‹ L'œuvreChapitre 67 sur 68 · PTS PRE · texte numérisé non relu

PTS PRE

sont affreuses, elles sont raides et froides comme des | cadavres... Et je t'aime, et je veux t'avoir. Il faut tout te. Ge tu ne comprends pas, quand je rôde autour de toi, que je t'offre de poser, que je suis là, # à te frôler, dans ton haleine. C’est que je t'aime, entends-tu ? c’est que je suis en vie, moi! et que je te veux. | à S Éperdument, elle le liait de ses membres, de 4 bras nus, de ses jambes nues. Sa chemise, à moitié arrachée, avait laissé jaillir sa gorge, qu’elle ta sait contre lui, qu'elle voulait entrer en lui, dan é cette dernière bataille de sa passion. Et elle était la passion elle-même, débridée enfin avec son dés dre et sa flamme, sans les réserves chastes d'aut lois, emportée à tout dire, à tout faire, pour vaincre Sa face s'était gonflée, les yeux doux et le front lir pide disparaissaient sous les mèches tordues de cheveux, il n'y avait plus que les mâchoires sai lantes, le menton violent, les lèvres rouges. . — Oh! non, laisse! murmura Claude. Oh! je suis trop malheureux! ; | :

LE Sa VOIX ardente, ous continua :

je me gâtais, et je l’ai cru moi- nes Fe m tre pendant la pose, pour-chercher des rides. + Mais < n'était pas vrai, ça! Je le sens bien, que je n'ai pas vieilli, que je suis toujours jeune, toujours forte. | Puis, comme il se débattait encore: HA A — Regarde done! Fu ne s'étant” reculée de trois pas; et, d'un

DR DPITLUNR E. J 471

__ — Va, tu peux comparer, je suis plus jeune . qu'elle. Tu as eu beau lui mettre des bijoux dans . la peau, elle est fanée comme une feuille sèche. - “Moi, j'ai toujours dix-huit ans, parce que je t'aime. Et, en effet, elle rayonnait de jeunesse sous la Arts pâle. Dans ce grand élan d'amour, les jambes à s’effilaient, charmantes et fines, les hanches élargis- . saient leur rondeur soyeuse, la gorge ferme se re- … dressait, gonflée du sang de son désir.

Déjà, elle l'avait repris, collée à lui maintenant, sans cette chemise gênante; et ses mains s'égaraient, le fouillaient partout, aux flancs, aux épaules, comme | É ei elle eût cherché son cœur, dans cette caresse tà- tonnante, cette prise de possession, où elle sem- blait vouloir le faire sien; tandis qu’elle le baisait rudement, d'une bouche inassouvie, sur la peau, sur la barbe, sur les manches, dans le vide. Sa voix expirait, elle ne parlait plus que d'un souffle haleant, coupé de sOupirs.

— Obreviens, oh! aimons-nous… Tu n'as donc pas de sang, que des ombres te Suinsent? Reviens, et tu verras que c'est bon de vivre... Tu entends! vivre au cou l’un de l’autre, passer des nuits comme a, serrés, confondus, et recommencer le lendemain, et encore, et encore.

ne il frémissait, il lui ait peu à peu son étreinte, dans la peur que lui avait faite l’autre, l’idole; et lle redoublait de séduction, elle l'amollissait et le % conquérait. | HAE Écoute, je sais que tu as une affreuse pensée, ouil je n’ai jamais osé t’en parler, parce qu'il ne faut ; HE attirer le malheur; mais je ne dors plus la nuit, tu m'épouvantes.. Ce soir, je t'ai suivi, là-bas, sur ce pont que je hais, et j'ai tremblé, oh! j'ai cru que

