De Grandrieu (Lozère), 14 Septembre
mo
Dans une seconde audience, vers le 20 septembre, M'e***, ayant appris qu'au xw° siècle un miracle eucharistique avait eu lieu dans Amsterdam, demanda au cardinal si, à défaut de la Belgique, on ne pourrait pas songer à la Hollande. Le cardinal répondit : « Je partirai pour Rome dans quelques jours. J'emporterai la Supplique de Mgr deSégur. Je l’appuierai chaudement. Je soumetirai au Pape toute cette affaire. Si le Pape juge qu'une réunion internationale soit opporlune immédiatement, la ville d'Amsterdam aurait quelque titre à être choisie pour la tenue du Congrès. Déjà, dans cette prévision, vous pouvez aller à Utrecht : je vais vous donner une lettre d’introduction près de l'archevêque. Si, au contraire, le Pape décide qu'il est mieux attendre, c’est Liège qu'il faut choisir, »
Que Mgr de Ségur s’intéressât vivement à ces'pre-
mières démarches, on le devine sans peine :
« Montgeron, 24 septembre 1880.
« Ma bonne et chère fille,
» Je recois à l’instant les excellentes nouvelles que vous voulez bien me transmettre de votre seconde entrevue avec le cardinal de Malines. 11 me semble que l'affaire s’emmanche bien et que le bon vieux cardinal comprend admira-
re-
blement l'importance de votre pensée. Amsterdam est, en effet, un pays neutre où l'autorité civile est fort bienveillante, dit-on, et la grande Œuvre Eucharistique pourrait très bien rayonner de là sur l’Angleterre, avant de revenir en France, en Belgique, en Italie, en Espagne, etc.
» Je tâcherai de remercier sans tarder, par quelques lignes un peu chaudes, le cardinal Dechamps, dès que je le croirai à Rome. Si cela ne fait pas de bien, cela ne pourra toujours pas faire de mal. J'insisterai sur la nécessité de réparer, et aussi de raviver la piété et l'esprit de foi.
» En attendant le bonheur de vous revoir, je vous bénis de tout mon cœur, et recommande au Sacré-Cœur de Jésus les grands intérêts auxquels vous avez l'honneur de vous consacrer si énergiquement. Quelle grâce pour vous, ma chère fille, si vous réussissiez, ne fût-ce qu'en partie! N'oubliez jamais dans vos communions » Votre tout dévoué et affectionné. »
Presque à l'heure où le cardinal Dechamps partait pour Rome, « la chevalière » du Saint-Sacrement partait pour Utrecht. Mme de Meüs qui s’en allait, elle aussi, en Hollande, la reseignait, chemin faisant, sur le pays. Il faudrait voir tous les évêques les uns après les autres. Ils vivent un peu isolés du mouvement général de l’Europe et même de Rome. Chacun se regarde comme maître chez soi. Tous sont justement flers de leurs diocésains, car la vie catholique en ces diocèses paraît intense ; s’ils prennent à cœur
cette grande idée, c'est qu'ils en seront flattés et, avec l'aide de leurs prêtres et de laïques très dévoués à l'Église, le succès ne paraît point douteux.
À Utrecht, Mie + jeccendit à l'hôpital. On eut la délicate attention de lui offrir une chambre dont la cloison vitrée donnait sur la tribune de la chapelle, en sorte qu’elle était en permanence devant le Tabernacle. « Le jour, disait-elle, c'était délicieux et la nuit plus encore. »
Le 6 octobre, elle rendait compte à Mgr de Ségur deson entrevueavec MgrSchraapman. Nous résumons sa lettre. L'archevêque est convaincu que le projet d’une Assemblée eucharistique internationale serait très bien accueilli en Hollande, mais que sa réalisation serait plus facile soit à Bois-le-Duc où la cathédrale est vaste et belle, soit à Gorkum, hélas! tout
protestant, mais dont les martyrssont en ce moment
l'objet d'un culte ardent et tout plein d'actualité puisque ce sontdes martyrs du Saint-Sacrement, soit surtout à Maëstricht, très grande et excellente ville du diocèse de Ruremonde et riche, elle aussi, d’un souvenir eucharistique, à savoir une hostie conservée dans les flammes.
