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de la même estampe. Les épreuves d'essai des planches non terminées atteignent des prix fabuleux. En outre, chaque collectionneur tient à faire entrer dans ses portefeuilles des exemplaires bien conservés, ayant toutes leurs marges. Les Anglais surtout et les Américains s'acharnent à avoir des feuilles avec grandes marges intactes, et achètent plutôt une épreuve moins belle, mais ayant toutes ses marges, qu'une qui n'en aurait pas, quand même elle serait plus belle. Les Allemands sont sous ce rapport moins exigeants, en attachant plus de prix à la beauté de l'épreuve. Du reste toutes ces préférences des collectionneurs ne se rapportent pas aux pièces d'une extrême rareté, dont on ne connait qu'un nombre très limité d'épreuves. On paye pour de telles raretés des sommes exorbitantes, sans y regarder de trop près si elles ont des marges ou non. Ed. Rotschild a payé, par exemple, 1000 fr. pour B. 292, dont on a coupé la tête seule; la tête seule du portrait de Rembrandt B. 7, dans le III état, imprimée sur un chiffon de papier, a été payée 3.000 fr.; les exemplaires endommagés et rognés du I état de Rembrandt appuyé et (ÏAsselyn se payent quelquefois jusqu'à 1000 fr. et au delà.
Le prix d'une pièce rare dépend aussi du nombre d'amateurs et de marchands présents aux enchères; ces derniers quelquefois forment entre eux, aux grandes ventes, des complots, distribuant entre eux d'avance les estampes et ne laibsent rien acheter aux personnes étrangères à leur association.
Le prix des gravures varie encore selon l'engouement pour tel ou tel genre. Ainsi, par exemple, il y. a une trentaine d'années la mode était pour les beaux burins et pour les épreuves avant la lettre, qui se payaient alors trois et quatre fois plus cher qu'à présent. Jadis les prix étaient très élevés pour les Durer; maintenant il y a moins d'amateurs pour le maître de Nurnberg, mais par contre on commence à collectionner avec plus d'entrain les Martin Schon et les autres vieux Allemands et Italiens.
Mais pour les eaux-fortes de Rembrandt la vogue n'a jamais changé; elles étaient très recherchées de tout temps; les prix en étaient élevés encore du vivant de l'artiste.
Sa célèbre Pièce de cent florins porte ce nom justement parce qu'elle était payée ce prix à l'époque de sa publication. Une fois seulement les eaux-fortes du maître ont été vendues à des prix comparativement minimes: c'est à la vente
judiciaire en 1656 de son mobilier, quand Rembrandt a été déclaré insolvable. Mais c'était parceque le moment choisi pour cette vente était peu favorable au commerce. Par suite de circonstances politiques il y eut alors en Hollande une stagnation générale des affaires; les fortunes ayant beaucoup souffert, il n'y avait personne pour acheter des estampes.
Mais ce malaise ne dura pas longtemps, et avec les temps meilleurs les prix pour les oeuvres de Rembrandt ont repris la marche en hausse, et continuent à monter de plus en plus.
Amateurs des eaux-fortes de Rembrandt et ventes publiques de leurs collections *)..
1754. Tonneman; Six II, 316 florins; Tolling 240; Peseur d'or 137; pièce de cent florins 151.
1755. Amadée de JBurgy; c'était la plus célèbre collection des eaux-fortes de Rembrandt en toutes premières épreuves et en différents états des planches. Les 655 feuilles furent vendues pour la somme de 3524 florins. La pièce de cent florins pour 84 flor.; le grand St.-Lazare 21; la descente de croix II, 17; les I états de: Asselyn 20; Lutma 16; Wtenbogard 71; Six 240; Haaring vieux 16; H. jeune 10; Tollinx 200; Ansloo 37; Bonus (à la bague noire) 32; Rembrandt № 23, la grande planche 132; le grand Coppenol (au fond blanc), 66; la grande mariée Juive I, 4; II, 34; la coquille (au fond blanc) 18; Jason et Medée 12; le lit à la française 35. Les paysages étaient vendus de 1 à 8 florins; les trois arbres 16. On trouve dans le catalogue de vente de cette collection la note suivante: «c'est un fait constant, que la collection est journellement visitée par des amateurs, aussi bien des étrangers que ceux du pays, et que le propriétaire a toujours répondu très volontiers à leur désir. Ceci commence à lui devenir pénible à cause de son âge avancé; d'ailleurs il arrive souvent que, dans ces occasions, il se trouve sollicité, et même extrêmement pressé par les curieux, de la leur céder ou vendre tel on tel morceau, ce qui tombe ordinairement, on peut se l'imaginer, sur les plus excellentes et les plus rares espèces, à quoi il n'a jamais pu se résoudre, ce qui en même temps,
*) Cette note est empruntée en grande partie à l'ouvrage de Dutuit: f oeuvre complet de Rembrandt, Paris 1881; pp. 160—171.
au lieu de bienveillance lui a attiré du mécontentement, et, qui plus est, lui a fait des ennemis d'autant plus fâcheux qu'ils sont distingués. Afin donc d'éviter cela une fois pour toutes, il a pris la résolution de se défaire entièrement de sa belle collection».
1760. Arthur Pond; peintre et graveur.
1760. Edward Astley; 1729 — 1802. Pièce de cent florins I, 530 fr.
1770 (et 1779). Marcus à Amsterdam. Le livre espagnol (№ 36) II, 16 fl.; le grand St-Lazare III, 100; le bon Samaritain I, 39; Ecce homo en largeur I, 42; id. en hauteur II, 50; femme aux oignons 25; le lit 36: France 5 épreuves 19;Haaring vieux II, 15; H. jeune 19; Lutma 1, 15; Asselyn I, 70; le grand Coppenol I, 31; Six I, 305; la 3-е tête orientale 87; la grande mariée Juive 1,25.
1776. Pierre-Jean Mariette; 1694 — 1774; ses estampes (12.504 pièces) furent acquises pour la Bibl. de Paris. Le catalogue de la vente ne donne pas la description des pièces. 423 pièces de Rembrandt furent vendues pour 5488 fr. Rembrandt dessinant III et IV, 30; Samaritain I, 180; Medée I, 80; Tolling, épreuve faible 120; vieux Haaring, deux épreuves 137; Asselyn I et II, 209; le carrosse et le canal 240.
1778. Jervaix; on demanda 18.000 de 486 morceaux, sans trouver d'acquéreur (Tolling, Coppenol I, etc.).
1779. Peter s, peintre; on demenda pour 620 pièces 15.000 livres, sans trouver d'acquéreur. La collection a passé dans la bibliothèque de Paris; on y trouve beaucoup d'épreuves falsifiées par Peters lui-même.
1798. Jean Barnard, collection presque équivalente à celle de Burgy; les 341 pièces de Rembrandt furent vendues pour 25.300 francs. Rembrandt № 7, I, 40 fr.; VI, 58; Rembrandt dessinant I, 117; III, 94; la nuit de Noël I, 139; II, 358; grande résurrection de Lazare 1, 238; la pièce de cent florins I, 328; descente de croix I, 511; St.-François I, 106; vendeur de mort aux rats I, 80; figures vénétiennes 54; le patineur 35; la coquille I, 245; la femme devant le poêle I, 40; paysage aux deux allées I, 159; le taureau 173; le carrosse 490; paysage avec une vue d'Amsterdam 213; Ansloo I, 328; le vieux Haaring I, 270; le jeune Haaring I, 76; II, 132, Asselyn I, 172; Wtenbogaerd I, 212; le peseur d'or 1, 234; II, 485; le grand Coppenol I, 1458; Tolling 928; le griffonnage № 366(?).
1799. Clayton Mordaunt Cracherode (1729 — 1799); il a légué ses estampes et ses livres au Musée Britannique.
1804. Graive; coll. vendue à Londres.
1805. Winkler; le médecin tatant le pouls à une malade (J\° 155).
1805. Van Leyden; superbe collection; la plupart des pièces sont maintenant au musée d'Amsterdam. La nuit de Noël II; Six I; grand Coppenol I; Wtenbogaerd I.
1806. Robert Dighton, caricaturiste anglais; il a volé en 1795 et en 1806 50 à 60 eaux-fortes de Rembrandt des plus rares du British Muséum; il les vendit à Mortimer, Davis et Woodburn; une partie de ces estampes fut restituée par les dits marchands au musée. Cette vilaine affaire fit perdre sa place au conservateur; mais Dighton, ce «serpent bipède» comme l'appelle Dibdin, est resté impuni.