72 | LES ROUGON- MACQUARTS

c'était fini, que je ne t'avais plus... Mon Dieu! qu ee Fe ce que je deviendrais? J’ai besoin de toi, tu ne vas pas me tuer peut-être! Aimons-nous, aimonsnous... | TRES Alors, il s’'abandonna, dans l'attendrissement de cette passion infinie. C'était une immense tristesse, … un éyanouissement du monde entier où se fondait … son être. Il la serra éperdument, lui aussi, sanglo- : tant, bégayant : :

— C'est vrai, j'ai eu la pensée affreuse... Je l’aurais fait, et j'ai résisté en songeant à ce tableau inachevé... Mais puis-je vivre encore, si le travail né veut plus de moi? Comment vivre, après ça, après : ce qui est là, ce que j'ai abimé tout à l heure ?- — Je t'aimerai et tu vivras. Ru Pr.

— Ah! jamais tu ne m’aimeras assez... Je me connais bien. Il faudrait une joie qui n'existe pas, quel- que chose qui me fit oublier tout... Déjà tu as ie. à sans force. Tu ne peux rien. ; — Si, si, tu verras. . Tiens! je te prendräi . je te baiserat sur les yeux, sur la bouche, sur toutes les places de ton corps. Je te réchauAerat contre ma gorge, je lierai mes jambes aux tiennes, je nouerai mes bras à tes rexnés je serai ton souffle, ton ” sang, ta chair. A Us Cette fois, il fut vaincu, il brûla avec elle, se ré-. si fugia en elle, enfonçant la tête entre ses seins, Ja : couvrant à son tour de ses baisers. ce — Eh bien! sauve-moi, oui! prends-moi, si tur ne veux ns que je me tue. Et invente du bonheur, fais-m’en connaître un qui me retienne. Endors moi, anéantis-moi, que je devienne ta chose, asse esclave, assez petit, pour me loger sous tes pieds, dans tes pantoufles. Ah ! descendre là, ne vivre qu

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de ton odeur, t'obéir comme un chien, manger, t'avoir et dormir, si je pouvais, si je pouvais ! * Elle eut un cri de victoire.

— Enfin! tu es à moi, il n'y a plus que moi, l’autre - est bien morte!

Et elle l’arracha de l’œuvre exécrée, elle l’emporta dans sa chambre à elle, dans son lit, grondante, nantes Sur l'échelle, la bougie qui s’achevait, à clignota un instant derrière eux, puis se noya. 4 Cinq heures sonnèrent au coucou, pas une lueur É n'éclairait encore le ciel brumeux de novembre. Et tout retomba aux froides ténèbres.

- Christine et Claude, à tâtons, avaient roulé en tra- vers dulit. Ce fut une rage, jamais ilsn’avaientconnu Re: un emportement pareil, même aux premiers jours de leur liaison. Tout ce passé leur remontait au cœur, mais dans un renouveau aigu qui les grisait d’une ivresse délirante. L'obseurité flambait autour d'eux, ils s’en ällaient sur ges ailes de flamme, très haut, hors du monde, à grands coups réguliers, con- tinus, toujours plus haut. Lui-méme poussait des cris, loin de sa misère, oubliant, renaissant à une vie de félicité. Elle le fit blasphémer ensuite, provo- cante, dominatrice, avec un rire d'orgueil sensuel. «Dis que la peinture est imbécile. — La peinture est imbécile. — Dis que tu ne travailleras plus, que tu t’en moques, que tu brûleras tes tableaux, pour 3 me faire plaisir. — Je brûlerai mes tableaux, je ne travaillerai plus. — Et dis qu ln ‘y à que moi, que de me tenir là, comme tu me tiens, est le Bono | unique, que tu craches sur l’autre, cette gueuse que tu as peinte. Crache, crache donc, que je t’entende! . — Tiens! je crache, il n'y a que toi. » Et elle le serrait à l’étouffer, c'était elle qui le possédait. Ils