Cependant Mgr Schraepman ne voudrait pas éliminer de lui-même Amsterdam : l'évêque de Harlem,
C sous la juridiction duquel se trouve cette grande ville, à en pourrait être froissé et peiné; il faut aller le voir.
Et elle part pour Harlem, en passant par a Amsterdam.
Les religieuses de Saint-Bernard, au Rokin, la ” reçoivent, comme l'avaient reçue leurs sœurs d'U- ; trecht. Une ancienne élève du Sacré-Cœur de L Bruxelles, Mlle; Marie Wattiau, pieusement éprise des
Œuvres eucharistiques, l’accueille comme l'envoyée
du Saint-Sacrement. Déjà elle lui avait préparé dans
| le clergé séculier et régulier, surtout dans les meilleures familles, de nombreuses et précieuses sympathies.
L'idée de voir Mgr de Harlem tout de suite et, pour
ainsi parler, de but en blanc, ne sourit à personne. L'Évêque — du moins, on le craint fort, — répondra : par unrefus, et ce sera, dans les milieux catholiques, une désolation. Ce qu'il faudrait dès l’abord, disaientils en gens pratiques et judicieux, ce serait une bénédiction du Chef de l'Église sur la pensée ellemême des Congrès Eucharistiques internationaux. Que si, de plus, Léon XIII désignait nommément la Hollande, prêtres et laïques se mettrsient à l'œuvre, et vous verriez!
Que faire? Suspendre toute démarche nouvelle,
jusqu'à ce que Mgr de Ségur ait donné une direction.
Mais le séjour de Mle*** dans la maison de Saint- Bernard menaçant de se prolonger, la Supérieure des religieuses l'avertit que les administrateurs la priaient de s'en aller. Or, à ce moment, elle était en proie à une sorte de fièvre, tribut inévitable que tout voyageur qui s’attarde, paie aux marais de la Hollande. Elle ne savait où poser le pied. La Supérieure lui disait en bon français : « De quoi vous mêlez-vous ? Est-ce l'affaire d’une femme, de pareilles
questions? Laissez cela aux évêques. Vous êtes
malade, vous attrapez ce qui vous revient. » Plus pitoyable était l’Assistante, et plus compatissant l'aumônier : « Courage, Mademoiselle ! lui disait ce bon prêtre. La France ne saurait périr. Vous êtes le peuple de Dieu. Malgré vos fautes, Dieu vous pardonne toujours dès que vous revenez à lui. En 1870, lors de votre guerre avec la Prusse, tout le monde vous croyait perdus... Mais non, vous êtes comme la balle que l'on croit à terre et qui est déjà remontée dans l’air. La France est la nation la plus : bondissante qui se soit jamais vue. Vous remont-:ez par l'Eucharistie. » La pauvre âme se consolait de la religieuse par le prêtre.
Un autre ecclésiastique, l'excellent curé de l'Immaculée-Conception, M. Schlüter, lui trouva un
gite dans la patriarcale famille Gompertz dont le père était membre des conférences de Saint-Vincent de Paul et fondateur de l'Œuvre des Vieux-Papiers
pour la Hollande.
