Lettre du 17 juin
Dieu fera ce qu'il voudra. » Et elle abordait toute âme qui lui seinblait dévouée à l’Eucharistie, « Les petits ruisseaux font les grandes rivières, disait-elle encore; petit ruisseau, je me jetais dans les grandes âmes que je rencontrais sur ma route, » Le P, Chevrier, de plus en plus souffrant, devenait inabordable. La paroisse du Saint-Sacrement qu'il créait de toutes pièces, absorbait M. l'abbé Bridet, Mie Blanchet dont la plume sympathique et rapide avait écrit tant de lettres pour la diffusion de l’idée et de l'Œuvre des Pèlerinages, était en proie à une maladie effroyable et ne donnait plus guère signe de vie. Toutefois, à
mesure qu’une direction s'éteignait et qu’un secours disparaissait, Dieu mettait sur sa route des prêtres de lumière et de réconfort. L'année 1875 fut plutôt marquée par le progrès dans les idées eucharistiques que par des œuvres.
Mgr Mermillod lui avait prodigué ses encouragements. Elle n'a pas oublié la parole du château de Cibens : « Il est temps peut-être de songer pour l'étude de ces idées et de développement de ces œuvres à un Congrès Eucharistique. On ne fait rien aujourd'hui dans ‘.: monde de la science, du commerce, du travail, de i.:idusirie, de l'économie politique et sociale, que par des Congrès. Il faudra, pour réveiller
les masses, pour les rapprocher de Jésus-Christ et les sauver, des Congrès de l'Eucharistie. » Plus tard, au Congrès de Fribourg, l’évêque de Lausanne et Genève reprendra ces mêmes pensées et les développera magnifiquement.
À chaque rencontre ou dans ses lettres, le P, Mombur ne cessera de redire à Mie *** Ja parole de Mgr Mermillod : « Des Congrès, des Congrès Eucharistiques ! Vous ne ferez rien sans Conÿrès. » Un autre jésuite, de la résidence d'Avignon, le P, Darlin, qui avait gardé de son ancien métier militaire je ne sais quoi d'alerte et d'impérieux, souvent lui répétait: « En avant, marche !... Et point de retour sur vous-même! Et point de défaillance! En avant, vous dis-je !.. » A Marseille, le P, Calage, une manière de saint original que nous avons un peu connu et à la bienheureuse mort duquel nous avons eu la grâce d'assister, feignit tout d’abord de la prendre Pour une aventurière, et la traita comme telle, puis, vaincu par l'émotion de ce qu'il entendait et entrevoyait peut-être, fondit en larmes!.
1. Le P. Calage a joué un rôle important dans la fondation de l'Institut des Filles du Cœur de Jésus. Voir la Vie de la R. M. Marie Deluilt- Martiny par M. l'abbé Laplace, Paris, Lecoffre.
On songeait aussi, dès ce temps-là, à obtenir du Vicaire de Jésus-Christ la consécration de Rome et du Monde au Sacré Cœur présent dans l’Eucharistie et vivant au milieu de nous. Le P. de Foresta qui considérait, nous l'avons déjà noté, le mouvement eucharistique comme un des signes précurseurs du triomphe de l'Église, applaudissait à l’idée et orientait les démarches.
On rêvaif de tout rechristianiser : l'individu, la famille, la paroisse, la cité, la province, la nation, le gouvernement lui-même. On avait lu avec admiration, en 1874, et copié dans les notes intimes, cette page doctorale de l’évêque de Poitiers sur la royauté sociale de Jésus-Christ : « Le nom de Jésus est audessus de tout nom. Il a été donné par Dieu à son Christ comme récompense de ses abaissements, de ses souffrances, de sa Croix; c’est un nom auquel tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers et dont toute langue doit proclamer la gloire. La grande erreur, l’hérésie capitale et universelle de notre époque, c’est le libéralisme qui écarte Dieu de l'Ordre social, qui confine dans le domaine des consciences privées l'autorité du Seigneur Jésus-Christ et les hommages qui lui sont dus. Le pouvoir, la dignité royale lui appartient sur
les nations comme sur les individus, Certains vieuxcatholiques trouvent trop modernes les déclarations du Syllabus et du Concile du Vatican: mais déjà, dans le vi° siècle, le pape saint Grégoire disait de certains esprits forts de son temps : « Il y a quelques hérétiques qui croient à la Divinik ‘e Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais qui refusent de croire à sa Royauté universelle? Aussi, notre nation qui a refusé de fléchir le genou devant le Christ-Roi, voyez à quelle humiliation elle s’est vue condamnée devant ses vainqueurs! Sa langue n'a pas proclamé la royauté de Jésus et aujourd’hui, il ne lui est plus permis d'ouvrir la bouche, elle a été diminuée, abaissée au-dessous des peuples ; elle reçoit la dérision et la menace de ces jeunes et nouveaux venus que nos pères ne connaissaient pas et dont elle comptait pour rien la puissance. La cause du mal indique le remède, il n’y aura de salut que dans le retour aux bases chrétiennes de la société. »
À cette page du grand évêque Mie *** ajoutait ces simples mots : « Oui, royauté sociale de Jésus par le retour à l’Eucharistie, Il nous faut atteindre peu à peu les groupements humains, les chefs de famille, les associations, et c’est pourquoi des Congrès sont
nécessaires, » En attendant, et pour les préparer, ne pourrait-on pas établir un comité d'élite dirigeant, un comité général formé des chefs des grandes associations catholiques, des comités diocésains, des comnités paroissiaux, tous spécialement dévoués aux Œuvres du Saint-Sacrement? Et elle s'adresse à
Mgr de Ségur.
Voici la réponse du prélat :
« Je profite de mes premiers moments de loisir pour vous prévenir que j'ai confié toute cette affaire aux R. P. Augustins de l'Assomption, chez qui s'est organisé le grand Comité central de pèlerinage avec la Bénédiction du Souverain Pontife. Personnellement, je ne puis pas m'occuper de cette organisation, surchargé et absorbé que je suis par le travail.
» Si pour une raison ou pour une autre le Comité d’Avignon préférait ne pas s'agréger au susdit Comité central, il ne {faudrait pas croire que tout est perdu; pour ma part, je n’y verrais pas de bien grand inconvénient. Pourvu que l'œuvre d’adoration et de réparation s'accomplisse, les moyens n'ont plus qu’une importance secondaire.
» Dites bien à votre sainte amie qu'elle ne se décourage pas et qu’elle laisse dire le saint homme qui l’engage à se tenir tranquille, Nous sommes en pleine bataille, ce n’est pas le moment de déposer les armes 1... »