ARE RES, à

Le 7

repartirent, dans le vertige de leur “chéouchie: a+ travers les étoiles. Leurs ravissements recommençaient, trois fois il leur sembla qu'ils volaient de la

terre au bout du ciel. Quel grand bonheur! comment 3%

n’avait-il pas songé à se guérir dans ce bonheur certain? Et elle se donnait encore, et il vivrait heureux, sauvé, n'est-ce pas? maintenant qu'il avait cette à ivresse. | ge

Le jour allait naître, lorsque Christine, ravie, fou 7 droyée de sommeil, s’endormit aux bras de Claude. Elle le liait d’une cuisse, la jambe jetée en travers. des siennes, comme pour s'assurer qu'il ne lui a perait plus; et, la tête roulée sur cette poitrine d'homme qui lui servait de tiède oreiller, elle soufflait doucement, un sourire aux lèvres. Lui, avait fermé les yeux; mais, de nouveau, malgré sa fatigue + écrasante, il les rouvrit, il regarda l’ombre. Le som- 2 meil le fuyait, une sourde poussée d'idées confuses remontait dans son hébétement, à mesure qu'il se refroidissail et se dégageait de la griserie voluptueuse, dont tous ses muscles. restaient ébranlés. de Quand le petit jour parut, une salissure jaune, une tache de boue liquide sur les vitres de la fenêtre, il

peler du fond de l'atelier. Ses pensées étaient venues tomes, débordantes, torturantes, creusan

masque la se Ron d'un vieillard. Wänéhent cette cuisse de femme, allongée sur lui, prenait une SA UNQUE de plomb ; il en SORTE comme d’ un su

es battements de son cœur. Mais, longtemps, il ne oulut pas la déranger, malgré l’exaspération lente e tout son corps, une sorte de répugnance et de aine irrésistibles qui le soulevait de révolte. L’odeur au chignon dénoué, cette odeur forte de chevelure, surtout, l'irritait. Brusquement, la voix haute, au " fond de l'atelier, l’appela une seconde fois, impé- rieuse. Et il se décida, c'était fini, il souffrait trop, il ne Er plus vivre, puisque tout mentait et ‘ . qu'il n’y avait rien de ns D'abord, il laissa glisser . Ja tête de Christine, qui garda son vague sourire ; en- #4 suite, il dut se mouvoir avec des précautions infinies, | pour sortir ses jambes du lien de la cuisse, qu'il re- Æ oussàa peu à peu, dans un mouvement naturel, comme si elle fléchissait d'elle-même. Il avait rompu a chaîne enfin, il était libre. Un troisième appel le se hâter, il passa dans la pièce voisine, en disant: — Oui, oui, j'y vais ! | Es Lej jour ne se débrouillait pas, sale et triste, un de ces petits jours d'hiver lugubres; et, au. qi d'une É heure; Christine se réveilla dans un grand.frisson x lacé. Elle ne comprit pas. Pourquoi donc se trouait-elle seule ? Puis, elle se souvint : elle s'était en- ; dormie, la joue contre son cœur, les membres mêlés aux siens. Alors, comment avait-il pu s’en aller? où pouvait-il être ? Tout d’un coup, dans son engourdissement, elle sauta du lit avec violence, elle courut : telier. Mon Dieu! est-ce qu'il était retourné près . del'autre ? est-ce que l’antre venait encore de le reprendre, lorsqu’ elle croyait l'avoir conquis à Ja- 4 Rey x Au premier coup d'œil, elle ne vit rien, l'atelier Jui parut désert, sous le petit jour boueux et froid. a E < comme elle se rassurait en n'apercevant per-

sonne, elle leva les veux vers la toile, et un cri terrible jaillit de sa gorge béante. | :