1809. Hibbert; 280 feuilles de Rembrandt.
1810. Ploos van Amstel; superbe collection de 448 feuilles de Rembrandt et de 132 feuilles par ses élèves. Rembrandt appuyé I; R. au sabre I; la pièce de cent florins I; France I; la coquille I; le grand Coppenol I; Jeune Haaring I; petit Coppenol I; Six II et III; Tolling; quantité de paysages douteux d'une extrême rareté.
1811. Silvestre; vente à Paris.
1816. Paignon-Dijonval; le catalogue en fut rédigé en 1810; mais on ne trouva pas d'acquéreurs, Woodburn acheta toute la collection en 1816 pour 120.000 fr.; il vendit la plupart de belles pièces au duc de Buckingham. Rembrandt dessinant I (II?); le tombeau allégorique etc.
1824. Comte de Fries; 193 pièces pour 17.120 fr.; le paysage à la tour № 223; Tolling; le moine dans le blé etc.
1825. Wlassof à Moscou; belle collection d'estampes; pas grand chose de Rembrandt. La collection fut achetée à l'amiable par cinq amateurs (Pissaref, Ouvarof, Kassatkine, Osten-Sacken et Galitzine) au prix de 35000 roubles.
1829. Baron Dominique Vivant Denon(17&7 — 1825) directeur-général des Musées Impériaux; une partie de sa collection fut vendue en 1827 pour 300.000 francs. Les Rembrandt ont été achetés par Woodburn en 1829 pour 40.000. «Toutes les pièces portent dans le coin du bas à droite, une estampille extraordinairement petite, qui est la marque de M. Denon; elle est composée des lettres D. N. avec un crible, renfermées dans
un ovale: allégorie de la patience continuelle d'un amateur qui doit rejéter tout ce qui ne peut être utile (Denon, Catalogue de vente).
Cette superbe collection a été formée par le hollandais Zoomer, ami de Titus, fils de Rembrandt; elle passa dans les mains de Zanetti, graveur de Venise, et fut vendue en 1791 à Denon. Zoomer l'annonce dans son catalogue comme tout-à-fait complète, renfermant tous les changements et retouches en excellentes épreuves. Le catalogue était fait par Duchesne. Rembrandt au manteau brodé IV; R. au sabre (23) I; la grande résurrection de Lazare I (II?); la pièce de cent florins I; Ecce Homo en largeur I; le calvaire I et II; les I états des pièces suivants: la coquille; l'espiègle; Renier Ansloo; Asselyn; Wtenbogaerd; le peseur d'or; le grand Coppenol; la grande mariée; les trois chaumières. Pièces d'une grande rareté: la barrière blanche; les trois cheminées; la femme aux lunettes; le griffonnage № 366.
1830. Bevil; collection achetée à l'amiable par Pieri-Benard. La résurrection de Lazare IV, 700; la coquille I, 800; le peseur d'or I; le Samaritain I, 400; le patineur 325; la fiancée Juive II, 220; Griffonnement JYs 370, 550. Dans une seconde vente de Revil, en 1838: le pont Six I, 600; le Nègre blanc, 100. Dans la troisième vente en 1845: Rembrandt appuyé I, 201 fr. (retouché).
1833. Einsiedel; vente à Dresde.
1834. BucJcingham; vente à Londres; R. dessinant I et IV, 864 fr.; livre espagnol III, 1.408; pièce de cent florins, contre-épreuve du Iétat, 225; Ecce Homo en largeur I, 1.272; la femme aux oignons, 505;' le petit chien I, 1540; Asselyn I, 175; Wtenbogaerd I, 1695; le grand Coppenol I, 1110.
1835. Paul Carew; Rembrandt appuyé 1, 1480; Rembrandt dessinant I, 780. Tolling, 5000; les I états des pièces: la femme au poêle, 690; St. François, 850; Asselyn, 890; la grande mariée 210. En tout 329 feuilles.
1836. A. P.F.BobertDumêsnil(n78—18№), auteur du Peintre-graveur français, (Paris 1835 — 50, 8 vol.) Sa collection fut vendue en 1836, 1837, 1838, 1843, 1844, 1850, 1854, 1855, 1856, 1858, 1862, 1863, et 1864. Les Rembrandts furent vendus en 1836. Il ne s'y trouvait pas de pièces extra.
1837. Ottley; vente à Londres.
1828. Wilson auteur du catalogue des eauxfortes de Rembrandt (London 1836). Les plus
belles épreuves de cette collection furent achetées par Buccleugh.
François Debois; ses estampes furent vendues à Paris en 1844 — 1845 pour 213.240 fr. dont 175 pièces furent achetées par la bibliothèque nationale pour 17.000 fr.
1840. William Esdaile (1757 — 1837), banquier de Londres, avait de superbes pièces de Rembrandt.
1844. Le chevalier Joseph de Claussin (17 '66 — 1844). Sa collection fut vendue en 1844. «Il avait surtout d'admirables épreuves de Rembrandt, renfermées dans un petit portefeuille qui ne le quittait jamais. Il mettait le soir ce portefeuille sous son chevet; il couchait dessus, et il se levait la nuit pour remarquer quelque nouvelle perfection qui lui sautait aux yeux pendant un rêve. Il avait juré de ne s'en séparer qu'à sa mort» (Bulletin de l'alliance des arts. Sept. 25, 1844; p. 97).
1847. Lord Âylesford (1760—1859); sa collection fut achetée à l'amiable par Woodburn pour 75000 fr. Woodburn vendit 17 estampes de cette collection (Grand Coppenol au fond blanc, Rembrandt au sabre I, Six II etc.) à M. Holford pour 88.000 fr. Le reste passa dans la collection Hawkins et dans les mains du marchand Smith; celui-ci le revendit en 1848 au British Muséum pour 3000 L. St.
1847. Baron VerstolJc van Soelen; pour la beauté et la rareté des épreuves cette collection ne cède en rien aux collections Burgy et Denon. Les 815 feuilles furent vendus pour 93,420 fr. Rembrandt № 7, I, 40 florins; (trois états encore pour 30 — 60 fl.); les cinq états du JYs-8 (1=25); № 10, 1 = 39; № 13, 1=36; R. appuyé I, 275 fl.; R. dessinant III, 160; R. avec le sabre I, 1805; le livre espagnol III, 300; fuite en Egypte I, 376; la grande résurrection de Lazare II, 601; la pièce de cent florins I, 1600; Ecce Homo en largeur I, 950; Grande descente de croix II, 250; le bon Samaritain I, 346; St. Jérôme 1, 248; Vendeur de mort aux rats № 122, 300; № 121 (110 fr.). Idem № 122 (300); №. 142 (250); deux figures Vénétiennes (80); le patineur (50); le lit №. 186 (120); le moine (49); l'espiègle (40); la femme devant le poêle (200); femme nue №. 204 (105); le pont Six (199); le chasseur (200); vue d'Amsterdam, Daulby p. 336 № 3 (250); les deux maisons № 214 (280); le carrosse (250); les trois chaumières (362); J\° 218 (250); №. 223 (350); № 224 (225), №. 227 (400); paysage aux deux allées (539);
l'abreuvoir (150); № 232 (295); №. 235 (95); № 237 (150); le canal à la petite barque Ba. 240 (250); Barrière blanche (250); № 243 (95); №. 247 (100); №. 250 (100); №. 263 (125);Linden (100); Ansloo (750); Faustus (180); Jonghe (75); France (400); Haaring jeune (331); Lutma (250); Asselyn (370); Bonus (1600); Wytenbogaert (548); peseur d'or (165); le petit Coppenol (750); le grand Coppenol(1250;le II état pour 490); Tolling(330 et 1800); Six (895); 3-е tête orientale (45); JYs 304 (100); la grande mariée Juive (100); II et III états (150); №. 357 (100); №. 363 (200); №. 374 (30); № 375 (37).
1850 (?) Pissaref; sa collection fut acliétée par Mr. Lihatchef pour 5000 Rbs. arg.; pas grand chose de Rembrandt.
1851. Maberley.
1855. Van den Zande; 134 pièces de Rembrandt.
1856. Weber de Bonn; 588 numéros vendus pour 34.250 fr.; paysage aux trois chaumières I.
1860. Arosarena; belle collection d'épreuves choisies (300 pl.); les trois croix III, 1861 fr.; le bon Samaritain I, 1621; les trois arbres, 1800; Lutma I, 1860; Six II, 5.251.
1861. Dreux.
1865.Le chevalier Camberlain; grande collection, assez mal choisie (94.000 fr.).
1867. Harràh; 231 feuilles superbes vendues pour 42.800 fr. Rembrandt sur une planche étroite, 360 fr.; livre espagnol III, 158; la pièce de cent florins II, 8000; la petite Bohémienne, 1000; Asselyn I, 2560.