A ce propos, notons un piquant détail. La famille avait demandé par télégramme à Mgr de Ségur des renseignements sur son hôtesse; puis, une lettre écrite au nom de la famille par cette ancienne élève du Sacré-Cœur qui avait si bien accueilli la Française, suivait la dépêche et disait : « C'est avec bonheur que j'ai fait sa connaissance. Quelle belle âme, une des premières femmes de jadis, du temps des apôtres! Quant à l'Œuvre des Congrès Eucharistiques, ce sera la plus merveilleuse manifestation de notre foi et Amsterdam plantera le drapeau du triomphe. M. le curé Schlüter est l'homme créé pour monter ce monument de gloire... Vous avez reçu donc la dépêche et vous pardonnerez la bonne famille Gompertz.. La prudence est nécessaire, surtout dans le temps actuel ; mais une fois un témoignage de vous, tout est à sa disposition. Quant à moi, je la connais à sa médaille d’Enfant de Marie, notre insigne; ça me suffit. Comme vous le com-
prendrez, elle ignore cette information et, de grâce, je n'espère pas qu'elle en entendra parler... »
Le 13 octobre, Mgr de Ségur qui n'avait reçu ni le télégramme de l'excellente fumille Gompertz ni la lettre de Mie Wattiau — il écrira quelques jours plus tard, pour accréditer tout à fait la messagère du Saint-Sacrement, à M. le curé de l'Immaculée-Conception, — disait à Mie + en réponse à sa lettre du 6 :
« En pratique, il me semble qu'il n'y a rien à faire que d'écrire à Rome au cardinal Dechamps, afin qu'il parle au
Pape de la grosse affaire, qu'il lui demande une bonne Bénédiction pour une première Assemblée internationale en Hollande, où les volontés sont si bien disposées, et qu’il lui dise également deux mots pour obtenir la Bénédiction d’Assemblées analogues dans d’autres pays, si l’on peut les orgaser avec l'assentiment des évêques.
» Il faudrait que le cardinal Dechamps eût la bonté de vous envoyer par écrit, et avec son cachet officiel, l’attestation de cette Bénédiction du Très Saint Père. Une simple parole ne suffirait évidemment pas. Priez également Son Eminence de daigner vous envoyer cette précieuse attestation, pendant que vous êtes encore en Hoilande, ow du moins de ce coté. Demain ou après, sans y manquer, je lui écrirai dans le même sens.
» Veuillez présenter mes respectueux et reconnaissants hommages aux archevêques et évêques qui vous ont si favorablement accueillie, Veuillez aussi remercier l’excel-
— ES ae nn
lente Mc: W., que je recommande humblement avec vous aux miséricordes du Sacré Cœur de Jésus, et me regarder toujours comme votre père et serviteur tout affectionné en l'amour du Saint-Sacrement de l'autel. Paz tibi. »
Dans cette lettre, Mgr de Ségur ne dit point expressément qu'il faut renoncer à la visite de Harlem conseillée par l’archevèque d’Utrecht. D'autre part, rien du cardinal Dechamps n'arrivant de Rome et Mie *** ne pouvant s'éterniser en Hollande, il fut décidé dans le petit cercle d'amis que l'on irait voir Mgr Snikers. M. et Mme Gompertz. Mie Marie Wattiau accompagneront Mie *** chez l’évêque. Cette escorte n'était pas inutile pour assurer l'audience.
La zélatrice avait pris soin d'envoyer à l'avance à Mgr Snikers une copie de la supplique au Saint- Père, une lettre explicative du projet et la lettre de recommandation de l'archevêque d'Utrecht.