— Claude, oh ! Claude... # Claude s'était pendu à la grande échelle, en face de son œuvre manquée. Il avait simplement pris une des cordes qui tenaient le châssis au mur, et ilétait, monté sur la plate-forme en attacher le bout à la” traverse de chêne, clouée par lui un jour, afin de consolider les montants. Puis, de là-haut, il avait sauté | dans le vide. En chemise, les pieds nus, atroce avec sa langue noire et ses yeux sanglants sortis des or. bites, il pendait là, granüi affreusement dans sa raideur immobile, la face tournée vers le tableau, tout | près de la Femme au sexe fleuri d'une rose mystique, ue comme s'il lui eût soufflé son âme à son dernier râle, et qu’il l’eût regardée encore, de ses prunelles fixes. Christine, pourtant, restait droite, soulevée de à douleur, d’épouvante et de colère. Son corps en 3 était gonflé, sa gorge ne lächait plus qu’un hurlement continu. Elle ouvrit les bras, Iles tendit vers le tableau, ferma les deux poings. ti — Oh ! Claude, oh! Claude. Elle l’a rep cle à Va tué, Lué, tué, a gueuse | | Et ses jambes fléchirent, elle tourna ets 'abattit sur le carreau. L’excès de la souffrance avait reti tout le sang de son cœur, elle demeura évanouie p terre, comme morte, pareille à une loque blanch misérable et finie, Re. sous la souveraineté farouche de l'art. "Re déssus d'elle, la Femme rayon nait avec son éclat symbolique d’idole, la peintu triomphait, seule immortelle et née jusque de 1 sa-démence. # Le lundi seulement, après les Fe et ra tards occasionnés par le suicide, lorsque San,

L'ŒUVRE. Mere

trouva qu'une vingtaine de personnes sur le trottoir de la rue Tourlaque. Dans son gros chagrin, il courait depuis trois jours, forcé de s'occuper de tout : d’abord, il avait dû faire transporter à l'hôpital de Lariboi- 4 sière Christine, ramassée mourante ; ensuite, il s'était ÿ | promené de la mairie aux pompes funèbres et à È Véglise, payant partout, cédant à l’usage, plein d'in- différénce, puisque les prêtres voulaient bien de ce 4 cadavre au cou cerclé de noir. Et, parmi les gens qui attendaient, il n’aperçut encore que des voisins, er de quelques curieux ; tandis que des têtes

SR. + cuC AT

par le drame.-Sans doute Le amis allaient venir. Il # n'avait pu écrire à la famille, ignorant les adresses; et il s’effaça, dès qu'il vit arriver deux parents, que les trois lignes sèches des journaux avaient tirés sans doute de l'oubli où Claude lui-même les laissait : une é ousine âgée à tournure louche de brocanteuse, un

grands magasins de Paris, bon prince dans son élé- gance, désireux de prouver son goût éclairé des arts. out de suite, la cousine monta, fit le tour de l’atelier, flaira cette misère nue, redescendit, la bouche dure, irritée d’une corvée inutile. Au contraire, le petit cousin se redressa et marcha le premier derrière le corbillard, menant le deuil avec une correction charmante et fière.

Comme le cortège partait, Bongrand accourut et esta près de Sandoz, après lui avoir serré la main. Il était assombri, il murmura, en jetant un coup d'œil sur les quinze à vingt personnes qui suivaient : —Ahlle pauvre Hs . Comment! il n’y a que

ous deux ke ;

| LFB aux fenêtres, chuchotantes, excitées

petit cousin, très riche, décoré, propriétaire d'un des

Dubuche était à Cannes avec ses enfants. Jory et Fagerolles s’abstenaient, l’un exécrant la mort, l'autre trop affairé. Seul, Mahoudeau rattrapa le. convoi à la montée de la rue Lepie, et il expliqua. # que Gagnière devait avoir manqué le train. “à