1868. Pointer; la pièce de cent florins, I 27.500 (Dutuit).
1869. Alferoff à Bonn; épreuves bien choisies; pas d'extrêmes raretés.
1875. Galichon; 77 numéros vendus pour 48.500 fr. La pièce de cent florins II, 9600 fr. Ecce Homo en largeur I, 4700; Lutma I, 360 etc.
1875. Ealle à Francfort s. M.; 207 numéros vendus pour 65.155 fr.
1876. Liphart à Leipzig; 227 numéros vendus pour 56.782 fr. Belles épreuves mais pas de grandes raretés.
1877. Ambroise Firmin- Bidot; 375 numéros vendus pour 167.000 fr. Rembrandt appuyé I, 5730 fr.; la pièce de cent florins II, 8550. Ecce Homo en largeur I, 2905; les trois croix I, 1.100; III, 7.050; la petite bohémienne, 1960; le patineur, 2050; le ledikant, 3010; le moine, 1900; le carrosse, 2460; les deux allées II, 1980; la
barrière blanche, 3000; paysage au canal, 3700; les trois cheminées, 2150; le vieux Haaring 2900; Lutma I, 3900; Asselyn I, (épreuve mutilée), 1000; le peseur d'or I, 6500; Tolling, épreuve faible, 1.120; Six II, 17.000; la grande mariée I, 4005; la femme aux lunettes, 2650; étude pour une tête de femme, 900.
1877. Knowles; 19 numéros vendus pour 10.580 fr.; le paysage au bateau I (sur Japon), 3250. Seconde vente en 1879: 82 numéros vendus pour 25.530. Lutma I, 3875 fr.; la femme à la flèche I (?), 806 fr.
1877. Heimsoeth.
1877. Wolf à Bonn; la pièce de cent florins II état, 9550 fr.
1880. Schloesser à Francfort sur-le-Main; 158 numéros vendus pour 72.000 fr.; les trois croix I, 3750 fr.; la mort de la Vièrge 1,4250; le ledikant, 1513; les deux allées II, 2500 fr.
1880. Hébich;~396 pièces; la mise au tombeau (№. 86) I, 500 fr.; le bon Samaritain, 3500; la bohémienne, 2200; amour couché, 650; la femme aux oignons, 650; le petit polonais, 650; le patineur, 2400; le mendiant avec son chien, 700; le moine, 700; la femme devant le poêle III et V, 750 et 1000; paysage № 207, 1000; les trois cheminées, 2200; le nègre blanc, 1800; la femme en cheveux I (état supposé), 400 fr.; griffonnage avec la petite femme, 1000.
1882. Oppermann.
1883. Coll. Griffits. Tolling I acheté par le baron Ed. Rotsehild pour près de 40.000 fr.
Prince Lobanoff; dans cette vente il n'y avait que six Rembrandts qui venaient de la collection Lobanoff, entre autres Bonus II, (superbe); l'Ecce Homo en hauteur III.
1885. Lihatchef; à Moscou; grande collection d'estampes de toutes les écoles, vendue pour le vil prix de 1500 Rbs. Il y avait une belle épreuve de la Petite tombe.
1887. Bue de Buccleugh; 367 feuilles furent vendus pour 17.300 Liv. St. (432.000 fr.). Les I états de: Rembrandt 21 — 135 Lst; livre espagnol № 36 — 35; fuite en Egypte №. 53 — 48; préséntation №. 49 — 30; fuite №. 56 — 115; (II d.— 100); la pièce de 100 florins — 1300; Ecce Homo (en larg.) — 1159; la mort de la Vierge — 33; la mise au tombeau — 27; Samaritain — 60; St. Jérôme №. 103 — 55; St. Jérôme №. 104— 124; St. François — 110; Jason — 32; trois figures orientales — 37; le patineur — 29;la coquille — 185; № 165 — 19; №. 175 — 25; le lit à la française—
57; le moine — 35; l'espiègle — 60; № 199 — 62; la femme à la flèche — 50; le chasseur — 65; l'homme au lait — 205; le carrosse — 75; les trois chaumières — 275; JY? 218 — 295; le canal — 120; Л» 223 — 260; № 224— 180; l'obélisque — 255; l'abreuvoir — 54; J\° 232 — 100; la campagne du peseur d'or — 210; les cygnes — 125; paysage avec la vache — 135; Linden — 80; Faustus — 205; Jonghe — 38; Ansloo — 205; France — 510; (II cl. état); Haring jeune — 105; Lutma 105 — 176; Asselyn — 105; Uytenbogaert — 1280; J. C. Sylvius— 125; Peseur d'or — 160; Petit Coppenol — 320; Grand Coppenol — 1190 (II état); Tolling — 800 (II état); Six — 500 (II ét.); 3-е tête orientale — 80; la grande mariée I, 155; II, 260.
1889. Webster; 157 feuilles vendues pour 76.500 francs: femme au bain (JYs 199) I, 1750 fr.; le carrosse, 2500; le paysage, les deux maisons aux pignons pointus, K?. 214, fut vendu pour le prix exorbitant de 8630 fr. et la maison basse au bord du canal pour 9000 fr.
Collections publiques. De toutes les collections publiques, c'est le Musée britannique qui est le plus riche en fait d'eaux-fortes de Rembrandt; on y trouve presque toutes les pièces cataloguées par Bartsch, et dans le nombre une quantité de pièces douteuses, qui sont d'une extrême rareté. Les numéros qui y manquent, tels que: Rembrandt au nés large, B. 4, la vieille an buste tronqué, B. 360, et quelques uns des paysages, n'ont pas une grande importance au point de vue artistique. Par contre, les pièces capitales rares et les différents états d'une même planche s'y trouvent réunis comme nulle part: le Musée possède deux premiers états de la Nuit de Noël, B. 44; deux états de Tollinx; cinq de France; trois premiers états d'Utcnbogard; presque tous les états du Petit et du Grand Coppenol et de Clément de Jonghe, et bon nombre de pièces, dont on ne connait que deux ou trois exemplaires, telles que: B. 28, 49, 218,312,371,197,199, 202, 348 et bien d'autres. Presque tous les paysages s'y trouvent dans les premiers états.
Le Musée Britannique ne pourrait porter envie au Musée d'Amsterdam que pour quelques, feuilles: telles que le premier état de la Danaë B. 204, de Saint François, B. 107; de Six, — et à l'Albertina pour les exemplaires hors ligne du Vieux Haaring, B. 274, et du griffonnage B. 366. La Collection du Musée d'Amsterdam doit être placée immédiatement après le Musée Britannique;
il possède une quantité de différents états et de petites pièces, qui manquent au Musée Britannique; mais en somme il est moins complet que ce dernier.
La collection de la Bibliothèque nationale à Paris est tout aussi importante que celle du Musée d'Amsterdam (*). Pour ce qui est de Vienne, les deux collections: de la Bibliothèque publique et de l'Albertina, prises ensemble, ne le cèdent ni pour la rareté des exemplaires, ni pour le nombre de pièces, à aucune des trois collections que je vien de citer. Il est facile de s'en convaincre en examinant les notices du Catalogue, dans lequel sont indiquées les principales feuilles de ces collections (**).
Toutes les quatre collections (en comptant les deux Viennoises pour une seule) possèdent la Pièce de cent florins dans le I état.; elle se trouve également au Musée de Berlin, qui grâce à l'énergie de son Directeur M. Lippmann, a commencé à s'enrichir avec beaucoup de célérité. On y trouve maintenant presque toutes les pièces capitales, telles que la pièce de 100 florins, Renier Ansloo, le petit Coppenol, et presque tous les petits paysages, dans des toutes premières épreuves de choix.
Des collections de second ordre, mais assez complètes encore, se trouvent à l'université de Cambridge, au musée Teyler à Harlem et dans la bibliothèque privée du roi de Saxe (Auguste II). Dans cette dernière on voit une masse de superbes épreuves, le portrait de Rembrandt, M 7, non terminé, Linden I état, deux fois; le II état de l'Ecce homo, № 77 etc.
La collection Teyler possède le I état (unique) du Vieillard, Ba. № 149, le I état aussi unique du paysage le canal à la petite barque, № 240 et l'Ecce Homo, № 77, II état.
Des collections moins importantes se trouvent: à l'université d'Oxford, au musée de Dresde (la Nuit de Noël I; vendeur de mort aux rats I), ce-
*) La collection du British Muséum tire son origine de celle de Clayton Mordaunt Cracherode (1729—1799); la Collection d'Amsterdam s'est formée par l'achat de la superbe collection de Van Leyden (1814) et celle de Paris des collections de Marolles (1667), de Beringhen (1753) et de Peters.
