‹ L'œuvre du Marquis de SadeChapitre 4 sur 28 · I.M lUJDl ClION .5.J · texte numérisé non relu

I.M lUJDl ClION .5.J

« Une conu'die de [un mol illisible] en vers dissilabe [dix syllabes! : Le Siihorneur.

« Un drame en prose : La Fille Mcilhcurcusc.

« Une comédie-féerie en vers libres : Azelis ou la Coqucllc punie.

« Un opéra-comique à musique et vaudevilles. Le tout est chanté.

« Le tout est terminé par un superbe ballet-pantomime (1)... Et le mariage du jeune homme et de sa maîtresse, ce qui forme le dénouement du total, est conclu dans la scène de fond qui suit cet opéra, et le ballet-pantomime est pour y servir de divertissement.

« Cette pièce a G.OOO tant vers de toutes mesures que lignes de prose. Elle exige cinq heures de représentation. Elle est unique en son genre et destinée aux Italiens. » Les dernières lignes à partir de « celle pièce » ont été raturées par l'auteur. Il la destinait aux Ilaliens et la porta aux Français.

Le marquis de Sade a été en relations avec la Comédie- Française. On y conserve sept de ses lettres. Quatre ont été publiées, pour la première fois, dans l'introduction à la réimpression qu'a donnée M. Ostave Uzanne de Vidée sur les liomans. Je donne plus loin de ces lettres un texte plus exact que ce qu'on a publié jusqu'ici. Deux de ces lettres n'ont jamais été publiées en français; le docteur Duehren en a seulement publié une traduction en allemand ; elles sont donc inédites. La septième, la plus longue, n'a jamais encore été signalée. Je donne donc sept lettres du marquis de Sade, sur lesquelles trois sont inédites.

A Monsieur,

Monsieur de Laporle^ Secrétaire el Souffleur de la Comédie- Française, rue des Francs-Bourgeois, porle Sainl-Michel, n' 127 .

La Comédie-Française, monsieur, m'ayant fait espérer qu'elle voudrait bien me dédommager de la très [ici le mot mauvaise raturé] peu méritée et très mauvaise réception que son assem-

(1) On lit en marge : <t II est bon d'observer que chacun de ces actes, malgré des intrigues particulières, concourt au plan général et an but du jeune comte. »

Jjg l'œuvre du MAHQUIS de SADE

blée fit l'autre jour à la pièce que je soumis à son jugement; je vous prie, monsieur, de vouloir bien m'inscrire pour une nouvelle lecture, encore deux ou trois semblables à la dernière [ici un, deux ou trois mots raturés que je n'ai pu déchilVrcr], et il est parlaitement sûr que je n'importunerai plus, monsieur, ni vous, ni la Comédie-Française.

J'ai l'honneur d'être bien sincèrement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Sade.

Ce 17 février 1791 (1).

Messieurs,

Permettez que j'aie l'honneur de vous rappeler sans cesse les scnlimcnts d'estime et d'attachement qui, depuis des années, me lient à votre théâtre, j'en ai fait profession dans tous les temps, j'ose dire même (et les preuves existent) que, pour avoir pris avec trop de chaleur votre parti lors de vos derniers troubles, vos ennemis m'ont écrasé dans des papiers publics, sans que jamais rien m'ait découragé : la récompense de mon attachement a été votre refus du dernier ouvrage que je vous ai lu et qui, j'ose le dire, n'était pas fait pour être traité si sévèrement.

Quelque chagrin que m'ait fait éprouver ce refus formel, rigoureux et général, je ne vous en consacre pas moins à l'avenir et ce qui reste dans mon portefeuille et ce qui le remplira de nouveau. Mais, messieurs, permettez que, traité par vous si rigoureusement dans l'occasion que je viens de citer, j'éprouve au moins et votre indulgence et votre équité sur deux autres objets.

Vous avez depuis longtemps une pièce à moi, unanimement reçue par vous (2) dès que j'accepte tous les arrangements qu'il vous a plu de faire avec les auteurs, je vous demande avec instance, messieurs, de la faire passer le plus tôt possible, donnezmoi cet encouragement, je vous en supplie; cela doit vous être facile s'il est vrai, ainsi qu'on le dit, que plusieurs auteurs, ne voulant pas adopter vos arrangements, aient retiré leurs

(1) Lettre inédite.

(2) Le Misanthrope par amour ou Sophie el Desfrancs, « comédie en trois actes et en vers libres ».