Lentement, le corbillard gravissait la Dent rude, dont le lacet tourne sur le flanc de la butte Montmartre. Par moments, des rues transversales qui dévalaient, des trouées brusques, montraient l'im- mensité de Paris, profonde et large ainsi qu'une mer. Lorsqu'on déboucha devant l’église Sam Pierre, et qu'on transporta le cercueil, là-haut, il domina un instant la grande ville. C'était par un ciel gris d'hiver, de grandes vapeurs volaient, em-" portées au souffle d’un vent glacial; et elle sembla agrandie, sans fin dans cette brume, emplissant l'ho rizon de sa houle menaçante. Le pauvre mort qi l'avait voulu conquérir et qui s’en était cassé I nuque, passa en face d'elle, cloué. sous le couvercle de chêne, retournant à la terre, comme un de re flots de boue qu ‘elle roulait. À

Rene le convoi, précédé. par la voitur deuil où s'étaient assis le prêtre et l'enfant de ch

| tournantes et escarpées comme des sentiers de montagne. Les chevaux du corbillard glissaient sur le avé gras, on entendait les sourds cahots des roues. A la suite, les dix piétinaient, se retenaient parmi les flaques, si occupés de cette descente pénible, qu’ils ne ë causaient pas encore. Mais, au bas de la rue du Ruis- | seau, lorsqu'on tomba à la porte de Clignancourt, au milieu de ces vastes espaces, où se déroulent le boulevard de ronde, le chemin de fer de ceinture, les. ‘talus et les fossés des fortifications, il y eut des sou- | pis d’aise, on échangea quelques mots, on com- mença à se débander.

Sandoz et Bongrand, peu à peu, se trouvèrent à la ueue, comme pour s’isoler de ces gens qu'ils n'avaient jamais vus. Au moment où le corbillard passait la barrière, le second se pencha.

ë = Et la petite femme, qu’en va-t-on faire ? 3 — Ah! quelle pitié! répondit Sandoz. Je suis à ; Ja voir hier à l'hôpital. Elle a une fièvre céréle. L'interne prétend qu'on la sauvera, mais

re Oui, si nous ne prenons pas soin d'elle comme cs infirme, elle finira laveuse de vaisselle quelque

La faites sur Die pour son Ft tableau, ces études superbes dont il tirait ensuite un si mauvais arti. Mais jai fouillé vainement, il donnait tout,

es gens Je -volaient. Non, rien à Enr pas une

démolie et brûlée moi-même, ah! de grand cœur, je vous assure, comme on se venge! ; Hs se turent un instant. La route large de SE Ouen s’en allait toute droite, à l'infini; et, au milieu de la campagne rase, le petit convoi filait, pitoyable, perdu, le long de cette chaussée, où coulait un fleuve … de boue. Une double clôture de palissades la bordait, = de vagues terrains s’étalaient à droite et à gauche, il n'y avait au loin que des cheminées d'usine et” quelques hautes maïsons blanches, isolées, plantées de biais. On traversa la fête de Clignancourt : de baraques, des cirques, des chevaux de bois aux deu côtés de la route, grelottant sous l'abandon de l'hi ver, des guingueltes vides, des balancoires verdies une ferme d'opéra comique: À la Ferme dé Picar die, d'une tristesse noire, entre ses treillages arrachés. — Ah! ces anciennes toiles, reprit Bongrand, les choses qui étaient quai de Bourbon, vous vous souvenez ? Des morceaux extraordinaires ! Heïn ? les paysages rapportés du Midi, et les académies faites che Boutin, des jambes de fillette, un ventre de femme, oh! ce ventre. C’est le père Malgras qui doit lavoir, | une étude magistrale, que pas un de nos jeun S maîtres n’est fichu de peindre. Oui, oui, le gaillard. n'était pas une bête. Un grand peintre, simplement ! — Quand je pense, dit Sandoz, que ces petit fignoleurs de l'École et du Rue l'ont accusé de paresse et d’ignorance, en répétant les uns à a suite des autres qu'il avait toujours refusé d’ap prendre son métier! Paresseux, mon Dieu !lui que j'ai vu s’évanouir de fatigue, après des séances dix heures, lui qui avait donné . Sa vie entière, s'est tué dans sa folie de travail! Et ignorant, ES ce imbécile! Jamais ils ne comprendront que

L'ŒUVRE. 484 qu’on: apporte, lorsqu'on à la gloire d'apporter quelue chose, déforme ce qu'on apprend. Delacroix, . aussi, ignorait son métier, parce qu’il ne pouvait . s’enfermer dans la ligne exacte. Ah! les niais, les bons élèves au sang pauvre, incapables d'une incorrection!

