‹ L'œuvre des congrès eucharistiques [microforme]Chapitre 8 sur 45 · décembre · texte numérisé non relu

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sont des femmes qui ont développé les pèlerinages de Paray-le-Monial. Le temps ne serait-il pas venu des pèlerinages à la divine Eucharistie? La Sainte Vierge est apparue ici ou là * mais elle n’a fait qu'apparaître. Tandis que l'Eucharistie, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ vivant parmi nous, demeurant chez nous, avec nous. C'est l’'Emmanuel. Il faudrait donc provoquer un élan, un mouvement, qui redoublerait le culte public du Très Saint-Sacrement, sur- Passerait, s’il est possible, en grandeur et magnificence, l'honneur rendu en ce moment à la Très Sainte Vierge et complèterait en quelque sorte la consécration de la France au Sacré-Cœur.

Mais qui sommes-nous Pour de si grandes choses ? De faibles femmes ; autant dire rien. Or, précisément Parce que nous ne sommes rien, il faut avoir confiance. L'œuvre de Dieu paraîtra davantage.

La réponse fut très sympathique, et nous verrons Mie Blanchet provoquant, surtout parmi les évêques, des adhésions précieuses. Au préalable, elle avait demandé conseil au R. P. Félix, de la Compagnie de Jésus, qui lui voulait du bien. L'illustre prédicateur ne refusa point sr ‘nCouragements :

Je suis profondément tou: ., lui écrivait-il, de votre zèle pour la gloire du Saint-Sarrement, et je ne puis qu applaudir

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aux pieux projets d'en ressusciter et raviver la dévotion et le culte par le moyen des pèlerinages, qui ont si bien réussi pour le culte de la Sainte Vierge et du Sacré Cœur. Il faut s’attendre, pour la réalisation de ces desseins, à des difficultés de plus d’un genre : mais les œuvres de Dieu ne se font qu'à travers des difficultés. Donc, bien loin de vous conseiller de refuser pour cette grande œuvre le concours que l'on vous demande, je ne puis que vous encourager à y coopérer dans la mesure que la Providence voudra bien vous ménager.

De toutes les adhésions et autorisations, il y en avait une à obtenir qui importait plus que les autres, celle de l'Ordinaire, Mgr Richard, évêque de Belley.

Mile ** avait eu l'honneur de l’'approcher une première fois, cette même année 1873, à Lyon, puis tout récemment, à Ars même, chez les demoiselles des Garets. Là, sommairement, elle lui avait exposé quelques-unes de ses idées, et l’on se souvient que Mgr Richard avait accordé pour Ars la faveur de l'Exposition hebdomadaire du Saint- Sacrement.

Un jour de décembre 1873, elle le prie de bien vouloir prendre connaissance du projet qui la hantait, à savoir la promotion d'un mouvement national

COMMENT DIEU PRÉPARE UNE ŒUVRE 57 mm vers l'Eucharistie, On commencerait par des pèlerinages aux sanctuaires favorisés d’un miracle de l'Hostie. Ce serait du même coup un renouvellement de ferveur dans les Œuvres eucharistiques déjà établies. On travaillerait aussi à former de nouveaux centres d’adoration, nocturne pour les hommes, diurne pour les femmes. Il en sortirait un grand Courant de prière eucharistique perpétuelle, non plus seulement la prière de la foi, mais celle de l'amour. Ne doit-on Pas désirer que l’Eucharistie mieux comprise soit mise en quelque sorte à la portée de tous? Peut-être même arriverait-on par l'Eucharistie à faire ‘refleurir la vie contemplative dans le monde...

Lentement, l'Évêque lut les notes, très brèves d'ailleurs, qu'elle lui avait présentées, et il les relut : puis, en souriant, il les déchire : « On ne fait point de plan avec le bon Dieu, dit-il. On suit la marche de sa Providence. Dieu fait son plan lui-même, Puisque la voie vous est ouverte du côté d'Avignon, allez à Avignon. Je vais vous donner une lettre d’introduction auprès de Mgr l'archevêque. »

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Voici cette lettre :

Ars, 15 décembre 1873.

Monseigneur,

Permettez-moi d'introduire près de vous, Mlle *** qui, de. puis plusieurs années, est venue se fixer près de la tombe de notre Vénérable curé d’Ars.

Mgr Mermillod a déjà fait connaître à Votre Grandeur le pieux désir de Mile *** de voir les pèlerinages se diriger vers les sanctuaires les plus vénérés de la divine Eucharistie et spécialement vers celui des Pénitents-Gris d'Avignon.

Je ne puis, de mon côté, qu’applaudir à la pensée de ranimer la dévotion envers Notre-Seigneur dans le Tabernacle qui a suggéré l’idée de Mie —

J'ose donc recommander ma diocésaine à votre bienveil. lance. Si Votre Grandeur l’approuve et si Dieu bénit ce projet de pèlerinare, Avignon deviendrait peut-être le point de

départ de ces nouveaux hommages rendus à la Sainte Eucharistie…

+ François, évêque de Belley.

Le lendemain, 16 décembre, de la Trappe de Notre-Dame-des-Dombes, l'Évêque de Belley envoyait

à Mile* Ja précieuse et encourageante lettre que l'on va lire :

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Mademoiselle et chère fille en Notre-Seigneur,

Je veux vous envoyer ces deux lignes craignant que vous ne soyez demeurée un peu attristée par le peu de temps que vous avez eu pour me faire vos communications.

