V. Propagande des Sociétés pacifistes
Texte des résolutions des Congrès.
Le Bureau international a publié à deux reprises les textes français, allemand et anglais des résolutions des Congrès de la Paix, classées par ordre analytique. Cette collection a rendu déjà de notables services en prévenant parfois des répétitions d’un Congrès à l’autre. Il va maintenant plus loin en montrant aux Sociétés de la Paix dans les divers pays ce qui a été fait ailleurs pour l’exécution des décisions relatives à la propagande, et nous espérons que ces exemples seront un excellent stimulant pour ceux des groupes auxquels les circonstances n’ont pas permis jusqu’ici de donner tout le développement désirable à telle ou telle partie de leur programme.
Projections lumineuses.
L’intérêt que l’auditoire porte aux explications des conférenciers rendues plus tangibles par les tableaux lumineux est incontestable. Aussi le 11e Congrès (Monaco) a-t-il décidé à ce propos „qu’un catalogue complet des vues, graphiques, tableaux destinés à être présentés en projections dans des conférences devrait être dressé. Ces épreuves seraient déposées chez un photographe, qui pourrait, selon demande, les fournir aux intéressés à des prix très réduits. On mettrait aussi à la disposition des conférenciers ces projections si utiles à la démonstration et à la conviction."
Le catalogue en question a été dressé, puis envoyé aux Sociétés de la Paix, invitées à le compléter, et maintenant le service de là vente et du prêt des verres à projections est partagé entre le Bureau international de la Paix à Berne pour la partie administrative et la Société de la Paix par le Droit, à Nîmes, pour la partie technique.
Manifestations du 22 février et du 18 mai.
Une initiative prise en 1896 par M. Félix Moscheles et approuvée par les 7° et 8e Congrès a fourni à chaque groupe de la Paix l’occasion d’organiser, toutes les
années, une assemblée publique avec manifestation collective. Nous voulons parler des assemblées du 22 février, qui ont donné de bons résultats et ont été généralement bien fréquentées.
Il en a été de même des réunions du 18 mai, organisées par les Sociétés pour célébrer l’anniversaire de la réunion de la Conférence intergouvemementale à La Haye en 1899, comme un premier symbole réalisé faisant comprendre la liaison intime qui existe entre le Tribunal d’arbitrage international et le mouvement pacifique.
Propagande par l’Ecole.
Le Bureau international de la Paix a communiqué, sous la date du 12 mai 1892, le texte, en quatre langues, des desiderata des trois premiers Congrès:
1° Aux Instituteurs et Institutrices avec un appel à leurs bons sentiments l’égard de cette jeunesse qu'ils aiment et qu’ils désirent voir marcher par leurs soins vers l’avenir de concorde et de paix dont ils lui auront fait entrevoir l’aurore“ ;
2° aux Ministres de l’Instruction publique de 23 Etats, (instante recommandation et prière de faire examiner ces diverses questions avec tout le soin qu’elles méritent);
3° à la Jeunesse universitaire ;
4° aux Sociétés de la Paix.
En même temps, le Bureau international de la Paix était chargé „de rédiger, à l’usage des Sociétés de la Paix de tous les pays , un appel aux instituteurs chargés de V enseignement de l’histoire, afin de leur faire comprendre d’une manière succincte , mais instante, quelle peut être l’influence de cet enseignement sur V éducation de la jeunesse au point de vue des idées de tolérance et d’humanité , et de les engager à agir dans cet esprit bienfaisant et humanitaire sur les jeunes gens qui leur sont confiés, à propos de l’enseignement de l’histoire.11
Cet appel a été rédigé par le Bureau et transmis, le 25 décembre 1896, puis le 10 novembre 1897, aux Sociétés de la Paix, avec prière de le traduire dans leur langue et de le répandre le plus possible parmi les maîtres d’histoire et les directeurs d’écoles de leur pays. Il a été reproduit dans un grand nombre de revues pédagogiques en 1897 et 1898.
S’adressant aux étudiants eux-mêmes, le 3* Congrès leur a recommandé d’entretenir parmi eux l’esprit de respect et d’amitié envers les nations étrangères; — de travailler pour le triomphe des principes de la Paix; — de fonder et de multiplier dans leur sein des associations nouvelles pour la Paix ; — enfin d’organiser une réunion et une fête de fraternité universitaire annuellement et successivement aux divers sièges des grandes Universités.
Un appel chaleureux dans ce sens a été adressé le 12 mai 1892 par la Commission du Bureau international de la Paix à la Jeunesse universitaire. A notre connaissance, cet appel a eu pour résultat direct la création de Sociétés universitaires de la Paix à Zurich, à Vienne et à Insbruck.
En octobre de la même année, le Bureau a envoyé une circulaire aux Universités relativement aux moyens de développer l’unité et la concorde internationales par la vie et l’enseignement universitaires.