Après les premières politesses et présentations, l'évêque prit la parole en un français pour l'ordinaire irès correct. Il commença par dire qu'il ne comprenait point l'avantage d'un Congrès international ni la nécessité de cette affirmation publique de foi à l’'Eucharistie. Bien au contraire : cette seule
proposition scandaliseraitses diocésains. Mgr Snikers
fit une telle peinture de la vie de foi, de piété, de
pureté de son peuple que Mie *** ne put s'empêcher de l'interrompre : « Mais, Monseigneur, puisque votre peuple est si bon, si fervent, si exemplaire, laissez-nous accourir près de lui et nous retremper à son contact. » Aussi vivement que sèchement, l'Evêque l'arrête : « Taisez-vous. Je n'aime pas vos sophismes (il voulait dire compliments sans doute), et n’y revenez pas... » 11 reprit : « Des Congrès de Français chez nous! Mais les Français ont un caractère absolument opposé au nôtre. Certainement, une réunion internationale peut être avantageuse pour eux, pour les Belges, pour les Anglais... Mais nous autres Hollandais, nous n'avons rien à y gagner. Pourquoi voulez-vous venir ici? Pour dire chez nous ce que vous me pouvez pas dire chez vous, Qu'arrivera-t-il? C'est que nos populations seront mal édifiées.… Allez donc arrêter vos orateurs…. Je connais les Français. Je les ai entendus. Ils sont brûlants. Quand ils parlent, il s’enivrent de leur parole. On les applaudit, ils improvisent, ils vont trop loin. Ici, nos catholiques sont à nous, sous notre conduite, dans notre main... Ne nous apportez point vos idées d'indépendance ; elles nous feraient du mal. »
Timidement d'abord, puis peu à peu avec assu-
rance, la bonne ouvrière du Saint Sacrement essaie d'agrandir le débat et d'amener le prélat à des vues plus larges, à des idées générales. Elle reprend la Supplique de Mgr de Ségur. À ces mols : « C'est le moyen de grouper ensemble les hommes de foi, » elle présente de son mieux la marche ascendante et effrayante de la révolution. L'impiété qui pénètre partout, s'infiltrera même en Hollande. La francmaçonnerie ne recule pas devant les groupements internationaux ni devant les Congrès: dans tous les pays du monde elle les multiplie. Si l'erreur a tant d’audace, pourquoi la vérité serait-elle tremblante et silencieuse ? Et les relations de peuple à peuple sont aujourd'hui si faciles! Se grouper, c'est centupler la force, force de la prière devant Dieu, force de la cohésion devant les hommes. Puisque les catholiques de Hollande sont encore debout, qu'il tendent la main à ceux de leurs frères qui luttent sur un sanglant champ de bataille et qu'ils relèvent les défaillants !
Quelle impression ces pensées ardentes faisaientelles sur le vénérable prélat? Son visage restait impassible, froid même jusqu'à la glace, et son regard était perçant.
— « Mais pourquoi, dit-il tout à coup, ne s'est-
on pas adressé à moi directement? Mon diocèse a le plus d'influence. Ce qui se fait dans Harlem se fait bientôt dans toute la Hollande. Cette affaire est mal commencée... » — « Mais, Monseigneur, cette affaire n’est pas mal commencée ; elle n'est pas commencée du tout ; elle ne commencera que lorque le Souverain Pontife l’aura approuvée. Léon XIII ou les évèques feront un plan; mais il faut d’abord un terrain où s'appuyer. Il a paru à de bons esprits qu'en l'état présent de l’Europe la Hollande seule était assez calme pour une réunion pareille. Le cardinal de Malines ne veut pas proposer la Hollande sans avoir auparavant l'avis des illustres évêques de ce pays. C'est pourquoi Son Eminence m'a envoyée à Mgr d'Utrecht et à son tour Mgr Schraapman m'a envoyée vers vous. » — « Mais, Mademoiselle, Mgr d'Utrecht ne vous recommande pas. Il me dit sur sa carte : Cette demoiselle désire que je la recommande... » — « Mgr d’Utrecht ne saurait me recommander, interrompt la Française. Je n'ai pas l’honneur d’être connue de Sa Grandeur. Je ne l'ai vu qu'une fois. Il m'a écou‘‘2 avec patience et bonté et il a bien voulu me dire qu’il croyait qu'un Con-
grès Eucharistique se pouvait tenir en Hollande et
qu’il allait l'écrire au cardinal Dechamps et à Mgr