Le Bon Dieu ne Permet pas toujours que nous puissions faire les ‘choses ‘comme nous le souhaiterions: mais les petits contre-temps ne nous empécent pas d'accomplir sa volonté.

Je crois toujours que vous devez suivre paisiblement vos bons désirs de faire honorer davantage Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie, mais Sans vous préoccuper d'un résultat général à obtenir. Faisons simplement ce qui se présente

à faire d’abord. Puis, si le Bon Dieu bénit les premiers efforts, nous continuerons à travailler, sinon nous ne nous troublerons pas, nous prierons et nous attendrons les moments de la Providence. Nos bons désirs, accompagnés de la soumission à la volonté de Dieu, ne sont jamais perdus. Ils se réalisent quelquefois autrement que nous ne l’avions pensé d’abord ; mais le Bon Dieu, selon la parole du Psaume, exauce la préparation de nos cœurs.

Je vous bénis de nouveau et vous renouvelle l’assurance de mon respect dévoué en Notre-Seigneur.

+ FRaNçors, évêque de Belley.

Les premiers ouvriers de l'Œuvre. — Nouvelles adhésions. — Le P. de Foresta, de la Compagnie de Jésus, — Le P. Leroyer, de la Congrégation du Très-Saint-Sacrement, — Mgr Place, — M, de Trénonay. — Mgr de la Bouillerie, — Direction de Mgr Richard. — M. l’abbé Bridet et le Saiut social par la Sainte Eucharistie. — Mgr de Ségur et les Sanctuaires Eucharistiques. — Le cantique de l’Amende Honorable.

La voilà donc à Avignon, dans les derniers jours de décembre 1873. Sa première visite fut pour l’archevêque, Mgr Dubreuil, qui l’accueillit sans enthou-

siasme : « Nous ne Provoquerons rien, lui dit-il, nous laisserons faire, »

Le P. de Foresta, jésuite, donna aux projets une adhésion complète. Puis soudainement : « Nous avons ici l’homme qu'il vous faut, un magistrat, Paul de Pèlerin. » C'était un causeur charmant, un orateur vibrant, un chrétien, surtout, de foi profonde et, envers l’Eucharistie, de piété tendre. Mais l'on s’aperçut que, M. de Pèlerin n'étant pas Pénitent,

—— on ne pouvait décemment lui confier l'affaire. Nous le retrouverons.

Alors Mlle *** s'en alla tout droit à l'aumônier de la Confrérie, l'abbé Bonnet, puis au grand-maiître, le comte de Salvador, puis à tous les « élus » (on appelle ainsi les directeurs), et tous et chacun furent bientôt gagnés à cette idée d'attirer des pèlerins à la chapelle miraculeuse. Un comité se forma sous la présidence de l'abbé Sarmand, vicaire général, et on : lança des appels.

Le P. Leroyer, supérieur des prêtres du Saint- Sacrement de la maison de Marseille, répondit :

Des pèlerinages au Saint-Sacrement ! Que depuis longtemps je les désire! Tout en acclamant les pèlerinages à la Sainte Vierge et au Sacré Cœur, que de fois je me suis dit : « On va à l'image et non à la personne vivante! » Donc, j'approuve de tout cœur votre pensée, et aussi de toutes mes forces, et je promets de faire tout mon possible pour organiser un pèlerinage mixte, puisque celui des hommes sera réservé aux jésuites. Encore une fois, des pèlerinages au Saint-Sacrement, à Jésus-Christ vivant, quelle belle pensée ! Oui, allons à Dieu : c'est le seul Sauveur. Les hommes sont impuissants, Le P. Albert Tesnières est ici. Il applaudit à cette grande démonstration de foi et d'amour. Courage ! Acclamons le roi Jésus-Christ, vainqueur de la mort, des hérésies et de toute infirmité. Disons-lui : Domine, saiva nos, perimus. Prions le Maitre de se faire enfin connaître aux

peuples et de se laisser proclamer le roi des nations. Lau. date Dominum, omnes gentes. Laudate eum, omnes populi.

Mgr Place, évêque de Marseille, bénit la pensée et approuve le pèlerinage que projette son diocèse. Des évêchés de Nîmes, de Besançon, de Bourges, de Toulouse, d'Arras, de Cambrai, de Montpellier, d'ailleurs encore, arrivent des lettres de louanges. Citons en partie celle de Mgr de la Bouillerie, coadjuteur de Bordeaux. Elle est adressée à Mlle Blanchet :

Je n'ai pas besoin de vous donner l'assurance de ma vive sympathie pour la belle œuvre que vous avez en vue. Je serai très heureux d'y concourir moi-même, autant que mes incessantes occupations du ministère Pourront me le permettre. Bien qu'au point de vue de l’Eucharistie chaque Tabernacle soit un lieu sacré de pèlerinage, je comprends que la piété des fidèles aime à vénérer ce sacrement d'amour là où, par des miracles, il a plus clairement manifesté la réalité de sa présence, et je suis assuré que beaucoup d’âmes chrétiennes répondront à votre appel... Les beaux vers que Vous avez joints à votre lettre me font comprendre votre sainte ardeur Pour le salut de ja France. Le projet que vous

avez en vue serait à Coup sûr un moyen puissant pour fléchir la colère de Dieu. Encore une fois,

je m'y associe de tout cœur!

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