**) Il peut se faire que la désignation des états d'une planche présente parfois quelque inéxactitude, vu que certaines collections ont été visitées avant la confection définitive de l'Atlas. Je me réserve de les vérifier encore une fois prochainement.
lui de Hambourg (les quatres états de l'Espiègle, Ba. 188), de Munich (les trois chaumières I état; Tollinx III), de Francfort sur-le-Mein (Rembrandt au nez large, Ba. 4), à Bruxelles (la suite des états du Ля 78) et à Copenhague.
Quant aux collections privées je n'en citerai que celles que j'ai pu mettre à contribution pour la confection de l'Atlas dont mon Catalogue est accompagné: ce sont les riches collections de M. Artaria à Vienne, de Eug. Dutuit et du Baron Edmond Rothschild à Paris, de M. Seymour Haden à Londres, de Streter à Aix-la-Chapelle, de N. S. Mossolof à Moscou, et enfin ma propre collection.
La collection de M. Artaria est particulièrement riche en fait de différents états des planches; on y trouve pour certains numéros presque tous les états connus; la plupart des feuilles de cette collection sont d'un tirage magnifique; il y a également bon nombre de raretés: Vue d'Omval, I, unique; Rembrandt Atlas 986; Ecce homo B. 77, III; les premiers états des planches: Mise au tombeau; la femme à la flèche, I — III; Vhomme au lait, la vache qui s'abreuve. Clément de Jonghe, I — IV; Lutma; tête d'homme de face, et les feuilles rares: le tombeau allégorique; la Bohémienne; le moine; Ledihant, Gueux avec son chien; le carosse; le paysage aux palissades; troisième tête orientale; le nègre blanc; griffonnage B. 375. Grâce à la complaisance du propriétaire, plusieurs des feuilles de cette collection sont reproduites dans mon Atlas et désignées dans mon Catalogue.
La collection de M. Edmond d'Rotschild est la plus choisie des collections privées qu'il m'a été donné de voir, tant pour la beauté des épreuves, que pour leur excellente conservation. On y trouve le fameux exemplaire de Tolling du I état, payé à la vente Griffits près de 40.000 francs *); les premiers états des portraits de Rembrandt: B. 5, 8, 10, 22 (III état); de la fuite en Egypte B. 56 (I— Ш), des numéros 90, 99, 103, 104; Médée, la Coquille au fond blanc (dont on ne connait que 4 exemplaires); les premiers états des paysages B. 213, 223 (II), 224, 227, 231, 236, 237, 247; le Nègre blanc, gueux B. 165 dans cinq états; Renier Ansloo, I— IV; Asselyn I, Wtenbogardus I, Lutma I; Peseur d'or I; Six II et III; troisième tête orientale; la grande mariée juive I;
*) Un second exemplaire pareil est au Musée britannique. A Paris, à Amsterdam et dans la collection d'Auguste II on ne trouve cette pièce que dans le III état.
et le rare griffonnage B. 364 (on n'en connait que trois exemplaires). Avec la gracieuse permission du propriétaire, j'en ai fait reproduire dans mon Atlas: Rembrandt B. 5; la fuite en Egypte B. 56 — exemplaires uniques du I et du II état, qui ne sont représentés dans aucune des autres collections.
M. Dutuit à Rouen possède la collection formée par feu son frère Eugène, amateur bien connu, auteur d'un catalogue complet de l'oeuvre gravé de Rembrandt, illustré de héliogravures. C'était un collectionneur passionné et grand connaisseur des estampes, ne reculant devant aucune dépense pour enrichir sa collection, dans laquelle on trouve les feuilles suivantes hors ligne: Pièce de 100 florins du I. état, peut-être le plus beau de tous les exemplaires connus, pour sa conservation; il a été acheté à la vente Palmer pour la somme de 27,500 francs; Rembrandt №■. 986 de mon Atlas; la Résurrection de Lazare IV; Joseph expliquant les songes I; les. trois croix; le Ecce Homo en largeur I; les premiers états du Bon Samaritain, St. Jérôme, Ла 103 et 104; la Mort de la Vierge; Médée; la grande chasse aux lions J\° 117; la Synagogue; paysage au chasseur, à la tour (2 13); l'Obélisque; la chaumière entourée de planches; Jonghe (I — IV); Haaring jeune; Lutma; le peseur d'or; Six (II et III); la grande Mariée juive; femme en cheveux (I?); Griffonnage avec la petite tête de femme, J\° 375.
Une riche collection remarquable par la beauté des exemplaires qui la composent, a été formée par l'amateur et aquafortiste Seymour Haden, à Londres; on dit qu'elle a été vendue l'an dernier à un Américain, pour une très forte somme. On y voyait les premiers états de Rembrandt, №. 22; de l'Ecce Homo № 76; des trois croix, JYs 78; de Sr. Jérôme №. 104; du paysage à la tour, JYs 223 (I et II); de Lutma et de la Grande Mariée Juive; ainsi que des exemplaires de choix: du Moulin de Rembrandt, du Mardochée, de la Bohémienne et du Tombeau allégorique.
Dans la remarquable collection du docteur Stretter à Aix-la-Chapelle, j'ai vu un magnifique exemplaire du I état des trois chaumières; Médée: le bon Samaritain; les trois croix, la vieille mendiante, Faustus, Jonghe. La collection se compose de 220 pièces.
La collection de M. Mossolof, grand connaisseur des oeuvres de gravure et un des meilleurs graveurs des tableaux de Rembrandt, a été formée par le grand-père et par le père du propriétaire actuel, qui l'a encore considérablement augmenté; il a
collectionné en outre les eaux-fortes de Adr. Ostade, de Ruysdael, et d'autres maîtres hollandais, dans des épreuves de grand prix. — Sa collection des eaux-fortes de Rembrandt compte plus de 300 feuilles; on y trouve un choix des différents états des planches, ainsi que bon nombre de belles épreuves; les premiers états du Bon Samaritain, de Médée, de Jonghe (I et III), de Lutma, de la troisième tête orientale, de la tête de femme JMs 360, et d'autres feuilles de prix.
Je ne crois pas nécessaire d'énumérer les pièces rares de ma propre collection, forte de plus de 800 numéros. La plus grande partie en est reproduite dans mon Atlas. Pour le nombre des différents états d'une même planche elle ne le cède à aucune des grandes collections; il y a de plus beaucoup de pièces rares. Elle a été formée pendant plus de quarante ans, et particulièrement dans le temps, où les prix des estamps de Rembrandt étaient encore plus modérés. En 1883 j'ai fait l'acquisition de la collection qui a appartenue à feu M. Tomilof, et qui avait été formée avant 1770 et puis complétée jusqu'à 1813, par un certain Jean Suther. Ce Suther achetait ses épreuves principalement chez Basan à Paris, et notait au revers les prix d'achat. Je transcris quelques uns de ces prix, pour faire voir dans quelle mesure les prix ont monté depuis; Rembrandt au nez large, №4, — 12 francs (cette pièce manque au Musée Britannique); le tombeau allégorique 53 fr.; la Bohémienne 20 fr.; l'amour couché 60 fr.; la femme aux oignons (II) 40 fr.; vieux № 137 — 18 fr.; le moine dans le blé 42 fr. (épreuve extra, plus belle que celle de Didot, vendue 1.900 fr.); la femme au bain II — 21 fr.; la femme à la flèche II — 24 fr.; paysage №. 207 — 18 fr.; les trois arbres 72 fr.; la barrière blanche 20 fr. (plus belle que celle de Didot, vendue 3.000 fr.); Haaring vieux 54 fr.; Bonus II — 36 fr.; Jan Sylvius I — 75 fr.; le Grand Coppenol, IV, — 145 fr. Six III — 1300 fr.; livre espagnol, planche entière 74 fr. — J'avais reçu dans la même collection: 73, № 247 paysage aux palissades, 73, № 255 paysage non fini; Wilson 255, paysage aux deux pêcheurs, — ces trois paysages sont presque uniques. Leur prix n'est pas marqué par Suther *).
• *) Eu Russie des petites collections d'eaux-fortes de Rembrandt se trouvent chez des amateurs dont voici les noms: B. N. Tchitchérine (très belle épreuve du Persan), P. Th. Samarine, S. S. Chaïkevitch (ci-devant celle de Lihatchef; belle épreuve de la Petite Tombe), V. E. Ma-
Les collections anglaises nous sont connues seulement grâce à l'exposition spéciale des eauxfortes de Rembrandt, organiséen 1877 par les membres du Burlington-Club à Londres. Dix-neuf collectionneurs ont pris part à cette exposition. Ont exposé: Lord Holford — des feuilles de la plus grande rareté: Rembrandt № 7, non terminé (II ou III état); Rembrandt №. 23, la grande planche; Bonus I; le peintre JVs 192 premier état; la pièce de 100 florins I; Ecce Homo № 77; Ansloo; Haaring jeune; Linden; Asselyn; les trois croix, la mort de la Vierge — tous dans lel état; Six et Coppenol II. Paysages: №?. 217 au trois chaumières; № 218 à la tour; № 224 la grange; № 226 l'Obélisque; №. 236 le bateau — tous en I état. M. Brodhurst a exposé: le peseur d'or; Asselyn I; Ecce Homo en hauteur, France et le Grand Coppenol IL
Les collections du comte Esterhazi et des autres amateurs autrichiens et hongrois ne me sont pas connues.
