‹ L'œuvre du pain des pauvres [microforme]Chapitre 4 sur 4 · UN · texte numérisé non relu

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Mais il n’est pas donné à la raillerie voltairienne d’entraver la marche des œuvres de Dieu, et l’œuvre de Louise Bouffier, parce qu'elle venait du ciel, a marché à pas de géant. La première année, les offrandes de pain blanc n'étaient montées qu'à 5,500 francs ; l’année suivante, 1893, donna 38,500 francs ; l’année 1894 dépassa le chiffre de 100, 600 fr ancs ; et depuis le progrès ne s’est plus ralenti. En vérité, le grain de sénevé avait grandi, sous la bénédiction du Dieu de charité,

Les missives, que recevait de partout la petite intendante de saint Antoine, affluaient avec les adresses les plus fantaisistes ou les plus naïves, qui égayaient beaucoup la pieuse lingère. C'était : ‘ A la Chapelle de saint Antoine, à Toulon ; A saint Antoine, à Toulon ; A la directrice de saint Antoine, à Toulon ;” ou bien : ‘A Monsieur le Directeur propriétaire de l'arrière-boutique où est installée la dévotion à saint Antoine, à Toulon.” Parfois même on oubliait l'humble directrice, pour s'adresser directement au Saint et à son œuvre ; et on écrivait : “ Au pain des pauvres, à Toulon ; A saint Antoine, l’ami des pauvres ; À saint Antoine de la boutique, A la statue de saint Antoine !” Une lettre portait : ‘“ A la demoiselle d'honneur de saint Antoine !” Et l’intendante du Saint disait ingénuement : ‘ Par bonheur que la poste est très aimable pour saint Antoine: pourvu qu'il y ait le nom du bon Saint, tout m'arrive.”

Des langues et des plumes malveillantes avaient osé parler de spéculation : (calomnie qu’on a répétée aussi en notre pays, cotume s'il y avait un mot d'ordre.) Eh bien ! la pieuse lingère, entre les mains de qui passaient des centaines de mille francs pour le pain blanc des pauvres, écrivait confidentiellement au directeur de sa conscience ; “ Vous savez que je dois gagner mon pain de chaque jour, et je vous le dis à l'oreille, je n’ai pas mis cent francs de côté pour ma vieillesse. Mais les Petites Sœurs des Pauvres sont là : oh ! quel bonheur de mourir pauvre au milieu des pauvres de Jésus!” Ame grande et noble, Louise Bouffier était véritablement la servante de Jésus :. et c’est pourquoi l’humilité et la charité en ont fait la servante des pauvres. Une chose seule réjouissait cette âme généreuse : c'était la dilatation merveilleuse de son œuvre par tout l’univers catholique ; “ Les nouvelles, écrivait-elle, nous arrivent à flots de tous les points du monde, nous annonçant l'installation de l'Œuvre, et ceci nous fait surabonder de joie ! Impossible de compter les villes et les villages qui ont déjà le tronc du pain des pauvres. Quel spectacle touchant, quand enaque paroisse aura son tronc pour les pauvres de saint Antoine de Padoue !”

Mes frères, disons-le avec un légitime orgueil, le vœu de l’humble lingère de Toulon est près de se réaliser en notre ville d'Ottawa. C'est aujourd’hui la troisième paroisse (1), qui inaugure son tronc pour le pain des pauvres, en adoptant le bonsaint Antoine comme son trésorier, L'institution charitable, née au cœur d’une femme chrétienne de Provence, a franchi les mers, elle est venue s'épanouir sur le sol généreux du Canada. Implantée dans presque tous les diocèses, partout elle est populaire, partout elle sème la sainte contagion de la prière, partout elle fait jaillir des flots de charité. Introduite depuis quelques semaines à peine en ce diocèse, sous 14 bénédiction et les encouragements de son vénéré Pasteur, elle a déjà enfanté des prodiges ! le grand et doux faiseur de miracles, saint Antoine, renouvelle parmi nous les merveilles dont partout ailleurs il est libéral. Déjà, mes frères, oui déjà on ne peut plus les énumérer.