de Ségur. Mgr l'archevêque a même ajouté : « En quelque endroit de la Hollande que se réalise le projet, j'y apporterai mon concours. » — « Eh bien, riposte l'évêque de Harlem, que cela se fasse à Utrecht. » Une phrase un peu oratoire d’une lettre récente du P. Verbeker revient à la mémoire de M'e *** ; elle dit à l'évêque : « Monseigneur, le drapeau planté sur une Capitale est toujours aperçu de plus loin et jette plus d'éclat. Tel qui viendra volontiers à Amsterdam ne se dérangera pas pour Utrecht. D'ailleurs le souvenir du miracle eucharistique pèsera sans doute dans la balance. Ai-je bien compris ? Il me semble qu'après avoir reçu la bénédiction de Léon XIII sur l'Œuvre projetée, le cardinal de Malines réunira les évêques et que, de concert, on choisira le lieu de la réunion. » — « Quels évêques? Et les évêques Hollandais? » — «Je suppose bien, Monseigneur, qu'on ne fera rien sans eux ; mais, je vous en conjure, daignez remarquer qu'en ce moment je nc fais point de démarche officielle. Je ne suis rien en toute cette affaire qu'une humble porteuse de lettres, le petit courrier de Mgr de Ségur près du cardinal de Malines et du cardinal de Malines près de Mgr l'archevêque d’Utrecht... Permettez-moi encore un
mot, Monseigneur, et d'exprimer humblement mon désir : Que Votre Grandeur daigne faire savoir au cardinal Dechamps à Rome son appréciation sur le projet lui-même... » De nouveau Mgr Snikers lui coupe la parole : « Assurément le Pape bénira votre
projet. A Rome on aime les démonstrations; mais
parce que le Pape aura approuvé une œuvre, cela ne veut pas dire que nous l’adopterons dans nos diocèses, si nous ne la trouvons pas utile à nos populations. Ni je ne donne mon adhésion ni non plus je ne la refuse. Lorsqu'on m'aura présenté un programme et un plan d'ensemble, j'examinerai… Et si la chose doit se réaliser en Hollande, il sera juste que nous la conduisions comme nous l’entendrons… Je vais m'en occuper et je verrai Mgr l'archevêque d’Utrecht.…. »
L'audience avait duré une heure et demie. « J'en sortis toute rompue, » écrivait à Mgr de Ségur, le 20 octobre, la zélatrice.
Deux jours après, le bon prélat lui répondait :
« Ma chire fille en Notre-Seigneur,
» Je bénis le Sacré Cœur et Notre-Dame des Victoires des premiers succès qui couronnent vos efforts. Si mon impression est la vraie, je trouve les nouvelles que vous me
communiquez plus consolantes que ce que j'attendais.
» De loin, je ne puis vous donner une direction propremen, dite sur l'opportunité d'un plus long séjour à Amsterdamt ni d’un retour à Bruxelles. Pesez tranquillement le pour et le contre avec les saints amis que vous avez là-bas ;: et faites pour le mieux, suivant cette grande règle de la Sainte Ecriture : Demandez le conseil de quelque personne sage, ot vous n'aurez pas lieu de vous repentir de ce que vous aurez fait.
» Tenez au courant, avec quelques bons détails, l'excellent cardinal Dechamps, afin qu'il puisse, en temps utile, en instruire le Saint-Père, et dès que nous aurons la Bénédiction implorée de Léon XIII, nous nous entendrons et ferons pour le mieux.
» Vous agiriez peut-être utilement, en demandant par moaière de conversation, au bon curé Schlûter ses idées sur une sorte de projet ou de programme à présenter à Mgr Snikers et aux autres évêques de Hollande, sur le meilleur plan à suivre, etc. ; le tout dans l'hypothèse d'une Bénédietion accordée par le Souverain Pontife.
» J'ai éerit au cardinal de Malines le même jour qu'à vous.
» Adieu et bon courage, ma chère fille! Que, du fond de son grand Sacrement, où il réside pour notre amour, le Sacré Cœur de Jésus vous bénisse et vous inspire! »
Il s’en fallait que le curé de l’Immaculée-Conception partageât l'optimisme de son évêque. La France n'est pas seule à souffrir, disait-il. En Hollande, la lutte est continnelle avec les hérétiques ei les schismatiques. Les sociétés secrètes, plus sourdement
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qu'ailleurs et plus lentement, selon le caractère national, minent le sol. Le fanatisme protestant ne tolère ni les processions publiques, niles pèlerinages, tandis que toutes les impiétés se donnent libre carrière, et, sous le coup de la peur, la foi baisse en bien des âmes. Un Congrès du Saint-Sacrement à Amsterdam serait une fierté pour les cutholiques de Hollande, une bénédiction et un nouveau bienfait dont ils seraient redevables à la Fille aînée de
l'Église.