Je crois utile d'insérer à cette place mes observations sur la meilleure manière de conserver les estampes. J'ai dit dans mon Dictionnaire des portraits gravés Russes (1889, IV, 601), que les estampes se conservent le mieux dans des portefeuilles ordinaires, pourvu que l'on ne mette pas un trop grand nombre de feuilles dans un même portefeuille et que l'on n'empile pas beaucoup de portefeuilles les uns sur les autres. Le plus commode est d'avoir tous les portefeuilles d'un même format, et de les remplir de feuilles de papier fort au même format, sur chacune desquelles on montera sur onglets une, deux ou quatre gravures. Les onglets doivent retenir les deux coins du haut des estampes, et un troisième onglet, au bas de l'estampe, la protégera contre le danger de se plier, quand on retourne les feuilles. Pour ce qui est des estampes de très grandes dimensions, on fera bien de les garder dans des portefeuilles à part.
kofski (qui l'a hérité de son père, collectionneur connu des gravures et l'un des fondateurs à Moscou de la classe de dessin d'après nature), P. P. Semenof et C. Vesselofski. — Les collections de l'agent militaire russe à Londres, M. Kamenski et du Comte Stroganof ne me sont connues que par ouï- dire. Les collections du comte Mamonof, de Maslof, de Korsakof, du prince Kassatkine, de Begitchef, de A. Novossiltzof se sont dispersées.
Les collections publiques en Russie — celle de l'Ermitage Impérial, de l'Académie des Beaux-Arts et du Musée Roumiantzef — ne sont pas riches en eaux-fortes de Rembrandt.
Les estampes montées de cette manière sur des feuilles de support en papier fort se conservent très bien des centaines d'années, comme l'ont prouvé les fameuses collections de Vienne — -de la Bibliothèque Impériale et de l'Albertina, ainsi que du Musée Britannique.
Je ne conseille pas surtout de garder des estampes dans des enfoncements que présentent des cartons découpés en clair-voie, selon la mode qui commence dans le dernier temps à se propager dans quelques pays. Les estampes montées sur des feuilles de support au moyen d'onglets, adhèrent exactement aux feuilles entre lesquelles elles se trouvent dans des portefeuilles, et sont par cela même protégées contre la poussière et contre le racoquillage; tandis que les estampes dans les clair-voies des cartons ne sont maintenues par rien dans leur état plan, et par suite de variations de température et d'humidité peuvent se racoquiller et se couvrent d'une poussière très tenue, qui immanquablement se faufile dans les interstices. Il est encore plus désastreux quand les estampes sont collées en plein sur des cartons dans les enfoncements en clair-voie (comme mesure de sûreté contre les voleurs), à plus forte raison, quand les cartons, employés comme feuilles de support, ne sont pas de la meilleure qualité. Par suite du chauffage des appartements, elles se déjettent, se racoquillent, et il peut se faire qu'une estampe de la valeur de 40 à 50 milles francs reçoive par suite de cette cause une déchirure et perde par là les trois quarts de son prix; sans parler que coller une estampe de prix en plein sur la feuille de support est un acte de barbarie, par la raison que de cette manière les marques et les signatures des collectionneurs - propriétaires au dos des estampes sont pour toujours cachées et toute trace du passage de l'estampe d'une collection à une autre disparait. — Ce système de conservation offre de plus un grand inconvénient pour le maniement de la collection: ainsi de trois volumes, où étaient rangées toutes les eaux-fortes de Rembrandt dans un musée, on en a fait jusqu'à 50 volumes!! Il est extrêmement regrettable que cette méthode, non justifiée par la pratique, commence à être adoptée par les Allemands et les Anglais, gens fort pratiques comme on sait.
Les collectionneurs-amateurs ont la coutume de marquer leurs estampes d'estampilles ou de signatures. Pour ce qui est des collections publiques, les estampilles sont indispensables bien qu'elles gâtent quelquefois les pièces, quand
elles sont apposées sur l'estampe même. Pour les collections privées il est bien préférable de se servir à cet effet d'estampilles sans couleur; mais il est encore plus prudent de marquer les estampes au revers d'un monogramme ou du nom entier du propriétaire tracé à l'enere de chine. C'est ainsi qu'en usaient les plus fameux collectionneurs de l'ancien temps, qui aimaient les objets d'art, prenaient soin d'eux et les ont conservé pour nous.
Note 3. Quels établissements ont participé à Vexécution de V Atlas du présent ouvrage.
Les photolithographies ont été exécutées à l'Expédition de la confection des papiers d'état, à St. Pétersbourg; elles n'ont été faites que d'après des feuilles moins importantes et douteuses.
Les phototypies d'après le Ecce Homo № 253 (de l'Atlas); les M 22, 260 et 681 de la Collection du roi Auguste II, et les №№ 149, 967 et 356 du Musée de Dresde — sont exécutées par M. Hoffmann. — ■ Toutes les phototypies imprimées sur papier jaunâtre sont de Frisch, à Berlin; une dixaine de phototypies sort des ateliers de W. Stein, à St. Pétersbourg.
Toutes les autres phototypies de l'Atlas sont de Schindler et Mei (Scherer et Nabholz), à Moscou.
A Paris, à Amsterdam, à Londres et à Vienne je n'ai pas trouvé d'établissement qui se fut chargé de l'exécution des phototypies; j'étais donc contraint d'y faire faire d'abord des photographies qui ont servi ensuite à la confection des phototypies, ce qui a considérablement augmenté le prix de revient de ces dernières.
Les photographies ont été faites pour moi à Paris par Sauvanaud, Rue Jacob, 45; à Amsterdam et à Harlem — par Wegner et Mottue, Rookin 1 38; à Vienne — par Angerer et Gôschl; à Londres — par le photographe du Musée Britannique.
A Berlin, à Londres et à Paris on a dans les Musées mêmes des ateliers particuliers pour des photographies à faire d'après les objets de ces Musées, ce qui offre un grand avantage. A Amsterdam il a fallu photographier dans une chambre ordinaire, ce qui a dû influer sur la netteté des épreuves; malgré cela M. Mottue, photographe s'est acquitté de sa tâche d'une manière tout à fait satisfaisante.
A Vienne j'ai eu la permission spéciale de faire exécuter les reproductions des estampes dans les ateliers de M. M. Angerer et Gôschl mêmes, où
elles étaient apportées par les Conservateurs des Estampes.
Note 4. La difficulté de ranger les eaux-fortes de Rembrandt dans Tordre chronologique.
Un moment je pensais à ranger dans mon Atlas les eaux-fortes de Rembrandt dans l'ordre chronologique, pour faire voir les diverses phases par lesquelles le génie créateur de l'artiste a passé; mais il s'est trouvé que la chose eut été presqu'impossible. Plus de la moitié des eaux-fortes du maître ne sont ni datées ni signées; il aurait donc fallu leur .assigner une date par conjecture en les comparant à celles, dont la date est connue; et faire pour cela beaucoup de recherches préalables, et en tout cas avoir ample provision de connaissances et même de hardiesse. Quelle circonspection est indispensable dans ces sortes de conjectures — on peut le voir par l'analyse qu'a faite M. Alfr. Wurzbach *) de l'essai de Vosmaer d'une liste chronologique des oeuvres de Rembrandt. M. Wurzbach ayant passé en revue quatre tableaux du maître, rapportés par Vosmaer à l'année 1628, a prouvé d'une manière irréfutable que sur ces quatre peintures il n'y a qu'une seule — le St.Siméon du Musée de La Haye — qui puisse être rangée dans l'année 1628. Quel nombre d'attributions aurait dû disparaître de cette liste chronologique! si on la soumettait à une critique aussi judicieuse et détaillée?
De plus, une semblable répartition des eauxfortes aurait offert, comme le fait très justement remarquer Ch. Blanc, un indescriptible désordre et un mélange embrouillé et désagréable de sujets fort divers; sans parler des difficultés qu'un catalogue chronologique offrirait aux personnes qui voudraient y trouver telle ou telle pièce.