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pièces; moi je souscris h tout, messieurs, et ne vous demande que de ne i)as me faire languir.

L'autre faveur ini|)l()ri'e par moi, messieurs, parce que vous me l'avez promise en dédommagement à la mauvaise réception que vous fîtes à ma dernière comédie, consiste à vous prier de vouloir bien entendre le plus tôt possible la lecture de trois ou quatre ouvrages, tous prêts h vous être présentés et que je voudrais ne pas donner ailleurs.

Aussitôt que vous aurez bien voulu me faire savoir le jour qu'il vous plaira de m'accorder, j'aurai l'honneur de vous porter pour commencer celui des quatre que je croirai le plus digne de vous être olTert.

J'ai l'honneur d'être, messieurs, avec les sentiments de la plus haute considération, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Sade.

Le 2 mai 179L

Je soussigné, déclare que c'est faussement et contre ma volonté et mon assentiment que mon nom se trouve sur la liste des auteurs qui ont délibéré qu'il ne devait être accordé que 700 liv. de frais par jour à la Comédie-Française. J'atteste n'avoir mis mon nom que sur la liste de ceux qui ont signé à la minorité que par des considérations particulières il devait être accordé huil cent livres et viens pour certifier cette façon de penser de ma part d'en adresser une lettre publique à messieurs les auteurs, signée de moi, et dont je distribuerai des copies à messieurs les comédiens français, afin qu'ils soient persuadés de ma façon de penser.

De Sade.

A Paris, le lundi 17 septembre 1791,

J'ai pris connaissance des conditions réglementaires auxquelles les comédiens français ordinaires du Roi, reçoivent les pièces où ils s'engagent à jouer, ainsi que la convention pécuniaire qu'ils font à chaque ouvrage.

Je souscris aux conditions réglementaires, et je promets de signer le marché pécuniaire si ma pièce intitulée La Hase

38 l'ŒUVUE du MAUQLIS DE SAUE

d'Amour OU l'Union des Ar!s, pièce en six actes en vers, prose

et vaudeville est reçue.

De Sade.

A Paris, le 27 janvier 1792.

Au citoyen De La Porte, secrétaire du Théâtre

de la Nation.

Au Théâtre.

Citoyen,

J'ai l'honneur de vous faire passer ci-joint une comédie en un acte et en vers libres lue à la Comédie-Française il y a dix-huit mois. Vos registres vous prouveront qu'il ne s'en fallut que d'une voix que cette pièce ne fût pas acceptée ; l'assemblée consentit à une seconde lecture lorsque j'y aurais fait les changements qu'elle me prescrivit, ils sont exécutés ; je la supplie d'après cela de vouloir bien en agréer l'hommage, et sous la simple condition qu'on voudrait bien la jouer de suite, je fais entre vos mains acte de renonciation à tous droits et tous émoluments d'auteur; je connais la délicatesse de la Comédie-Française à cet égard ; mais je la supplie d'observer que j'écoute aussi la mienne et qu'elle me prescrit de supplier l'assemblée d'accepter cette bagatelle ; la même faveur a été accordée à M. de Ségur, j'aurais droit de me plaindre si elle m'était refusée ; ce n'est point de la part de messieurs les comédiens de la Nation que je dois craindre un tel outrage à l'amour-propre.

J'ai l'honneur d'être fraternellement, citoyen, votre concitoyen.

Sade.

Ce 1" mars 1793, l'an 2 de la répub. : rue neuve des Mathurins, n" 20, Chaussée du Mont-Blanc (1).

Au citoyen De La Porte, secrétaire de la

Comédie-Française.

Au Théâtre.

Si la Comédie-Française, monsieur, n'agrée point l'offre que Je lui ai faite d'une petite pièce en un acte et que j'ai eu l'hon-

(1) Lettre inédite.

JN I llODUCTION

ncur de vous envoyer dernièrement, je vous prie de me la renvoyer; je n'imafïinnis pas qu'il fallait être soumis aux mêmes délais pour ce que l'on donne et pour ce que l'on rend.

En un mot, monsieur, je vous prie de m'instruii e du sort de cette négociation et de me croire, avec tous les sentiments possibles,

Votre citoyen,

Sade.

Le 15 mars 17'.):{, l'an 2 de la Hépublique, rue Neuve-des- Mathurins, (^haussée-d'Antin (1).

