‹ L'œuvre des congrès eucharistiques [microforme]Chapitre 33 sur 45 · PORTE · texte numérisé non relu

PORTE

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Chez Mgr Le Ségur ; deux religieuses belges, -— Au Sacré-Cœur de Marmoutier ; la Belgique, terre classique du Saint-Sacrement.

A Néris, rencontre de M. de Pèlerin. — Échange de vues : les Congrès Eucharistiques internationaux ; la réparation eucharistique par corps professionnels. — Mémoire de M. de Pèlerin sur l’opportunité des Congrès Eucharistiques internationaux. — Lettres de Mgr de Ségur, — Au château de Montgeron. — Lettre de Mgr de Ségur au cardinal Dechamps, archevêque de Malines, — Supplique au Saint- Père. -- Départ de la zélatrice pour Bruxelles,

Pendant le séjour qu'elle fit à Paris pour développer le mouvement de l'Adoration Nocturne parmi les dames, la -élatrice du Saint-Sacrement vit à plusieurs reprises Mgr de Ségur et toujours elle l’entretenait de son désir de travailler de plus en plus à la glorification de l'Eucharistie, Un après-midi qu’elle attendait dans l’antichambre, elle fut surprise d'être appelee avant son tour, Mgr de Ségur la savait là et il avait en ce moment la visite de deux religicuses belges, assistantes de Mme de Meüs, la fondatrice

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224 L'ŒUVRE DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES ———, dans les Pays-Bas de l'Œuvre si connue des Églises. Pauvres. Dès que Mile se entra : « Les unes et les autres, dit-il en manière de présentation, vous aimez le Saint-Sacrement ; il faut mutuellement vous connaitre. » Ei la conversation roula sur les œuvres et les ressources eucharistiques en Belgique. Qui sait, se disait à elle-même la zélatrice française, si les Congrès ne réussiraient pas dans ce Pays privilégié? Mais elle gardait pour elle seule cette pensée qui, sans doute, si elle était émise, la déconsidérerait aux yeux du prélat et des religieuses.

Rentrée à T., elle dit à l'assistante du Sacré-Cœur de M, Mme Puissant, qui était de Bruxelles, sa velléité l'ailer en Belgique pour y étudier les œuvres du Saint-Sacrement. « La France, lui répondit la fille de Mme Barat, a reçu la mission de répandre partout la dévotion au Sacré Cœur, La Belgique a la mission de faire mieux connaître l’Eucharistie et de l'exalter : la Fête-Dieu est sortie de Liège. Allez en Belgique. Je vous trouverai à Bruxelles l'installation nécessaire, De plus VOous"y rencontrerez le P. Verbeker, jésuite, prédicateur de Sainte-Gudule et de la Cour. homme d'influence, de piété et de zèle. Pour votre âme et Pour vos projets, c'est le directeur qui convient, » Volontiers elle serait partie tout de suite ; mais la

Providence, qui lui ménageait une rencontre singulièrement précieuse, l'envoya d’abord aux eaux de Néris.

Se souvient-on que, lors de son premier apostolat eucharistique en Avignon, le P. de Foresta lui dit un jour : « Il y a ici, pour vous comprendre et vous aider, un homme: il s'appelle Paul de Pèlerin ? » Or, il se trouva que M. de Pèlerin, n'étant point membre de la Confrérie des Pénitents, ne fut pas, dès ce temps-là, employé. Dieu le réservait.

Ancien élève du P, d’Alzon, parmi les plus brillants et les plus aimés, il avait revêtu la robe. Il ne fut point magistrat longtemps, mais du moins le futil avec indépendance, dignité, honneur. Lorsqu’au moment des Décrets du 29 mars, attentatoires à toutes les libertés, sonna pour lui, et pour tant d'autres, l'heure de l'épreuve poignante et des résolutions viriles, son courage fut à la hauteur de sa fierté civique et de sa foi chrétienne. Il démissionna. Désormais, et jusqu'à la fin de sa vie (1831-1905), il sera fout entier aux pauvres, à l'Eglise, à l’Eucharistie. Littéralement, le zèle de la maison de Dieu le

dévorait. Sa présence était une lumière toujours et se parole, quand il consentait à parler, une flamme, Il n'était pas même nécessaire de l'entendre pour que dans la poitrine le cœur s'échaufFt, il sufMisait de le voir à genoux devant le Tabernacle, abtmé dans l'adoration, extasié dans l'amour.

La rencontre des deux âmes se fit donc à Néris, dons une œuvre de charité.