Une première liste chronologique des eauxfortes datées de Rembrandt a été donnée par Wilson. — Vosmaer dans la première édition de son ouvrage: Rembrandt Harmens Van Ryn, sa vie et ses oeuvres, La Haye 1868, p. 411 — 500, a dressé pour toutes les peintures, dessins et eaux-fortes connus du maître un catalogue chronologique, qu'il a encore revu et corrigé dans la seconde édition de son excellent ouvrage, parue en 1877- En mai 1877 a eu lieu à Londres, dans la Galerie du Burlington Fine Arts Club, sur l'initiative de M. Francis Seymour-Haden, une remarquable exposition publique des eaux-fortes de Rembrandt
*) AUgem. (Ausgburger) Zeitung 1878, № 69—73.
tirées des plus riches collections privées: elles étaient rangées dans l'ordre chronologique d'après les indications de M. Haden, qui avait dressé à cette occasion un catalogue des pièces exposées. L'année d'ensuite (1878) a paru un catalogue semblable, mais plus détaillé et plus complet, qui a pour auteur un autre membre du même club, le révérend Charles Henry Middleton. Ces deux catalogues contiennent un grand nombre de recherches, mais l'époque de la publication des eauxfortes non datées a été déterminée pour la plupart à vue, uniquement d'après l'appréciation artistique.
Même pour l'étude de la marche graduelle et du développement successif du talent de Rembrandt un catalogue chronologique de ses oeuvres n'aurait pas pû être d'un grand secours. Il n'y a pas d'indices à tirer de ses eaux-fortes pour constater un semblable développement. Dès les premiers essais il atteint d'un bond les hauteurs auxquelles il s'est maintenu depuis, jusqu'à ses dernières productions de l'année 1661. Sa première planche, qui porte la date de 1628, le portrait de sa mère — la pièce nommée Vieille au beau caractère, B. 354, n'est pas d'un commençant, mais bien l'oeuvre d'un maître; on doit dire la même chose de deux têtes B. 309 et 311, de l'année 1631, du portrait de Rembrandt au manteau riche B. 7, de son portrait en ovale B. 23 (1634); de celui de Wtenbogardus (1635), des grandes planches des années 1636 et 1639 et ainsi de suite jusqu'à la mort de l'artiste.
Et puis si l'on tient à préciser les périodes de l'activité artistique de Rembrandt, on a amplement assez d'indications pour cela dans les eaux-fortes portant des dates.
La liste chronologique de Middleton est jointe au présent catalogue, dans la note 21. V. aussi la Préface.
Note 5. D'après Orlers (Beschryving van Leiden... 1641, p. 375) Rembrandt est né le 15 Juillet 1606, d'après Houbraken (Schouburgh, I. 254), le 15 Juin. Dans la déclaration de son mariage, enregistré le 10 Juin 1634 dans le Puiboek (livre de l'état civil) de la ville d'Amsterdam, Rembrandt déclara lui même être âgé de 26 ans. «Si Rembrandt (dit Mr. Vosmaer) est né le 15 Juin ou le 15 Juillet, et s'il avait 26 ans le 10 Juin 1634, il aurait eu 27 ans le 15 Juin ou le 15 Juillet de cette même année 1634. De 1634 ôtez 27, reste 1607, qui est l'année de
LU
la naissance de Rembrandt» (Rembrandt... La Haye 1877; VI).
Le nom Rembrandt n'est qu'un prénom assez fréquent au XVI et au XVII siècle; il est aussi écrit Rijnbrandt. D'après l'ancienne coutume Rembrandt prit le nom de son père Harmen, et se nomma: Rembrandt Harmenszon (fils de Harmen) van Rijn; il n'a jamais porté le nom de Paul (ibidem). Suivant la tradition commune, adoptée encore presque généralement, Rembrandt serait né dans un moulin à blé sité près du Rhin, entre Leiderclorp et Koudekerk. Pourtant, cette tradition a été solidement réfutée par M. W. J. C. Rammelman Elsevier, archiviste de Leide. Dans un mémoire publié par PAlgemeene kunsten letter-bode (Messager général des arts et des lettres) du 9 mai 1851, № 19, il a prouvé, par des titres authentiques déposés aux archives de la ville Leiden, que les père et mère et aïeux de Rembraudt ont demeuré constamment à Leide, dans la Weddesteeg (ruelle de l'Abreuvoir), près de la Wittepoort (porte Blanche), où ils habitaient un moulin à drèche, dont une moitié appartenait à eux, l'autre à Clément Lenaarts Ruys. En outre, il ne parait pas que ses parents aient jamais possédé un moulin près de Koudekerk, ni qu'ils y aient demeuré. Il est donc vraisemblable que Rembrandt est né non pas dans le moulin à blé, mais dans le moulin à drèche situé à Leide. (Rembrandt... Biirger, Paris 1866, p. 42).
Note 6. Le père de Rembrandt Harmensz est né en 1567; il épousa le 8 octobre 1589 la fille d'un boulanger, Neeltje Willemsdochter, de Zuidbroek et mourut vers 1633. De leur mariage étaient nés quatre fils et deux filles, qui sont nommés dans un registre de recensement à Leide commencé le 18 octobre 1622: Adriaan, Gerh. Machtelt, Sara, Willem, Rembrandt et Lisbet La mère de Rembrandt mourut en 1640 et fut enterrée le 14 Septembre. Dans son testament fait en 1634, il est fait mention, outre d'autres biens immeubles à Leide et un jardin de plaisance à Zoeterwoude, de deux moulins, le moulin susdit dans la Weddesteeg, près de la Wittepoort, et un moulin à blé, également mentionné plus haut, près du bâtiment à tailler les pierres de la ville, à côté de la Morschpoort, à Leide, lequel moulin à blé avait été acheté le 30 décembre 1630 par le frère de Rembrandt, — Gerrit van Rijn. En 1640, il ne survivait que quatre
enfants de Herman Gerritszoon van Rijn et de Neeltje Willemsdochter, de Zuidbroek, savoir: Adriaan, Willem, Rembrandt et Lijsbeth van Rijn, qui se partagèrent l'héritage paternel. Dans le partage de la succession, le 2 novembre 1640, la moitié du moulin à drèche fut assignée à Adriaan van Rijn. Cela se fit à condition qu'il rembourserait une somme de 3,875 florins, par rentes annuelles de 310 florins, à partir de la Toussaint (1-er novembre) 1640, et ainsi de suite jusqu'à l'acquittement de la somme entière, laquelle servirait à payer les charges et les dettes de la succession. Rembrandt eut dans ce partage de la succession, entre autres portions, une somme de 3,565 florins, dont Adriaan, outre ce qui a été mentionné plus haut, était encore redevable à la succession. Adriaan promit d'en acquitter le montant à son frère Rembrandt, par versements annuels de 300 florins, à partir de la Toussaint 1641. Rembrandt reçut à cet effet un titre hypothécaire. (W. Biirger, Rembrandt... Paris 1866; 45). Willem devint boulanger, comme le père de sa mère.
Dans les registres du deux centième denier de 1646, à Leide, lui et sa plus jeune soeur Lijsbeth sont indiqués comme pauvres, ce qui fait que leurs noms sont rayés dans le livre.
Note 7. (Orlers) Maître Cornelis de Bie (1661) ne dit rien de l'apprentissage de Rembrandt chez van Swanenburch; d'après lui c'est Joris van Schooten qui fut le maître de Rembrandt et de Lievens. Vosmaer n'admet pas ce témoignage de Cornelis, vu qu'il n'est pas confirmé ni par Orlers, ni par aucun autre auteur contemporain, et ne compte pas van Schooten parmi les maîtres de Rembrandt.
Jacob Isaacsz Swanenburch, parent de Rembrandt, est né à Leide vers 1580; élève de son père il alla se perfectionner à Naples où il épousa Marguerite Cordona; il retourna avec elle à Leide en 1617 et y mourut le 17 Octobre 1638. On a de lui une procession du St. Père à Rome, signée: «Giacome Swanenburch 1628» (Vosmaer 33).
Vosmaer fixe l'entrée de Rembrandt chez lui à sa 12-e ou 13-e année; il y passa de 1610 à 1623; à 15 ou 16 ans il était chez Lastman pendant 6 mois. Pieter Lastman, à Amsterdam, est plus connu, quoique le grand éloge qu'en afaitVondel paraisse quelque peu exagéré. Lastman avait visité l'Italie et s'était formé le goût par les admirables
Lin
productions de l'art qu'on trouve dans ce pays. Suivant Immerzeel, «son ordonnance était toute sculpturale, et ses groupes étaient habiles. Son dessin était correct et ses draperies étaient bien disposées. Il ne brillait pas par le coloris et il manquait ordinairement de grâce; mais dans les costumes, il était strictement fidèle à la vérité. Ses ouvrages sont rares». Houbraken dit qu'il en a entendu parler souvent avec beaucoup d'éloges, mais qu'il n'a pas eu occasion d'en voir beaucoup, et Descamps déclare, touchant Lastman: «Je puis dire seulement qu'il passe dans son pays pour avoir bien composé et bien peint».