On m'apprend, citoyen, que la Comédie-Française a quelques sujets de se plaindre de moi..., qu'elle a été surprise de la lettre où je la priais de me donner une prompte réponse à l'offre que je lui faisais d'une petite pièce; si cela était, convenez, citoyen, qu'il serait bien malheureux de se brouiller pour une politesse qu'on veut faire.

Je ne puis ni ne dois laisser subsister plus longtemps ce louche, je n'ai point mérité de perdre l'estime de votre Société, je l'aime, la sers et la défends depuis vingt-cinq ans, je prie M. Mole de le certifier.

Justifiez-moi devant elle, citoyen, je vous en prie, et comme elle est équitable, en l'assurant de ma part que je n'ai et n'aurai jamais aucun tort réel à ses yeux, cela suffira. J'ai désiré la lecture de ma petite pièce, je la désire encore, je sais qu'elle est faite pour réussir, j'en demande la plus prompte représentation, c'est un service que je supplie la Comédie de me rendre, j'ai de fortes raisons de le désirer, et comme je ne veux pas que l'on croie que l'intérêt motive ces instances, que je ne veux rien de cette pièce, la délicatesse de la Comédie s'oppose à cet arrangement, et bien je vais concilier son désintéressement et le mien ; j'abandonne pour les frais de la guerre

(1) Cette lettre est précédée de la minute inédite de la réponse que l'on fit au marquis de Sade : a Répondre que la Comédie n'est pas dans l'usage d'accepter aucune pièce sans en donner la rétribution à son auteur, qu'en conséquence elle avait arrêté de lire sa pièce et de suivre pour elle la marche ordinaire, mais que ses occupations ne lui permettent pas d'en fixer le jour aussi prochain que M. de Sade le demande. Elle lui renvoie sa pièce. »

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ce que cette bagatelle produira .: mais je supplie qu'on la représente; citoyen, je vous demande une réponse... à la Comédie-Française son estime, je suis digne de tous deux et suis avec considération.

Votre concitoyen,

Sade.

Tournez s'il vous plaît.

Le 12 avril 1793, l'an 2 de la rép. fran. :

Je reçois à l'instant la lettre que vous venez de me faire l'honneur de m'écrire, j'y vois avec plaisir qu'on veut bien ne pas m'oublier ; j'attends le jour qu'on voudra bien m'indiquer, je vous prie en me l'apprenant de vouloir bien me faire savoir si c'est moi qui doit lire ou le citoyen Saint-Fal; dans le premier cas, vous voudrez bien m'envoyer le manuscrit pour que je le repasse, cela est inutile dans îe second (1).

La Comédie-Française, qui avait reçu « unanimement » le Misanthrope par Amour ou Sophie et Desfrancs, donna ses entrées à l'auteur pendant cinq ans, mais ne joua pas la pièce. Ailleurs, le marquis de Sade fut plus heureux. Il fit représenter au théâtre Molière Oxliern ou les Effets du Libertinage, drame en trois actes et en prose.

Le théâtre Molière avait été ouvert rue Saint-Martin, le 11 juin 1791. Il était dirigé par Jean-François Boursault. dit Malherbe, qui jouait lui-même. On représentait de tout au théâtre Molière, mais on s'y distingua en jouant des pièces patriotiques. « Ce théâtre, dit le Moniteur du 11 novembre 1791, depuis son ouverture, s'est distingué par le patriotisme et l'amour de la révolution. » L'entreprise fut malheureuse, et le théâtre dut fermer ses portes un an après. Il les rouvrit bientôt, mais sous différents noms : il connut un grand nombre de faillites successives. Le premier succès du théâtre avait été : La Ligue des Fanatiques et des Tyrans, par Ronsin. Boursault y

(1) Lettre inédite. On y lit aussi cette annotation : « Reçue le 13 avril 93, à une heure du soir. » Qu'on me permette de remercier ici, pour son obligeance, M. Couët, le distingué bibliothécaire de la Comédie-Française.

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jouait le rôle du ciéputé, M"* Masson y paraissait. On y cnlcnilait des vers de ce genre :

Mais dans la nuit des temps, reportez vos regards Du dernier des Louis au premier des Césars, Sur les crimes des rois interroge/, l'histoire; Pour un dont les vertus ont consacré la gloire, Mille se sont souillés des plus noirs attentats, Mille ont de flots de sang inondé leurs états.

On y joua aussi avec succès La France régénérée, opéracomique, par Chaussard, musique de Scio. Voici de quoi en donner une idée :

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