Il fit quelques pas en silence, puis il ajouta:

. sionné dont le crâne s'était bourré de science, un tempérament de grand peintre admirablement doué... Et il ne laisse rien.

— Absolument rien, pas une toile, déclara Bon-

qui ne peut aller au public... Oui, c’est bien un mort, un mort tout eur que l’on va mettre dans Ja here)

is lé re d' avenue qui tal au Acte

LR

Lu cordeau dans ce sin ul de banlieue, RE

, cessions de cinq ans, les seules que l’on accordât;

— Un travailleur héroïque, un observateur pas-

grand. Je ne connais de lui que des ébauches, des .

5 Je po Li franchirent la porte avec le

?sépnitures, M entes déjà, s end au ras dt sol, dans l'installation bâclée et provisoire des con-

“hésitation des familles à faire des frais ttes

les pierres qui s’enfonçaient faute de ontatése À k arbres verts qui n’avaient pas le temps de pousser, tout ce deuil passager et de pacotille se sentait, don- … nait au vaste champ une pauvreté, une nudité froide 4 et propre, d’une mélancolie de caserne et d'hôpital … à Pas un coin de ballade romantique, pas un détour feuillu, frissonnant de mystère, pas une. grande tombe parlant d’orgueil et d’éternité. On était dans à le cimetière nouveau, aligné, numéfroté, le cimetière des capitales démocratiques, où ie morts semblent dormir au fond de sue administratifs

encombrements. = — Fichtre! murmura Bongrand, ce n 'est pi ici: ce — Pourquoi? dit Sandoz, c’est commode, on a de l'air Et, même sans soleil, voyez donc comme C’ es joli de couleur.

En effet, sous le ciel gris dé cette matinée, de n vembre, dans le frisson pénétrant de la bise, L tombes basses, chargées de guirlandes et de couronnes de perles, prenaient des tons très fins, d'u délicatesse charmante. Il y en avait de toutes b 1 ches, il y en avait de toutesnoires, selon les perl cette opposition luisait doucement, au milieu de la dure pâlie des arbres nains. Sur ces loyers de cinq à les familles épuisaient leur culte : c'était un en sement, un épanouissement que le récent jour as venait d’ étaler dans son sous Seules, les

en médaillons, des ere qui Lien des dust Tee verre, des pensées, des mains enlacées, des

de j jaunes photographies ‘de faubourg, de pauvres VE ee. laids et ns, avec Sn sourire gauche.

Er oint, Sandoz, ramené à Claude par son observation “4 ce peintre, se remit à causer.

— Un cimetière qu'il aurait compris, avec son RER de modernité... Sans doute, il souffrait dans sa chair, ravagé par cette lésion trop forte du génie, trois grammes en moins ou trois grammes

… Oui, notre HE abon a trempé jusqu ‘au tre dans le romantisme, et nous en sommes restés

monde n’en ôteront pas l'odeur.