On trouve au musée de Haarlem une Naissance, de Lastman, provenant de la Oude mannen Huis (Maison des Vieillards). Cette peinture, trèsrembranesque, est signée: Lastm., avec une date que le Catalogue inscrit 1629, mais que Burger crois être 1649, l'année même de la mort de Lastman, suivant quelques biographes; le troisième chiffre est d'ailleurs assez effacé. Le style et la couleur semblent prouver que le maître de Rembrandt avait subi l'influence de son élève, devenu le plus grand maître de la Hollande. Les peintures de Lastman dans la première période sont tout autres, et elles accusent au contraire l'influence italienne, par exemple les deux tableaux du musée de Berlin, dont l'un est daté 1608, et quelques autres tableaux des musées de l'Allemagne.
Dans la brochure sur Rembrandt, M. Vosmaer, étudiant les précurseurs qui ont contribué à former Rembrandt, signale l'influence de Lastman.
On pense aussi que Rembrandt eut pour initiateur dans l'art de la peinture Jacob Pinas à Haarlem. Probablement ce fut plutôt l'homonyme, Jan Pinas, qui avait visité l'Italie avec Lastman, et dont les oeuvres offraient les mêmes tons brunâtres, qu'on remarque dans la peinture de Rembrandt. On note aussi, parmi les maîtres de Rembrandt, Joris van Schooten, peintre distingué à Leide.
A l'hôtel de ville de Leide on voit plusieurs grandes peintures de Joris van Schooten. C'est un maître assez fort, d'un style tout hollandais, quand plusieurs de ses contemporains, à la façon de Lastman et de Jan Pinas, allaient encore se dénationaliser en Italie. Mais, entre la peinture de van Schooten et celle de Rembrandt on ne saurait, avec toute la bonne volonté, découvrir d'analogie directe. Ce qui n'empêche pas que Rembrandt ait pu travailler un instant chez ce maître, alors célèbre à Leide et qui traitait les sujets
civiques: assemblées d'arquebusiers, portraits de bourgmestres, etc. Jan Lijvens, aussi de Leide, a été élève de ce van Schooten, et c'est peut-être chez lui qu'il avait d'abord connu Rembrandt, avant d'aller chez Lastman, à Amsterdam, où il retrouva Rembrandt (W. Burger, 47, 48).
Note 8. Houbraken raporte l'anecdote suivante à propos du premier tableau de Rembrandt qu'il vendit 100 florins à La Haye: «Tandis que Rembrandt se perfectionnait journellement avec ardeur et avec amour dans la maison paternelle, i] recevait la visite d'amateurs qui lui indiquèrent enfin un habitant de La Haye, afin qu'il lui montrât et lui offrit une petite peinture qu'il venait d'achever. Sur cela, Rembrandt se rendit à pied à La Haye avec son oeuvre et la vendit cent florins. Merveilleusement satisfait, car il n'était pas habitué à avoir tant d'argent dans sa bourse, il désira retourner chez lui le plus tôt possible, pour faire partager à ses parents la joie qu'il en ressentait. Aller à pied était maintenant trop misérable; par la barque, c'était trop commun: il alla donc prendre place dans la voiture qui se rendait à Leide.
«On fit halte à la maison den Deil, et chacun descendit de la voiture pour se rafraîchir. Rembrandt, n'osant pas quitter son trésor, resta seul dans la voiture. Qu'arriva- t-il? A peine la mangeoire enlevée, tandis que le voiturier arrivait avec son monde, les chevaux s'emportèrent au galop et ne s'arrêtèrent qu'arrivés dans les murs de Leide> devant leur auberge accoutumée.... Rembrandt sort de la voiture et gagne la maison paternelle avec ses florins, fort content d'avoir été conduit à Leide pour rien, et plus vite qu'autrement». (Burger, p. 50).
Note 9. Sashia, femme de Rembrandt.
La première femme de Rembrandt, Saskia, née en 1612, était fille de Rombertus Uilenburg, docteur m utroque jure, de 1584 à 1597 bourgmestre de la ville de Leeuwarden, et à partir de cette dernière année conseiller à la cour de Frise jusqu'à sa mort, 1624; sa femme Sjukje Oesinga dont il a eu huit enfants, était morte le 17 juin 1619, quand Saskia n'avait que 17 ans et dut aller demeurer chez ses soeurs. Son mariage avec Rembrandt fut conclu le 22 juin 1634 par son cousin Jan Silvius (f 1638), dont les traits nous ont été conservés par l'artiste dans deux célèbres portraits B. 266 et 280.
Rembrandt fit la connaissance de Saskia un an avant le mariage : le Musée de Berlin possède un charmant portrait de Saskia dessiné par Rembrandt à la mine de plomb en juin 1633; elle est représentée avec un chapeau rond, tenant une fleur dans sa main, au-dessous l'inscription: Dit is naer mijn huijsvrouw geconterfeit do sij 21 jaer oud ivas den derden dach als tvij getroudt ivaeren de 8 junijus 1633».
On a une grande quantité de portraits peints et dessinés de Saskia; du nombre de ceux qu'il a gravés notons surtout ceux qui sont catalogués sous les M 19, 365 et 367; il faut y ajouter encore les №№ 340, 342 et 347. On présume qu'elle a servi encore comme modèle pour les femmes nues que l'on voit clans quelques tableaux de Rembrandt. Bode penche à croire que c'est elle qui a posé pour la Danae de l'Ermitage (ou d'après le commentaire du même — la femme de Tobie dans l'attente de son époux). Quant à moi je n'ai jamais pu découvrir la moindre ressemblance entre Saskia et les femmes dévêtues de Rembrandt.
Note 10. Hendrickie Stoffels.
M. Bode prétend que le beau portrait de femme qui est au salon carré du Louvre, représente Hendrickie, qui a servi de modèle pour la Bethsabée de la galerie Lacaze (1654) et la baigneuse de la Galerie Nationale de Londres. Le même auteur fait la remarque que cette Bethsabée peut soutenir la comparaison avec les plus beaux ouvrages du Corrège, de Titien, de Giorgione, ces grands maîtres pour la peinture du corps féminin. La baigneuse, au témoignage de M. Michel, est «une simple étude dont le réalisme parait tout moderne et qui pourrait être signée du nom de Millet» (Emil Michel, Rembrandt. Paris 1886, p. 78). On ne saurait taxer d'exagération ces jugements portés par deux connaisseurs de notre temps, bien que la manière dont Rembrandt traitait le nud était bien à lui et n'est pas facilement comparable à celle des maîtres italiens. Si la conjecture de M. Bode au sujet du portrait du Louvre porte juste, ce serait alors Hendrickie que représentent les femmes nues des № 198, 199, 201 (1658), et 203 (1659). Les autres eaux-fortes des femmes dévêtues des JY°JY° 197, 200 (1658), 205 et surtout des gracieuses figures des №№ 202 et 204 semblent avoir été faites d'après un autre modèle, de formes plus fraîches que les charmes de Hendrickie qui était alors âgée de plus de 35 ans et avait fait
plusieurs couches; n'y a-t-il pas là traces d'une autre femme de Rembrandt — de Catharina Wijck?
Encore une question: qui a pu servir de modèle pour la pièce Ledikant, B. 186, gravée en 1646? Le visage de la femme rappelle beaucoup le portrait du Louvre de Hendrickie Stoffels. S'il en est ainsi, sa liaison avec Rembrandt a dû commencer déjà en 1646.
Houbraken avait confondu Hendrickie avec Saskia, et dit que la première femme de Rembrandt était une paysanne native de Rarep, ou Ransdorp.
Note 11. Causes de l'insolvabilité de Bembrandt.
Smith prétend que Rembrandt confiait son argent aux Juifs, à Ben-Israel et à Ephraim Bonus, pour leurs recherches alchimiques; mais rien ne prouve que ces deux personnages se soient livrés à l'alchimie. On glosait qu'une fille de Bonus aurait été la maîtresse de l'artiste dans les années 1647 — 1650. Mais il vivait maritalement avec Hendrickie depuis 1647, ou même depuis 1646 et jusqu'en 1662, et après il était marié à Catharina Wijck. Certainement il avait besoin d'argent pour assurer l'existence de Hendrickie, mais il est peu vraisemblable que les déboursés qu'il aurait pu faire pour cela, l'auraient complètement ruiné. Il est plus probable que son désastre fut la conséquence de la stagnation générale dans les affaires du temps, et ainsi que d'un revirement du goût du public, ayant amené une diminution du nombre des amateurs pour les ouvrages de Rembrandt; les commandes même des travaux publics, comme par exemple à l'occasion de l'arrivée de la reine Henriette-Marie, étaient faits non à lui, mais à ses élèves d'hier, à F. Bol, à Lievens; même le poète Vondel comble de louanges les tableaux de Vliet pour la raison qu'ils sont peints dans des tons clairs, et non pas dans la manière «des fils des ténèbres, comme uu hibou aimant la nuit», — allusion très claire aux tableaux de Rembrandt.