Et le bon curé voulut écrire lui-même à Mgr de Ségur. Nous avons sa lettre sous nos yeux : « Oui,
Monseigneur, nous aussi souffrons el pleurons avec Ja France au pied de l'autel. Nous désirons étendre sur le monde l'adoration de l'Eucharistie. Quand l'Église entière sera jour et nuit, à genoux, devant le Fabernacle, le Seigneur parlera aux tempêtes de l'athéisme et de l'impiété, et il leur dira : Jusqu'ici et non plus loin! Et la grande nation sera de nouveau la France catholique et exemplaire, la protectrice de notre Saint-Père actuellement au jardin des Olives, et la protectrice aussi, toujours aimée, des catholiques de Hollande... » Pratiquement, M. Schlüter aurait désiré nn appel du Souverain Pontife à toute l'Église pour un recours général à l'Eucha-
ristie, des privilèges religieux aux prêtres, des indulgences aux fidèles pour les visites qu'ils feraient au Saint-Sacrement; alors les églises ne seraint plus fermées après les messes, comme elles le sont dans les pays néerlandais, et les fidèles se pourraient relever pour des adorations ininterrompues.
Quant aux catholiques notables visités par Miles, ils étaient prêts à tous les dévouements. Que nos frères de France viennent chez nous, disaient-ils, et notre foyer et notre table sont à eux. Nous lcs regarderons comme des membres de nos familles, Les prêtres seront reçus avec plus d'égards encore,
À ce propos de la vénération surnaturelle du catholique hollandais pour le prêtre, voici une anecdote significative. Les noces d'argent d'un prêtre vont être célébrées. La fête sera magnifique. Toutes les grandes familles y assisteront et tous les prêtres. On y invite l’étrangère. Déjà on a offert au jubilaire pour trente mille francs de cadeaux. — Mais alors, interroge Mie ***, ce prêtre est un pere sonnage ? un homme d'un talent supérieur? — Mais non. — Un grand orateur? — Mais non. — Un bienfaiteur insigne de la cité? — Pas davantage, et même c'est un homme comme un autre, tout ordinaire... Et, faisant allusion à un mot charmant
du « saint Homme de Tours » que la Française avait quelquefois rapporté, sur certains bons prêtres auxquels le confortable n'est peut-être pas tout à fait indifférent, ils ajoutaient avec un rire sonore : Il aime bien sa soupe chaude... — Alors, cette fête superbe, pourquoi ? — Depuis vingt-cinq ans il consacre l’Eucharistie.
Disons dès maintenant qu'en 1882 les évèques de Leeds et de Ruremonde adhéreront au Congrès Eucharistique d'Avignon et, en 1883, l'archevêque d'Utrecht, les évêques de Bois-le-Duc, de Bréda, de Ruremonde, au Congrès de Liège.
La saison avançait. Les brumes s’épaississaient, glaciales. La zélatrice, après avoir fait à ses chers Hollandais des adieux pleins de larmes, regagna Bruxelles.
En France, recrudescence de la persécution religieuse. — Lettres de M. de Pèlerin, de Mit: ‘‘*, de Mgr de Ségur. — La sélatrice et le cardinal Dechamps. — Léon XIIL à promis de bénir les Congrès. — I1 faudra renoncer à la Belgique. — Lettre de Mgr Doutreloux, évêque de Liège.
Lenteurs romaines. — Lassitude des âmes. — Lettre de M. de Pèlerin : « Sursum ! »
Le P, Verbeker à Paris. — Réunion du Comité chez Mgr de Ségur. — La fondation de l'Œuvre est décidée, — Projet d’un nouveau mémoire : exposé des motifs. — Faut-il se contenter, pour cette-année, d’une simple « démonstration catholique » ?
