‹ L'œuvre dramatique de H. BerliozChapitre 1 sur 30 · CALMANN LÉVY, ÉDITEUR ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVT FRÈRES · texte numérisé non relu

CALMANN LÉVY, ÉDITEUR ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVT FRÈRES

3, RUE AUBEB, 3

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L'ŒUYRE DRAMATIQUE

INTRODUCTION. — L'HOMME ET L'œUVRE

Le 9 mars 1869, M. Ernest Reyer* écrivait dans le Journal des Débats les lignes suivantes :

€ Le bronze n'a pas tonné, les cloches n'ont pas fait entendre leur carillon funèbre, les journaux de musique qui paraîtront demain ne seront même pas encadrés de noir en sigi^e de deuil. Et pourtant un grand artiste vient de

mourir, un artiste de génie qu'ont poursuivi les haines les plus violentes, qu'ont entouré les témoignages de l'admiration la plus vive. Si le nom de Berlioz n'était pas de ceux que la foule a appris à saluer, il n'en est pas moins illustre , et la postérité l'inscrira parmi les noms des plus grands maîtres. Son œuvre est immense, l'influence qu'il a exercée sur le mouvement musical de son époque est plus considérable qu'on ne le croit aujourd'hui... dans la patrie de Beethoven, on l'appelait le Beethoven français...

1» Je ne saurais aujourd'hui, tant ma douleur est profonde, écrire quoi que ce soit qui ressemblât à une étude sur le rôle joué par Berlioz et sur ses œuvres impérissables; l'admiration que j'avais pour l'artiste égalait mon affection pour l'ami... Je l'ai vu mourir, et pas une pjainte ne s'est échappée de ses lèvres avant qu'elles fussent glacées par les premières ap^

proches de la mort... La mort a donc été douce pour ce grand artiste dont la vie avait été traversée par de si dures épreuves. »

Il n'est pas hors de propos de revenir ici, après tant et de si judicieux auteurs, sur l'œuvre dramatique de Berlioz : l'enthousiasme fervent mais peu éclairé dont la musique du maître est l'objet depuis sept ou huit ans, n'a pas été sans imprudences graves et sans erreurs compromettantes. D'autre part, il ne faut pas que la révélation des drames de Wagner, inconnus jusqu'ici du public français, fasse oublier la plus solide et la plus haute de nos gloires musicales. Malgré ce qui a été dit et écrit sur son compte, Berlioz demeure pour beaucoup d'esprits une énigme inquiétante, un sujet de perpétuelle contradiction. Dans un livre fort remarquable du reste*, on trouve

1 • Les Révolutionnaires de la musique , par Octave

Fouque. Paris, Galmann Lévy, 1882.

sur Berlioz des appréciations assez difficiles à concilier : Fauteur déclare que la mélodie de Berlioz « renferme plus de véritable passion humaine » que celle de Wagner, après avoir

déploré que le musicien français n'eût pas le tempérament dramatique. Voilà donc deux jugements opposés; le premier est discutable à coup sûr, mais le second est radicalement faux ; Berlioz est un musicien dramatique, inégal mais puissant; il l'a prouvé par d'éclatants exemples; réunir et analyser ces exemples, c'est là tout le but de la présente étude.

Berlioz est un musicien dramatique ; il l'est si bien, que, lorsque nous avons essayé de faire un choix entre ses partitions et d'écarter les œuvres purement musicales d'où l'action était absente, nous nous sonmies trouvés dans une perplexité grande; car ici, à des degrés divers, le drame est partout, depuis les premières mesures de Ta Symphonie fantastique jn^qu^ aux

dernières notes des Troyens. On le pressent dans Haroldy on le devine dans l'ouverture des Francs Juges, on l'aperçoit clairement dans celle du Roi Lear. Le Te Deiimy la Symphonie triomphale^ \q Requiem côtoient le drame et y touchent par plus d'un point. Qu'est-ce donc que cette partition si frémissante de passion enflammée, si belle d'horreur tragique, ou Roméo vient râler et mourir sur les marches du tombeau des Gapulets ; où le père Laurence, le crucifix à la main, prononce, devant les cadavres des deux amants, le serment de réconciliation des familles ennemies? Et Renvenuto Celliniy où la verve comique se mêle^ libre et gaie, aux sentiments les plus fiers, à l'amour agissant et vainqueur? Quels noms donnera la Damnation de Faust^ à la Prise de Troie, aux Troyens à Carthage ?

Obligé cependant de préciser le sujet de cette étude, nous avons choisi les œuvres de

Berlioz, qui ont eu et peuvent avoir encore une influence réelle sur la musique dramatique française. La limite n'était point aisée à fixer, et nous craignons qu'elle ne soit jugée arbitraire : c'est ainsi que nous n'avons pas cru devoir faire entrer Lélio et Béatrice et Béné^ dict dans le cadre de notre travail, bien que ces deux partitions aient été écrites pour la

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