Dans les années de sa vogue Rembrandt était payé à raison de 600 florins pour ses portraits et ses tableaux de petites dimensions, et plus tard personne ne voulait lui donner la dixième partie de ce prix.
La somme dérisoire réalisée par la vente du mobilier de Rembrandt et de ses collections artistiques qui aurait produit dans notre temps des millions, s'explique par les circonstances de-
sastreuses dont avait à souffrir la Hollande dans ce temps. Après la mort de Charles I elle a déclaré la guerre à Cromwel, mais était bientôt réduite à demander la paix; la fin de 1653 a vu Amsterdam se dépeupler; plus de 3,000 maisons restaient inoccupées. Le marché artistique a subi en même temps une crise: il était inondé de tableaux et de dessins d'artistes italiens, qui ont attiré à eux les amateurs, devenus moins passionnés pour les ouvrages de Rembrandt et celui-ci ne voulait pour rien au monde changer sa méthode, pour se conformer au goût changeant du public. Enfin ce qui a aussi contribué à le mettre dans la gêne, c'était sa passion de collectionneur, qui ne connaissait pas de bornes, et qui lui faisait payer des sommes folles pour des marbres, des dessins, des gravures et toutes sortes de curiosités.
Note 12. Le procès de Rembrandt avec ses créanciers.
Les pièces de ce procès, publiés en 1885 dans le journal hollandais Oud Holland par M. Bredius et de Rouver, jettent un jour nouveau sur diverses circonstances de la vie de Rembrandt. Ses adversaires attaquaient la validité de l'inventaire, dressé par Rembrandt, de la fortune de sa femme défunte (Saskia); par suite de cela ont été de 1658 à 1662 cités divers témoins qui devaient faire leurs dépositions sur l'état de fortune de l'artiste au moment de la mort de sa femme. Rien que les noms de ces témoins, pour la plupart amis intimes de l'artiste, éveillent déjà notre intérêt. Le bijoutier Jan van Loo et sa femme déclarent que Rembrandt, au moment de la mort de Saskia, possédait en fait d'objets d'orfèvrerie: un double collier de perles et un bracelet assorti, deux grandes perles, une bague avec diamants, une paire de boucles d'oreille en diamants, deux cuillers d'argent, deux bracelets avec émaille, un livre de prière dans une réliure d'un travail d'orfèvre etc. Philipp Koning, élève de Rembrandt, a déclaré que sept ans auparavant il lui a acheté une rivière de perles. Lodewyk van Ludick et Adrian de Baes déposent, en qualité d'amateurs et de marchands en objets d'art, amis intimes de Rembrandt à cette époque, que de 1640 à 1650 l'artiste avait chez lui pour 11,000 florins d'eaux-fortes, d'estampes, de raretés, antiquités, médailles et plantes maritimes, et que sa collection de tableaux représentait dans ce temps une valeur de 6.400 florins.— Un marchand de lin Jan Pieters dépose que Rembrandt l'a portraituré dans le
grand tableau des arquebusiers {Bonde de nuit) et qu'il a reçu pour chaque figure, en moyenne, 1 00 florins, quelques fois plus, quelques fois moins, selon la place qu'occupe chaque personnage clans le tableau. La même chose a été confirmée par un autre témoin, qui a ajouté que la valeur du fameux tableau est de 1600 florins. Des déclarations faites par le marchand Adrien Bank nous apprennent qu'en 1647 Rembrandt avait reçu de lui 500 florins pour un tableau représentant Susanne; c'est certainement celui qui est actuellement dans la Galerie de Berlin et qui est daté de cette année. Qu'une pareille somme lui a été payée pour un portrait ou pour un tableau, par André de-Greffa, ceci découle de la déposition du beau-frère de Rembrandt, Hendrick Uilenburg. — Le Directeur de la Compagnie des Indes, Abraham Wilmerdonks déclare qu'en 1642 Rembrandt avait peint son portrait et celui de sa femme pour 500 florins, plus 60 fl. pour toiles et cadres. Enfin nous apprenons par la déclaration du dit van Ludick, que Rembrandt avait chez lui un tableau de Rubens représentant Héro et Léandre, et le lui a vendu en 1644 pour 530 florins.
Note 13. En 1664 Rembrandt, après avoir quitté le Rozegracht, alla demeurer quelque temps à Lauriengracht, mais en 1666 revint habiter le Rozegracht et y est mort. Vosmaer y est allé exprès pour rechercher la maison, dans laquelle Rembrandt a passé les dernières années de sa vie, et donne dans son ouvrage un intéressant récit des investigations qu'il y a faites. «Un jour», dit M. Vosmaer, «j'allai à la recherche au Rozegracht pour voir encore s'il ne restait plus de trace de la dernière demeure de Rembrandt, qui ne paraissait plus être connue. En face de l'emplacement où s'est trouvé le vieux Doolhof, au côté nord, je remarquai deux façades de vieux style portant des écussons, avec la date de 1652. Or c'est vers 1656 que Rembrandt s'établit sur ce quai. Au rez-de-chaussée d'une de ces maisons, se trouve l'atelier de M. Stracké, statuaire. Dès que j'entrai et regardai autour de moi, une vive ressemblance me frappa. Rembrandt a fait un croquis d'un vestibule, probablement dans sa maison. La vue est prise d'une chambre attenante où au coin à gauche se trouve une presse, à droite quelques marches d'un escalier. A travers la porte, on voit le vestibule, deux fenêtres et une porte ouverte par lesquelles on aperçoit le feuillage d'un arbre, un quai et les
façades du côté opposé du canal. Voilà bien le même lieu que celui où je me trouvais! M. Stracké eut la bienveillance de me montrer toute la maison dont l'état actuel permet de saisir celui d'autrefois. Le plancher, qui séparait les caves du premier étage, a disparu, mais on voit encore les consoles des poutres. Au second étage, deux chambres; celle qui donne sur le quai avait eu une belle cheminée et les murs sont encore garnis de plaques en faïence coloriée, recouvertes aujourd'hui d'un papier moderne. L'autre appartement qui a bien pu se prêter comme atelier de peintre, a trois fenêtres sur le nord. Le propiétaire a assuré au locataire actuel que la maison fut autrefois tellement garnie de marbre que la valeur des dépouilles en avait dépassé le prix d'achat de la maison. Même une ruelle, conduisant aux parties attenantes de la maison, en était pavée, et aujourd'hui encore, le dallage de la cuisine est en marbre de Carrare! On voit que la maison, nouvellement construite alors n'avait pas l'apparence d'une pauvre retraite».
Voila donc apparemment la demeure où le vieil artiste a passé ses derniers jours et où sont encore éclos tant de chefs-d'oeuvres!»
Note 14. Inventaire de Rembrandt. Extrait du Registre des Inventaires (R, anno 1656) de la Chambre des Insolvables de la ville d'Amsterdam (p. 29—39).
Inventaire des peintures, ainsi que des meubles et ustensiles de ménage (meubelen en de huijsraet), appartenant à Rembrandt van Rijn, demeurant dans la Breestraet, près de l'écluse Sint-Antonis. *)
*) «Cet inventaire fut publié, pour la première fois, je pense, — en anglais, — par M. Nieuwenhuis, dans son livre intitulé: A Beview of the lives and works of some of the most eminent painters, etc. London, 1834; puis, par Smith, toujours en anglais, dans son volume sur Rembrandt, t. VII de son Catalogue raisonné, etc. London, 1836. Immerzeel dans son Eloge de Rembrandt (Lofrede op Rembrandt), Amsterdam, 1841, donne le texte hollandais. C'est à Charles Blanc qu'on doit la première traduction française, publiée d'abord, en 1853, dans son grand ouvrage in-f°, VOEuvre de Rembrandt reproduit par la photographie, etc.; puis, en 1859, dans ses deux volumes in-8°, publiés chez Gide. Ces trois versions, en hollandais, en anglais et en français, diffèrent en plusieurs endroits, soit qu'on n'ait pas bien lu le texte, soit qu'on ne l'ait pas bien traduit. Le savant archiviste d'Amsterdam, M. Scheltema, a repris et étudié l'original, d'après lequel nous avons fait et vérifié
Dans le vestibule.
1. Un petit tableau de Ad. Brouwer, représentant un Pâtissier (een KoeTcebacker).