‹ L'œuvre des congrès eucharistiques [microforme]Chapitre 26 sur 45 · avril · texte numérisé non relu

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Le « saint homme » dont il s'agit dans cette lettre, n'était autre que le pieux et bon Mgr de Langalerie : il semblait avoir peur de ces idées de femmes et des mouvements sociaux que sans doute elles détermineraient.

M. de Cissey, tout en combattant sa « vénérée sœur d'armes » dans ce qu'il croyait, sinon chimérique, du moins présentement irréalisable, ne cessait de la fortifier et de travailler avec elle. Le 7 décembre 1874, il lui écrit :

« Vous me convertissez tout doucement à Jésus-Hostie... Par vous, je commence à entrevoir que le fait capital dans l'histoire de la fin du monde, depuis l'avènement du Messie, c'est sa présence au milieu de nous, Oui, cette vertu secrète qui sortait de sa robe, s'échappe toujours de Jésus-Hostie pour produire les mêmes effets :: 1 'e touche. Que de maladies morales, que de plaies «1: «er. :jent incurables dans notre société défaillante 411 :::100 par cet attouchement, par une simple visit: ‘4 ie, “onflante, cordiale et amie, au Saint-Sacrement ! Le :‘inède est là et nous périse sons faute de vouloir l’employer : Le parfum le plus suave monte à notre cœur et nous le rejetons!... Oui, Jésus-Christ est le souverain médecin des âmes, Il nous appelle pour nous sauver et nous résistons!... Oh! je le sens de plus en

plus, je m'identifie à vos idées et à vos désirs; mais, en

voyant ce qui se passe partent, je crois que le bien ne peut s'opérer que lentement, peu à peu... Ce n’est que peu à peu

que nous pouvons redevenir catholiques... Cependant travaillons; luttons quand même. Cherchons, par le Dimanche, à rétablir les liens brisés par l’homme avec son Dieu... Sans Dimanche, entre Dieu et sa créature, il n'y a plus de rapports. A l’homme sans Dimanche, il ne reste plus que l'égoïsme barbare, qui produit le communisme social, qui broierait, sous sa dent féroce, famille, patrie, société, vous et moi, s —…— à Dieu même et amènerait la fin de ce monde...

« Noël, 1874.

» Est-ce que la prudence des habiles du siècle ne vous révolte pas?

» J'aime notre fougue, notre impétuosité naïve, incivilisée, notre ardeur à travailler pour notre divin Maître, à nous dévouer pour lui, à nous jeter-à travers les ennuis, la certitude d’échouer même, et tous les déboires. Avec la grâce de Dieu, nous ne reculerons point, n'est-ce pas? En me donnant cette ardeur de néophyte, Dieu m'a encore fait la grâce de voir très positif, le mode d'arriver, le mode d'organiser et la ‘possibilité de réussir. De là, quand se dresse un mur dé fer, je tourne bride et je prends une autre route,

» Nous nous diviserons devant les obstacles, l'un prendra la’ droite, l’autre prendra la gauche, jusqu'à ce que nous ayons trouvé un joint, une fissure pour pénétrer dans la place assiégée où nous réuniron: nos efforts pour lancer l'assaut du idernier donjon, pour rendre notre société chrétienne par le Dimanche, lui rendre la paix et le bonheur temporel par le règne social de Jésus-Christ-Eucharistie. Le Dimanche est l'œuvre capitale du temps présent. L'Eucharistie est l’œuvre capitale de tous les siècles. »

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« 4 janvier 1875.

» Votre œuvre est une œuvre de pénétration lente par une onction secrète qui agira peu à peu sur les esprits, Ce n'est pas une œuvre d'action vive, déterminée; vous n'êtes pas appelée à un ministère de combat, mais de persuasion.

» Souffrons, prions, agissons sans découragement, mais sans trop de précipitation. Voyez la taupe, elle agit cachée de tous, cependant elle accomplit son but providentiel : elle détruit les vers et les insectes qui s’attaquent aux racines; elle pousse très loin ses galeries souterraines ; nul ne les connaît; mais le cultivateur les devine parce que, sur ces galeries, les blés dessinent des lignes plus hautes, plus vertes, plus touffues.… Eh bien, agissons, s’il le faut, ignorés de tous, inconnus; mais il faut qu'on reconnaisse notre passage à une moisson plus abondante et meilleure. Taupes ou lions, comme Jésus voudra.

» Abandonnons tout à sa sainte volonté. N'est-ce pas Notre Seigneur qui disait à sainte Brigitte : Bien-aimés, je vous aime si tendrement que, si cela se pouvait, j'aimerais mieux mourir autant de fois, pour chacun de vous, de la mort qui a causé votre rédemption, que de perdre un seul d’entre vous. Ah! soyons les chiens de chasse de ce Jésus Rédempteur.. Chiens courants, nous devons courir toujours pour faire lever le gibier du Bon Dieu,

» Hélas, nous ne recevons guère que des coups de fouet. Pour moi, mon corps en est sillonné et de très cruels. Dieu ne me donne que la consolation, il est vrai qu'elle est grande, de voir au milieu de mes croix, de mes épreuves, de mes fatigues, de voir, dis-je, son œuvre grandir et prospérer.