Parlerai-] -je de ce citoyen de notre ville, qu ’un mal soudain x mené aux portes du tombeau ? Déjà les médecins désespèrent ; eh bien ! dès que le prêtre a suggéré à sa femme alarmée une promesse à saint Antoine, il sembie soudain se raccrocher à la vie, et le lendemain, joyeux et reconnaissant, il venait lui-même ouvrir la porte au curé qui le visitait, Parlerai-je de cette dame, qui, ay moment de subir une opération douloureuse et peut-être mortelle, se recommande à saint Antoine? Elle est sauvée, et l’homme de l’art, étonné, me déclarait qu'il n'avait jamais vu une opération si grave réussir si bien. Non, mes frères, car le récit de ces faveurs est déjà sur presque toutes les lèvres. Mais parlez, parlez à tous, vous qui avez été les protégés du Saint Thzumaturge : la gloire de Dieu y gagnera ainsi que l'honneur de ses Saints, et la douce charité se dilatera.

Maintenant, mes frères, le voici au milieu de vous, ce saint ami des pauvres, il vous tend la main pour ceux qu'il aima le plus après son Divin Maître. Il n’eut que deux amours, l’un passionné pour son Dieu, qui, sous l’image gracieuse d’un enfant, daigna reposer entre ses bras; l’autre, tendrement dévoué pour les malheureux. Oui le bon saint Antoine de Padoue est là: car, dès que les statues des saints ont reçu la bénédiction de l'Eglise, aussitôt ils les enveloppent de leur invisible présence, leur âme et

(1) Au Sacré-Cœur et à St-Joseph.

Ent

leur cœur sont là ; et c’est pourquoi les images des saints inspirent le respect aux plus indifférents.

Il est donc là, sous ce marbre béni, le doux trésorier, l’économe et l’intendant des pauvres. Il est là, et vous demande du pain, pour ceux dont il s’est fait l’aimable providence ; en retour, il vous promet les faveurs du ciel.

Oh ! venez et donnez! c’est un marché, un heureux échange, avec les puissances iivisibles. Il serait mieux sans doute que la charité fût l’inspiration spontanée du désintéressement. Mais le ciel s’accommode à nos médiocrités, ei il veut bien nous ouvrir ses trésors, si nous ouvrons les nôtres aux malheureux,

Riches, donnez de votre abondance ! pauvres, donnez de votre peu : Saint Antoine enregistrera les désirs de vos cœurs à tous, et cette aumône, qui passe par les mains d’un élu de Dieu, vous sera féconde en bonheur.

Donnez! ah! donnez toujours ; il y a, péut-être près de votre demeure et vous ne le savez pes, il y a des misères inconnues, des foyers sans feu, des tables sans pain, des enfants sans vêtements et engourdis par le froid, de pauvres veuves sans ressources, des malades sans remèdes, des vieillards sans asile,

Oui, donnez, âmes chrétiennes, saint Antoine saura découvrir les souffrances et les indigences que vous ne soupçonnez pas : avec son pain, qui représente le nécessaire de la vie, il sera le pourvoyeur de vos libéralités ; et sous ce toît pauvre, où l’on mangeait le pain des larmes, on bénira le céleste pourvoyeur, on bénira le bienfaiteur inconnu ; et vous comprendrez mieux les paroles de l’Eeriture, quand elle nous dit que l’aumône est la ‘“ rédemption du péché, la délivrance de la mort, celle qui fait trouver la vie et la miséricorde ! ”

Donnez le pain de saint Antoine, et vous aurez ainsi pratiqué les plus excellentes vertus du christianisme, la foi, l'espérance et la charité : la foi, parce que vous aurez cru à la puissance de Dieu et au pouvoir de ses Saints : l'espérance, parce que vous aurez prié ; la charité, parce que vous auïez donné du pain à l’affamé et soulagé la misère des membres souffrants de Jésus-Christ. Et au dernier jour, vous entendrez cette sentence tomber des lèvres du Souverain Juge: ‘J'avais faim, j'avais soi’, j'étais nu, et vous avez eu pitié de moi: car je vous le déclare, q ‘and vous avez fait cela au plus petit des hommes, c’est à Moi que vous l’avez fait... Venez donc, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde ! ”

Grâce que je vous souhaite de tout mon cœur, avec la bénétliction de Monseigneur !— Ainsi soit-il !

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