Cette circulaire, due à la collaboration intelligente et dévouée de M. Hodgson Pratt, posait trois questions principales, reproduisant les recommandations expresses du 3° Congrès.
Dix-sep t réponses sont parvenues des Universités de Baltimore, de Cambridge (Etats-Unis d’Amérique), d’Oxford et de Cambridge (Angleterre), de Prague, de Paris, de Caen, de G-iessen, de Gôttingen, de Berlin, de Leyde, d’Amsterdam, de Pavie, de Moscou, de Bâle, de Genève et de Grôtheborg.
Elles ont été portées à la connaissance de toutes les Universités par une nouvelle circulaire, datée du 31 mai 1893, à laquelle étaient jointes quatre annexes, savoir: 1° un rapport sommaire sur les questions et les réponses; 2° un extrait des 17 réponses; 3° une copie de la circulaire d’octobre 1892; 4° le mémoire présenté par M. Hodgson Pratt au 3° Congrès à l’appui de l’idée d’une conférence internationale et annuelle entre les membres des diverses Universités.
Le 10° Congrès (Glasgow 1901) a repris et commenté l’idée de V offre de prix aux enfants et aux jeunes gens dans les écoles, les collèges publics et les écoles privées, pour des travaux ayant trait à la guestion de la Paix ou à tout autre sujet dont le but direct ou indirect est la création de relations équitables et amicales entre les diverses races et les diverses nations.
Un appel dans ce sens, avec des explications complémentaires, a été adressé à 90 journaux pédagogiques.
Enfin le 11° Congrès (Monaco 1902) a rappelé dans les termes suivants les recommandations précédentes :
vLa propagande pacifique doit porter principalement sur V enseignement primaire] dans les écoles primaires, on doit enseigner à V enfant le respect de la vie humaine; des livres, des tableaux , des graphiques doivent être répandus dans les écoles, pour faire comprendre V absurdité économique et l’insanité morale de la guerre; l’apologie des conquérants et des guerres de conquête doit être remplacée par V apologie des grands bienfaiteurs et l’histoire des progrès de l’esprit humain.11
Propagande par les Associations ouvrières.
Les premiers Congrès universels de la Paix, de Paris en 1889 et de Londres en 1890, ont introduit dans leurs déclarations de principes diverses dispositions qui se rapportent aux intérêts économiques et sociaux du peuple. Ils ont exprimé le vœu que les Parlements et les Gouvernements fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour :
1° Etablir une plus équitable répartition des produits du travail;
2° Abolir les barrières douanières entre les nations;
3° Résoudre par le moyen de l’arbitrage tous les conflits sociaux, soit entre ouvriers de différentes nations ou de la même nationalité, soit entre patrons et ouvriers.
Au Congrès d’Anvers, en 1894, une discussion importante s’est élevée au sein de la Commission de propagande, sur la question de savoir s’il y avait lieu d’engager les Sociétés de la Paix à faire appel à la coopération des Associations ouvrières. Cette discussion s’est terminée par l’adoption des résolutions suivantes:
„Le Congrès, considérant que les charges de la guerre et de la lutte armée pèsent le plus lourdement sur les classes ouvrières, qui ont à supporter la plus large part des impôts et qui souffrent le plus du service militaire obligatoire, et tenant compte, d’autre part, de l’énorme et grandissante influence exercée par les organisations ouvrières,
1° Insiste auprès des Sociétés de la Paix sur l’importance qu’il y a d’assurer l’active participation de ces associations au mouvement en faveur de la Paix ;
2° Charge le Bureau international de la Paix de former un Comité spécial qui indiquera au prochain Congrès les moyens de faciliter aux Associations ou-
vrières leur participation à l’œuvre pacifique des Sociétés de la Paix et d’assurer leur représentation aux Congrès de la Paix;
3° Emet le vœu que des appels soient faits autant que possible dans ce sens aux Syndicats et aux Sociétés ouvrières, soit par la voie de la presse, soit par des circulaires."
Une nouvelle direction a été donnée au mouvement de la Paix dans ses relations avec les Associations ouvrières par le Congrès de Glasgow en 1901.
Le Congrès a entendu un rapport de M. J. Prudhommeaux, Secrétaire de l’Association de la Paix par le Droit, sur „les causes économiques des guerres modernes et sur la coopération considérée comme agent de la pacification internationale D’autre part, M. J. Novicow a présenté au Congrès un rapport sur ,,1’orientation à donner au mouvement pacifique pour accroître son efficacité", en indiquant la voie, à suivre par les pacifistes pour amener à eux les grandes masses. Le Congrès, après avoir entendu ces deux rapports, a voté les résolutions suivantes:
I. Le Congrès donne mission au Bureau de Berne de constituer une Commission technique choisie parmi les économistes pacifiques et chargée de mettre chaque année en lumière un des aspects économiques ou sociaux du problème international.