Découragement de Mgr de Ségur. — Lettres du prélat à Mlle et à M. de Benque. — « C'est Dieu qui fait les Œuvres. » —Le Congrès Eucharistique international aura lieu, cette année, à Lille. — Lettre de M. de Benque à la sélatrice. — L’ « alleluia » de Mgr de Ségur. — Lettres du prélat.
Que s’était-il passé ?
M. Vrau à Rome. — Bref du Saint-Père. — Appel du Comité catholiques. — Mic ‘** et les Juifs ? — Lettre de M. de Pèlerin. — Mort de Mgr de Ségur. — Lettres d’adhésion au Congrès. — Mgr Doutreloux. — Mgr Mermillod. — Les délégués des nations. — Le Congrès peut s'ouvrir.
Pendant ce tempslà, en France, la persécution contre l'Église, la liberté, la justice, sévissait, on peut dire avec rage. Le 23 octobre, 'M. de Pèlerin écrivait à Milo :
mme PRE E —— — mme ense re ee nan
« L'enfer rugit de nouveau. Les Barnabites et les Franciscains viennent d'être expulsés. Honneur à ces glorieuses victimes de la franc-maçonnerie! Partout elles ont trouvé des hommes de cœur at des hommes de foi pour les assister et protester avec courage contre les odieuses mesures dont êlles sont l'objet. Les démissions de magistrats ont recommencé. On en compte une trentaine de plus et, chose étrange, plusier :+ parmi ceux-là mêmes qui avaient été nommés pour remplacer les premiers démissionnaires. A Riom, le commissaire central et deux commissaires de police ont aussi reculé devant l'honneur du crochetage et donné leur démission, »
Quelques jours après :
« Demandez des prières pour la magistrature française.
Les démissions ne se comptent plus; elles dépassent, dit-on, “deux cents.
« Restait la magistrature assise, rempart sur presque tous les points inexpugnable ! Elle opposait aux haines, aux appétits mauvais de la Révolution une infranchissable barrière, Les loges ont juré sa perte. De fait, l’inamovibilité n'existe déjà plus pour elle. Que Dieu lui donne de tomber noblement et de savoir être chrétiennement, dans cette épreuve, la rançon d’une partie de nos prévarications !.… »
Voilà où nous en étions à la fin de l'année 1880.
La zélatrice du Saint-Sacrement avait bien dit à Mgr de Harlem que les catholiques de France combattaient sur un sanglant champ de bataille. Le sang
du cœur, le sang de la foi, coulait de mille blessures, comme un fleuve.
A peu près de cette même date , Mlle *** écrivait à Mgr de Ségur :
. « Comme vous devez être triste à Paris! Que de larmes il nous faudra verser pour contrebalancer tant de crimes! Mais, au milieu de ces hontes, il y a encore une France chrétienne : ces pleurs, ces protestations, ces ovations! Quand est-ce que cette France-là pourra jeter librement vers le Ciel le cri de son amour repentant! Bientôt, Monseigneur, ‘grâce à votre dévouement infatigable, à votre influence, à votre nom béni, on verra les représentants de toutes les nations apporter à l'Eucharistie un immense tribut de douange et d'amour... »
C'est dire que la zélatrice, en dépit de toutes les entraves, ne désespérait point, Sur ce nouveau déluge d'impiété oppressive et destructrice, elle voyait luire, comme un autre arc-en-ciel, un Congrès
‘prochain et international de l'Eucharistie,
Mgr de Ségur, lui non plus, ne désespérait pas. Le 2 novembre il lui écrivait :
« Ma chère et bonne fille,
» Pour le moment, ce me semble, il n’y a plus qu'à vous recueillir et à vous reposer en Notre-Seigneur, après avoir
1, Lettre du 6 novembre.
