‹ L'œuvre dramatique de H. BerliozChapitre 14 sur 30 · FAUST · texte numérisé non relu

FAUST

Quel essaim de grands oiseaux de nuit !

Quels cris affreux!... ils me frappent de l'aile!

Le groupe des bois, dominé par la petite

flûte, jette des cris aigus sur le tremblement des premiers violons et des altos, tandis que les violoncelles et les seconds violons répètent le galop infernal. Méphistophélès retient sa monture :

Le ((las des trépassés sonne déjà pour elle... Âs-tu peur?... Retournons!

Les chevaux ralentissent leur allure; ils passent du galop au trot et du trot au pas. . . Ils s'arrêtent...

Non! je l'entends !... Courons !

s'écrie Faust éperdu. Le galop redouble. Méphistophélès excite les chevaux de la voix et du geste.

Hop ! Hop !

... « Regarde autour de nous cette ligne infinie de squelettes dansant ! . . . :» À la terreur

de Faust, Méphistophéiès réplique parle même cri. « Avec quel rire horrible ils saluent en passant ! — Hop 1... Pense à sauver sa vie, et ri s- toi

des morts Hop! hop!...» Une indicible

épouvante frémit dans la musique ; des visions hideuses surgissent et se tordent dans Torchestre; le galop des chevaux se précipite, les accords jaillissent, stridents, diaboliques; un cri de suprême angoisse s'élève : « Il pleut du

sang ! . . . » Et Méphistophéiès, d'une voix tonnante, évoque toutes les puissances des enfers:

Cohortes infernales,

Sonnez vos trompes triomphales, n est à nous !

Un crescendo formidable, d'une intensité et d'une terreur inouïes, envahit l'orchestre tout entier : c'est le ricanement féroce des damnés et des démons, un rire, un grincement de dents, le hurlement d'une joie satanique.

L'enfer s'ouvre tout d'un coup, flamboyant,

SOUS les pas des chevaux... Faust et Méphistophélès y sont engloutis.

L'émotion de cette peinturé musicale dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Le crescendo final prend l'auditeur à la gorge, coupe la respiration, étreint, secoue, bouleverse. Le génie romantique de Berlioz s'est révélé librement dans la cottrse à Vabimey et c'est là que l'on peut vraiment se rendre compte de la puissance d'imagination du musicien français.

Le Pandœmoniiim qui suit est d'une magnifique couleur. Nous nous permettron s cependant de trouver ridicule l'emprunt que Berlioz fait à Swedenborg de la langue supposée des démons, langue dont il n'a garde de donner l'interprétation. Des mots tels que :

irimiru karabraOy fort/ my dinkorlitz^ merondor aysho^ n'ajoutent rien à l'intérêt de la musique. Nous aimerions tout autant des cris quelconques... ou du français. Une autre cir-

constance fait tort à la valeur réelle de ce chœur : après l'émotion colossale, le coup de tonnerre qui termine la course à Vahlme^ ce long enchaînement d'effets analogues, quoique logique, n'est écouté qu'avec une attention dis traite. Signalons une phrase superbe: l'interrogation adressée à Méphistophélès — en langage humain cette fois, et en vers blancs — par les princes des ténèbres :

De cette âme si fière A jamais es-tu maître et vainqueur, Méphisto?

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