Bongrand souriait. " — Oh! moi, j'en ai eu par-dessus la tête. Mon

avant qu'on peigne qu'on écrive ea dans la haute et pure simplicité du vrai... Seule, vérité, la nature, est la base possible, la police n cessaire, en dehors de laquelle la folie commenc et qu’on ne craigne pas d’aplatir l’œuvre, le tem} rament est là, qui emportera toujours le créateu Est-ce que quelqu'un songe à nier la personnalité, le coup de pouce involontaire qui. déforme et qui notre pauvre création à nous! AS

Mais il tourna la tête, 1l ajouta brusquement |

— Tiens! qu'est-ce qui brûle? Ils allument do des feux de joie, ici? Er ae

Le convoi venait de tourner, en arrivant au Point, où était l’ 0SUAIRÉ, le caveau commun,

dont la pierre, au centre d'une a ronde, d raissait sous un de couronnes,

corbillard roulait doucement à un dans l'ave transversale numéro 2, un crépitement, s'était entendre, une grosse fumée avait grandi, au-des des petits platanes bordant le trottoir. On approc avec lenteur, on apercevait de loin un gros.

choses terreuses qui s ’allumaient. Puis, on finit } comprendre. Cela se trouvait au bord d'u

CNRS MON 2 48%

Marre qu’on avâit fouillé profondément de larges ns illons parallèles, pour en arracher les bières, afin de I endre le sol à d'autres corps, de même que le pay- … san retourne un chaume avant de l'ensemencer de nouveau. Les longues fosses vides bâillaient, les

à Jantes, au ie des tombes basses de toute une % oitié du Peur: ,

nie Puis, quand ils sont dépassé le te le preen

. Ja re debout et ee dans une De = oi voyez, autour de lui, après lui,

ti que, cette re commencée si Re AT

et qui s’attarde, et qui tombe aux mains des habiles, et qui n’aboutit point, parce que l’homme nécesen "est D né?.. . Bah! l'homme naîtra, rien ne

— Qui sait? pas toujours! dit Eooend La vie avorte, elle aussi. Vous savez, je vous écoute, mai je suis un désespéré, moi. Je crève de tristesse, et j sens tout qui crève. Ah ! oui, l'air de l’époque es mauvais, cette fin de siècle encombrée de démoli tions, aux monuments éventrés, aux terrains retournés cent fois, qui tous exhalent une puanteur de mort! Est-ce qu'on peut se bien porter, là dedans Les nerfs se détraquent, la grande névrose s'en mêle, l’art se trouble : c’est la bousculade, l'anarchie, la folie de la personnalité aux abois… Jamais on nt s'est tant querellé et jamais on n’y à vu moins clai que depuis le jour où l’on prétend tout savoir.

Sandoz, devenu pâle, regardait au loin les grand fumées rousses rouler dans le vent. de

— C'était fatal, songea-t- -il à demi-voix, Col ; d'activité et d'orgueil dans le savoir devait rejeter au doute; ce siècle, qui a fait déjà tant clarté, devait s ‘achever sous la menace d'un nouve flot de ténèbres... Oui, notre malaise vient de On a trop promis, on a trop espéré, on a attend conquête et l'explication de tout; et l'impa d gronde. Comment! on ne marche pas 1 vi

is

beau chasser les fantômes sous 1e PR coup lumière de l'analyse, le surnaturel a repris Jes h tilités, l'esprit des légendes se révolte et veut n reconquérir, dans cette halte de fatigue et goisse.… Ah} certes! je n’affirme rien, je suis

ème déchiré. Seulement, il me semble que cette mvulsion dernière du vieil effarement religieux tait à prévoir. Nous ne sommes pas une fin, mais ane transition, un commencement d'autre chose.

1er ann rie MAT NET ET

tout petits, il murmura En — Ah! mon vieux Claude, so cœur d ‘enfai tu seras bien à côté d’eux.

soyeurs étaient là, avec a ARS Trois ne.

avaient lâché en route, les dix er . 1

déchirant fit lever les Fine ENT dans ce bout vide encore.

le haut talus du chemin de fer de ps dc voie dominait le cimetière. La pente gazonnéer tait, et des lignes géométriques se détachaien noir sur le gris du ciel, les ou ne

Et la ligne redevint ee un n simple res * coupant l'horizon; tandis que, sans relâc | loin, d’ autr es <oPe de. sifflet Los se.

sonna, dugubre M nt js Revertitur in terram + sua n und era.

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