A CR UN
“ ë Fu ie
nous prendra assez tôt, va! tâchons d’avoir un peu. chaud, de vivre, de nous aimer. Rappelle-toi, à Bennecourt!.. . Écoute mon rêve. Moi, je voudrais t'emporter demain. Nous irions loin de ce Paris maudit, nous trouverions quelque part un coin de tranquil- . lité, et tu verrais comme je te rendrais l'existence douce, comme ce serait bon, d'oublier tout aux bras l’un de l’autre... Le matin, on dort dans son grand it; puis, ce sont des flâneries au soleil, le déjeuner qui sent bon, l'après-midi paresseuse, la soirée passée sous la lampe. Et plus de tourments pour des. chimères, et rien que la joie de vivre!... Cela ne te suffit donc pas que je t'aime, que je t'adore, que je … consente à être ta servante, à exister nique tests pour ton plaisir. Entends-tu, je t'aime, je taime, “ et il n’y a rien de plus, c’est assez, je t aime! ï
Il avait dégagé ses mains, il dit d une voix morne, : avec un geste de refus :
— Non, cen'’est point assez... Je ne veux pas m'en aller avec toi, je ne veux pas être heureux, je veux à peindre.-:71# 2007
— Et que j ‘en meure, n est-ce p as? ct que tu en meures, que nous achevions tous F. deux d'y laisser notre sang et nos larmes!.. Il n’y a que l’art, c'est le À Tout-Puissant, le Dieu farouche qui nous foudroie et que tu honores. Il peut nous anéantr, il est le + maitre, tu diras ee
qu il D Je mourrais de ne ou re préfère peindre et en mourir... Et puis, ma volont n'y est pour rien. C’est ainsi, rien n'existe en M que le monde crève! | F
Elle se redressa, dans une nouvelle poussée a colère. Sa voix redeyenait dure et “emportée. DE :
Res Mais je suis vivante, moil et elles sont mortes, | Jes femmes que tu aimes... Oh! ne dis pas non,.je > sais bien que ce sont tes maîtresses, toutes ces fem- - mes peintes. Avant d’être la tienne, je m'en élais apercu déjà, il n'y avait qu’à voir de quelle main tu caressais leur nudité, de quels yeux tu les con: templais ensuite, pendant des heures. Hein? était-ce malsain et stupide, un pareil désir chez un garcon? . brûler pour des images, serrer dans ses bras le $ vide d’une illusion ! et tu en avais conscience, tu t'en - cachais comme d’une chose inavouable... Puis, tu as paru m'aimer un instant. C’est à cette époque - que tu m'as raconté ces bêtises, tes amours avce - tes bonnes femmes, comme tu disais ‘en te plai- - santant toi-même. Souviens-toi? tu prenais en pitié - ces ombres, lorsque tu me tenais entre tes bras... Et ça n’a pas duré, tu es retourné à elles, oh! si vite! __ comme un maniaque retourne à sa manie. Moi qui __ existais, je n'étais plus, et c'étaient elles, les visions, quiredevenaient les seules réalités de ton existence. - Ce que j'ai enduré alors, tu ne l’as jamais su, car tu nous ignores toutes, j'ai vécu près de toi, sans que {tu me comprennes. Oui, j'étais jalouse d'elles. Quand . je posais, là, toute nue, une idée seule m'en donnait lecourage : je voulais lutter, j'espérais te reprendre; et rien, pas même un baiser sur mon épaule, avant de me laisser rhabiller! Mon Dieu ! que j'ai été hon- teuse souvent! quel chagrin j'ai dû dévorer, de me sentir dédaignée et trahiel.., Depuis ce moment, ton mépris n’a fait que grandir, et tu vois où nous en sommes, à nous allonger côte à côte toutes les muits, sans nous toucher du doigt. I y a huit mois et sept jours, je les ai comptés! il y a huit mois et sept jours que nous n'avons rien eu ensemble,
453 LES ROUGON-MACQUART. Es Elle continua hardiment, elle parla en He libres, elle, la sensuelle pudique, si ardente à Fo l'amour, les lèvres gonflées de cris, et si discrète ensuite, si muette sur ces choses, ne voulant pas en causer, détournant la tête avec des sourires confus - Mais le désir l’exaltait, c'était un outrage que cette … abstinence. Et sa jalousie ne se trompait pas, accu= sait la peinture encore, car cette virilité qu'il lui refusait, il la réservait et la donnait à la rivale préférée, Elle savait bien pourquoi il la délaissait ainsi, . Souvent d'abord, quand il avait le lendemain un gros à ‘travail, et qu'elle se serrait contre lui en se cou- chant, il lui disait que non, que ça le fatiguerait trop; ensuite, il avait prétendu qu'au sortir de Ses bras, il en avait pour trois jours à se remettre, le. L cerveau ébranlé, incapable de rien faire de bon; et
la rupture s'était ainsi peu à peu produite, une seit maine en attendant l'achèvement d'un tableau, puis un mois pour ne pas déranger la mise en train d'un È autre, puis des dates reculées encore, des occasions A négligées, la déshabitude lente, l'oubli final. Au ;
EE
fond, elle retrouvait la théorie répétée cent fois de-
vant elle: le génie devait être chaste, il fallait, ne 4 coucher qu'avec son œuvre. ë 23
— Tu me repousses, acheva-t-elle violemment, tu. À te recules de moi, la nuit, comme si je te répugnais,. é tu vas ailleurs, et pour aimer quoi? un rien, une apparence, un peu de poussière, de la couleur sur de la toile! Mais, encore un coup, regarde-la donc, ta femme, là-haut! vois donc quel monstre tu viens d'en faire, dans ta folie! Est-ce qu’on est bâtie u comme ça? est-ce qu’on a des cuisses en or et des fleurs sous le ventre ?.… Réveille-to, ouvre les Ju rentre dans l'existence.
Claude, obéissant au geste dominateur dont elle ui montrait le tableau, s'était levé et regardait. La
plongée dans les ténèbres. Il s'éveillait enfin de son . rêve, etla Femme, vue ainsi d'en bas, avec quelques pas de recul, l'emplissait de stupeur. Qui donc venait de peindre cette idole d’une religion inconnue ? qu
D and la rose CITE de son sexe, entre Fe colonnes précieuses des cuisses, sous la voûte sa-
à était L plus SES au Pau de sa Fa lutte pour I: vaincre et la repétrir plus réelle, de ses mains
ok! ! qu te fait? . Est- -ce donc impossible de créer? nos mains n PR donc pas la puissance Fe se créer es êtres 12 F
se “ k à Me : ‘pourquoi ces bêtises, pourquoi autre chose que moi, qui t'âime? . Tu m'as pris pour
modèle, tu as voulu des copies 4 mon Corps. À quoi
Er
bon, dis? est-ce que ces copies me valent? elles