ne se lassera pas de redire les surnaturels bienfaits de ces journées eucharistiques. Les populations en emportent des impressions durables. Vrais pèlerins, ils ont en quelque sorte senti Dieu. L’Hostie qui Passait, a rayÿonné sur leur âme. Leur dévotion s’est éclairée ou attendrie. Ils ont communié plus fré-
en
quemment, « Avant ces pèlerinages, nos hommes ne communiaient guère plus de quatre à cinq fois par an. Depuis ils se sont rencontrés plus souvent à la Table Sainte. Plusieurs y paraissent maintenant tous les mois. » L'Adoration nocturne et diurne a pénétré jusque dans les campagnes vendéennes. A Seint-Fulgent, dans la nuit du jeudi au premier vendredi de chaque mois, une quarantaine d'hommes fait la veillée sainte au pied de l’Hostie. Plus de cent femmes continuent pendant le jour. A la Rabatelière, tous les premiers dimanches du mois, une députation de soixante hommes se succède de huit heures du soir à minuit devant le Tabernacle. À Saint-André-Goule-d'Oie et à Bazoges-en-Paillers, aussi tous les premiers dimanches du mois, entre messe et vêpres, cent à cent cinquante hommes sont en adoration devant le Saint-Sacrement. Voilà ce qui se passe dans quatre paroisses sur huit d’un même doyenné; voilà les fruits visibles et palpables des Pèlerinages Eucharistiques. Qui oserait dire que ce ne sont point des fruits de vie? Bientôt, à la demande de Mgr l’évêque de Luçon, Léon XIII accordera une indulgence plenière à tous les fidèles qui prendront part à ces Pèlerinages.
Louis de Cissey, l’apôtre du Dimanche, et le P, Chevrier. — Correspondance de M. de Cissey. — L'Assemblée générale des Catholiques du Nord et les Pèlcrinages Eucharistiques, — Projet de Pèlerinage au Saint-Sacrement de Miracle à Douai. — Philibert Vrau et l’Adoration Nocturne. — Les Quarante-Heures dans le diocèse de Cambrai. :
Pèlerinage à Douai. — Petit Congrès Eucharistique. — Gustave 4 Champeaux. à
Pèlerinages de Paris à Saint-Jean-Saint-François et à Mont-
martre. — Pèlerinage du diocèse d'Angers aux Ulmes-Saint- Florent,
Revenons sur nos pas, à la date du 4 août 1874. Au sortir de la petite réunion d’Ars, un homme de cinquante-cinq à soixante ans aborde le vicomte de 4 Damas, secrétaire du Conseil général des Pèlerinages de France, et à brûle-pourpoint : « Que faites.
vous donc ici — Nous sommes là quelques-uns . qui nous occupons du Saint-Sacrement, — Oh! 4 j'en suis, » répond M. de Gissey. C'était lui, en effet, l'apôtre du Dimanche. Bonne recrue pour la pro-
ES : Dam mt Ex = Fe i FE” : CR RS 7 CE D Sen TS 7 SR à :
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110 L'ŒUVRE DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES EE — — pagande eucharistique. Comment surgit tout d'un coup sa vocation apostolique, rappelons-le brièvement,
Un jour de l’année 1873, le P. Chevrier préchait à Lyon dans la chapelle des Dames de Sainte-Claire sur la sanctification du dimanche : « Pourquoi, dit-il soudainement, ne se trouverait-il pas dans cet auditoire un homme de cœur, un chrétien passionné pour la gloire de Dieu, qui se déciderait à parcourir la France, pour rappeler partout l'obligation de sanctifier le dimanche ? »
M. de Cissey était présent. Il avait entendu. Il avait compris : « Mon Pere, me voici! dit-il à l'abbé Chevrier. Avec la grâce de Dieu, je serai le chrétien que vous demandez. »
Et, sur l’heure, son apostolat, bientôt béni par Pie IX, commence; il ne se terminera qu'avec sa vief.
Remarquons, en passant, que ces œuvres de réparation religieuse et sociale sont écloses en 1873, comme le fruit béni de la consécration de la France au Sacré-Cœur par nos députés français devant l’Hostie de Paray-le-Monial,