» Dieu nous crucifie sans cesse, dans notre vie active et

militante, il ne nous donne personnellement que du pain noir. Et qui sait si nous-mêmes nous ne noirecissons pas notre pain? Tirons à la voie la plus directe pour gagner le Ciel-et le faire gagner au prochain... »

Au mois d'avril 1875, M. de Cissey est à Paris, à l'Assemblée générale des catholiques :

« J'ai vu M. de Damas. Il m'a dit que les Pélerinages du Saint-Sacrement prenaient très bien leur place parmi les autres, que cette idée était partout acceptée et qu'il n'avait nul besoin de s'en mêler; cela se fait de soi. Quant aux Pèlerinages des Quarante-Heures, c'est une idée à jeter, mais c'est l'affaire du clergé et non du comité des Pèlerinages.

» M. de Benque a lu un très long rapport sur les Œuvres Eucharistiques. Ses conclusions très pratiques ont été adoptées par tout l'auditoire. Les voici :

1° Prière à tous les comités catholiques d'obtenir de Nos Seigneurs les Evêques l'établissement de l'Adoration Perpétuelle là où elle n’est pas établie ;

% Prière à tous les comités catholiques de recommander l'établissement de l’Adorstion Nocturne qui complète la pre-

mière là vù elle n’existe pas ; 3 Prière à tous les cc:1ités catholiques de recommander

les Pèlerinages du Saini Sacrement dans tous les diocèses où il se trouve des sanctuaires qui puissent les attirer. »

Il faut souligner dans cette lettre le nom de M. de Benque, ami du P. Hermann, ce converti de l’Eu-

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charistie, fondateur de l'Œuvre de l’Adoration Nocturne, M. Cyrille de Benque, président de cette œuvre à Paris et son apôtre dans le monde entier. Ses fonctions de secrétaire général du Conseil de Régence à la Banque de France auraient suffi à l'emploi d’une vie. Ses devoirs d’étatune fois remplis, M. de Benque était tout entier à sa famille, à l'Eglise, * l'Eucharistie, Chaque matin, il faisait une longue oraison, assistait à la messe, communiait; chaque soir il donnait une heure à l’adoration du Saint-Sacrement. Son nom, tout parfumé de l’Hostie, reviendra souvent dans ces pages!.

M. de Cissey conclut sa lettre par une juste remarque :

« Tout cela est pratique, il ÿ a déjà un progrès immense obtenu. H y a vingt ans, on n’eût pas eu l’idée d'un pareil rapport dans une réunion d’hommes du monde. Prenons le progrès là où il est ; remercions-en Dieu ! Songeons à rendre ce progrès de plus en plus positif et travaillons à l'étendre.…., M. Vrau viendra, je crois, à Paris. Je lui remettrai vos deux écrits admirablement rédigés. S'il peut oser plus, je l'en presserai ; mais j'en doute. Ne devançons jamais trop les

1. Né en 182: à Aurignac (Haute-Garonne), il est mort au château de Montperat en 1899. Cf. sa vie par un Membre du Conseil de l'Œuvre. Paris, 1901.

idées de nos contemporains. Les progrès se font successi. vement... Les Pèlerinages des Quarante-Heures sont pra. tiques dans une société plus parfaite que la nôtre; ils se feront peut-être, mais quand les esprits y seront mieux préparés ; préparons-les, »

On a lu plus haut ce qui devait se passer cette même année et les suivantes dans le diocèse de Luçon.

L'idée de réparation en général et spécialement par les œuvres eucharistiques pénétrait de plus en plus les âmes, Pie IX avait dit : « La Réparation est une œuvre destiné à sauver le monde », et Mile *** 5e plaisait à raconter ce trait de la vie de M. Dupont, le saint homme de Tours :

Un jour de l’année 1866, quelques mois après la mort de sa mère, elle le rencontre au beau milieu de la ville. Après le premier salut de politesse chrétienne, comme il était, à son ordinaire, sous l'impression d'une grande pensée de foi : « Venez avec moi, lui dit-il, nous allons faire ensemble deux à trois tours dans la rue Royale (la plus fréquentée de la cité) et nous parlerons très haut et très fort de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Personne ne prononce

son nom dans cette grande rue. Voyez tous ces gens

qui marchent, s’agitent, se précipitent, ne songeant qu'à leurs affaires ou à leurs plaisirs : ils ne pensent

point à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils ne parlent

‘point de lui. Parlons-en, nous, ettrès fort. Promenons-

nous pour Jésus-Christ. » Et, sans attendre la réponse, il entraîne la jeune fille quelque peu interloquée et même rougissante et confuse. « Je ne compris qu'après, dira-t-elle plus tard, la pensée réparatrice du saint homme. La terre a besoin de purification. 1 faut tout assainir, non pas seulement les âmes, mais les places publiques et les rues de nos cités. Y prononcer le nom de Jésus, c'est le faire passer comme un courant salubre. Même à ce seul point de vue de la réparation, la suppression des processions est un désastre que comprennent bien les croyants de l'Eucharistie. Partout où Jésus passe, il passe en faisant le bien; or, Jésus ne passe plus!.. »

M. de Cissey entrait facilement dans ces idées mystiques qui lui paraissaient justes et profondes :

« Suivant l’heureuse inspiration que j'ai reçue de vous, lui éerivit-il de Lyon où il « préchait » pour son Dimanche, je me laisse aller de plus en plus au désir de contribuer au mouvement des Œuvres eucharistiques. L'Œuvre de l’'Adoration réparatrice perpétuelle fondée par M°<!: Dubouché me sourit beaucoup. C'est bien le corollaire de l'Œuvre du Di-

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