Le lendemain, sous les ombrages des Arènes, on parla d'Avignon, du P., de Foresta, des Pénitents- Gris, des Pèlerinages Eucharistiques. Au courant de la conversation, Mile ** dit un mot du voyage qu'elle projetait en Belgique. — « Mais quoi faire en Belgique? demanda M. de Pèlerin. — J'ose à peine vous le dire, répondit-elle en rougissant. C'est de la dernière extravagance, »

Elle lui raconta tout de même ses impressions du château de Blois, son désir brûlant, consumant, d'aboutir enfin à de vrais Congrès Eucharistiques, non pas seulement des Congrès nationaux. mais internationaux, et Puisque, présentement, la France Catholique n’est pas libre, elle veut frapper à la porte des nations voisines qui seront plus accueillantes peut-être et, pour le Dieu de nos autels, plus hospitalières.

Et elle développa ses pensées qui nous sont connues : Toutes les œuvres ont leurs Congrès et leur

orÿanisation centrale. Pourquoi n'en serait-il pas de même des œuvres d'adoration eucharistique et de prière? Notre crime est d'avoir chassé Dieu de la France. La France en meurt. Faisons rentrer et régner Dieu chez nous, et la France reprendra vie, sa vie glorieuse. Et elle fait l’historique des humbles commencements de ses travaux, depuis le grain jeté dans les premiers sillons jusqu'à la moisson qui lève. Elle dit tout, les encouragements et les eritraves, les défaillances et les élans, et mème elle remit à M. de Pèlerin ses notes, ses manuscrits, sa correspondance. « Vous verrez tout le dossier, lui dit-elle, vous examinerez tout, en magistrat intègre et libre, puis vous rédigerez un rapport, des plus documentés, vous le ferez suivre de conclusions neltes et précises; après quoi nous l'enverrons tout d'abord à Mgr de Ségur; Dieu fera le reste. »

M. de Pèlerin avait prêté à cette confidence une oreille attentive et charmée. À son tour, il parla d'une idée, — peut-être une œuvre, — qui le hantait et qu'il appelait la réparation sociale, la réparation par groupes ou corps professionnels.

Qu'il s'agisse d’un homme ou d’une association,

d'un être individuel ou collectif, la justice divine exige que tout bien soit récompensé et tout mal puni. Toutefois, l'âme de l’homme étant immortelle, Dieu a l'éternité Pour la pénitence ou la récompense. Les êtres moraux ou collectifs, c’est-à-dire les associations, les Corps sociaux, les peuples, ne sont pas immortels et c’est ici-bas que Dieu les récompense ou les châtie. Voyez-vous comme il importe qne nous réparions dès maintenant le mal qu'ils ont fait, de manière à ne laisser entre les mains de la justice de Dieu que le bien qu'ils ont accompli? Des peuples cnt disparu, des Corps ont été dissous, des familles se sont éteintes, qui vivraient encore si le mal qu’ils ont commis avait été réparé... Et quelle est la nation dont les soldats, les magistrats, les avocats, les médecins, les journalistes n'ont pas péché? Ne croyez-vous Pas que si, dans chacune de ces Corporations, un certain nombre de membres se liaient entre eux, Par exemple pour des commu-

nions réparatrices, la justice éternelle se laisserait

fléchir et qu’à des signes évidents, un jour ou l’autre, On reconnaîtrait l'intervention de Dieu ?

Et M. de Pèlerin soulignait sa pensée par un fait tout récent et saisissant, un fait inouï dans les annales judiciaires d’un Pa}ÿs : quatre cents membres

d'un corps social trois fois épuré par le gouvernement, quatre cents magistrats donnant leur démis-

sion parce qu'ils n’ont pas voulu se prêter à l’exécution de décrets menteurs, spoliateurs, iniques! Comment expliquer ce fait humainement inexplicable ? Voici : depuis quatre ans un certain nombre

d'entre eux offraient chaque jour à la justice de

Dieu une communion en réparation des outrages

qu'il a reçus et qu'il reçoit dans le corps même de

la magistrature.

Ces idées-là étaient chères à M. de Pèlerin. Il les reprendra plus tard dans les Congrès! et il s’en fera

l’apôtre fervent et persévérant.

Ainsi, sous les ombrages silencieux de Néris

retentissait sa voix profonde. Ainsi, l’une dans l’autre

deux grandes âmes s’épanchaient, deux âmes eucha-

ristiques.

C'est à Néris même et sur le champ que M. de Pè-

lerin rédigea le mémoire que lui avait demandé la

zélatrice du Saint-Sacrement.

Il posait cinq questions :

1° N’est-il pas plus que jamais urgent de dévelop-

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