II. Le Congrès invite les amis de la Paix à favoriser, dans leurs pays respectifs, la coopération par tous les moyens en leur pouvoir. Il donne mandat au Bureau de Berne de transmettre cette décision aux divers Congrès coopératifs nationaux et internationaux.
Le Bureau s’est acquitté de cette double mission.
L’année suivante, à Monaco, le 11e Congrès avait chargé le Bureau international de la Paix de transmettre ses félicitations au Bureau socialiste international à Bruxelles, qui venait d’exprimer hautement son adhésion aux principes du parti pacifique.
Le Bureau de Berne a transmis immédiatement les félicitations du Congrès à Bruxelles et il s’est en outre acquitté de sa mission:
1° Par l’envoi d’une circulaire à toutes les Sociétés de la Paix pour leur rappeler les décisions du Congrès;
2° Par l’envoi d’une circulaire aux principales Associations ouvrières des différents pays. Cette publication a été faite en français, en allemand et en anglais.
En suite de cette initiative, le Congrès de l’Alliance internationale des Sociétés coopératives, réuni à Manchester en juillet 1902, a recommandé aux coopérateurs d’entrer en relations avec le Bureau de la Paix et de travailler avec lui à l’avènement de la Paix universelle, et ces résolutions ont entraîné l’adhésion officielle de l’Alliance coopérative internationale au Bureau de la Paix.
A cette occasion, le Bureau s’est mis en communication avec des Associations ouvrières dans les différents pays, telles que l’Union coopérative et la Fédération centrale des Trades-Unions de la Grande-Bretagne, afin de s’assurer jusqu’à quel point il serait possible d’entretenir des relations officielles entre elles et le Bureau.
Au nombre des associations ouvrières qui ont répondu favorablement à la démarche faite auprès d’elles, nous devons mentionner le Congrès coopératif régional de .Nîmes, qui a remercié le Bureau de cette communication en affirmant que toutes les sympathies des coopérateurs sont acquises à l’œuvre de la pacification entre les peuples par la solution juridique des conflits internationaux.
Propagande par les Sociétés de dames.
Vers le milieu du siècle dernier, l’Américain Elihu Burritt parcourait l’Amérique et l’Europe en prêchant partout la doctrine pacifique. Il fonda la ;,League of Uni-
versai Brotherhood" et les „01ive Leaf Circles", Sociétés de dames qui propageaient les principes de la Ligue et s’efforçaient de faire pénétrer les idées pacifiques dans les milieux féminins. Pendant un certain temps, la Société fondée par lui comptait 150 sections, entre autres une à Hambourg qui avait publié un „Appel à toutes les femmes et les demoiselles d’Allemagne".
De 1886 à 1890 on trouve mentionnées une douzaine de Sociétés pacifistes de dames, dont un certain nombre existent encore et se sont développées.
Dès l’année 1889 l’œuvre de la femme en faveur de la Paix a été introduite comme sujet de discussion dans les Congrès pacifistes. A Londres, cette question a fait l’objet de la résolution suivante:
„Le Congrès, eu égard à l’énorme influence morale et sociale de la femme, engage chaque femme comme épouse, mère, sœur, citoyenne, à encourager tout ce qui tend à assurer la paix; car sinon, elle encourt une grande responsabilité dans la continuation de l’état de guerre et de militarisme qui non seulement désole, mais aussi corrompt la vie des nations. Afin de concentrer et d’appliquer cette influence d’une manière pratique, le Congrès engage les femmes à se joindre aux Sociétés pour la propagation de la paix internationale."
Le Congrès de Borne, en 1891, s’est exprimé comme suit:
„Le Congrès invite la Présidence à vouloir bien faire appel aux Comités des dames de la Croix rouge et des sociétés similaires, par l’entremise des présidences des Sociétés de tous les Etats où ils existent, afin qu’elles tâchent de créer d’autres Comités de dames de l’Association de la Paix universelle sur la base de ceux déjà établis."
Au Congrès d’Anvers, en 1894, la résolution suivante a été prise à l’unanimité:
„Le Congrès émet le vœu de voir les partisans de la cause pacifique travailler à l’amélioration du sort des femmes; invite les femmes de chaque nation soit à se faire inscrire dans les Ligues pour la Paix, soit à constituer des branches auxiliaires de ces Ligues sur le modèle anglais ; engage le million d’institutrices du monde et les mères de famille à user de leur influence pour contribuer à extirper dahs l’enfance les sentiments brutaux et grossiers et à combattre de toute leur puissance les manifestations diverses de l’esprit guerrier dans les jeux, dans les récréations, les leçons et les livres."
Ces diverses manifestations ont porté leurs fruits, car l’œuvre pacifiste est devenue très populaire dans les cercles féminins, comme le prouve entre autres la propagande en faveur de la Paix faite à l’occasion de la guerre du Transvaal par les femmes de tous les pays.