L'ŒUVRE DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES oo cependant écrit une dernière fois au cardinal de Malines, pour le supplier de ne pas perdre de vue, auprès du Pape, une cause de laquelle peuvent sortir des fruits si admirables pour la gloire du Fils de Dieu. 11 y aurait à demander à Léon XIII une grande bénédiction, non seulement pour sus citer en Hollande d'abord, puis ailleurs, le saint Congrès qui nous préoceupe, mais aussi pour lui demander de bénir extraordinairementitous ceux qui y prendront part : évêques, religieux, prêtres, laïques, qui prendront en main, d'une manière ou d'une autre, les intérêts de,la gloire et de l'amour du Saint-Sacrement,
» Si le Saint-Esprit inspire cette pensée au Vicaire de Notre-Seigneur, comme il sera beau et bon de voir et d'en* tendre, pendant une semaine entière, par exemple, l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, toutes les œuvres Eucharistiques, la communion fréquente et quotidienne, prèchées et praiiquées par des multitude d'élite, et de saintes résolutions proposées par le Congrès à toutes les âmes saintes, et recommandées au zèle des évêques et des prêtres, après avoir été munies de la Bénédiction apostolique !
» Que ce sera donc beau, grand et fécond ! Mandez cela au pieux et vénéré cardinal Dechamps et par lui à Léon XIII...
» Que le Sacré Cœur daigne tirer sa gloire et notre salut de tout cela! C'est en son saint amour que je suis et demeure votre serviteur, ami et père très affectionné. »
Dès sun retour en Belgique, Mie *** rendit compte
au cardinal de Malines de ses impressions de Hollande. Les catholiques de ce pays-là, les prêtres séculiers, les religieux qu'elle’ a visités, ominicains,
jésuites, rédemptoristes paraissent gagnés à la cause d'un Congrès Eucharistique international; mais ils ne se mettront en mouvement que sur un geste de leurs chefs naturels, les évèques. Ceux-ci prendront-ils d'eux-mêmes celle grave initiative? Il paraît bien qu'ils attendent tout d’abord un programme précis et la bénédiction du Saint-Siège. Ne vaudrait-il pas mieux, sans pousser plus loin l'enquête, en revenir à la première pensée de Son Éminence : Liège, ville du Très Saint-Sacrement, lieu de réunion du premier Congrès ?
Mgr Dechamps raconte à la zélatrice que Léon XIII a fait bon accueil à la Supplique de Mgr de Ségur et au mémoire de M. de Pèlerin, qu'il a promis au projet sa bénédiction et qu'il l’enverrait par écrit en temps opportun, réservant par ailleurs le choix du temps et du lieu aux évêques. Le cardinal ajoute : « À moins d'un miracle, je ne crois pas que la réunion se puisse tenir cette année ni même l'année prochaine en Belgique : le pays est trop agité par la question scolaire... Cependant vous pouvez en écrire à l'évêque de Liège. »
A l'ouverture que lui en fera Mlle ** un peu plus
tard, Mgr Doutreloux répondra :
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« Mademoiselle,
» Votre proposition de réunir un Congrès des Œuvres Eucharistiques à Liège a toutes mes sympathies. Déjà, j'avais formé les plus beaux projets, lorsqu'on est venu m'arrêter court, pour cette année, en me déclarant que l'ébranlement survenu dans ma santé ne me permettait absolument pas de m’engager dans cette entreprise ; on m'assure que, dans un an, il n’en sera plus ainsi, et je suis porté à le croire. =
» Je désire donc vivement que le Congrès ne soit pas tenu ailleurs en Belgique, cette année ; la priorité revient de droit à Liège et je vous assure qu’en 1882, nous ferons les choses d’une manière digne de la faveur accordée à notre diocèse. Espérant que ce retard ne contribuera qu’à une gloire plus grande pour notre divin Maître, je vais prier de tout mon cœur pour qu'il en soit ainsi. Recevez, Mademoiselle, avec l'expression de ma profonde reconnaissance celle de mon tout dévoué respect en Notre-Seigneur.
+ VICTOR, Evèêque de Liège 1.
Avant tout ce qu'il faut voir dans cette lettre toute imprégnée de religieuse bienveillance, c’est l’adhésion cordiale à l'Œuvre elle-même et la promesse d’un Congrès prochain. Une âme d’évêque s’y révèle.
Les jours, les semaines et même les mois se passent,