NICOLAS DE BONNEVILLE
Dans ce livre commencent à s'affirmer les tendances littéraires de Bonneville. On devine le révolté. Il défend Quinault contre Boileau, Shakespeare contre Voltaire :
Le poète divin, l'homme de tous les temps Shakspear dormait en paix, assis sur ses trophées, Joyeuses près de lui dansaient toutes ses fées Et sa grande âme errait dans ses pensers riants.
Il se lie avec Le Brigant, linguiste Bas-Breton qui cherchait la langue primitive dans sa patrie ; s'associe avec Friedel pour la traduction d'un choix de pièces du théâtre allemand; concourt, paraît-il, à la traduction du théâtre de Shakespeare par Letourneur — Voltaire l'ignorait — et, pour Lureau de Boisjermain tout à ses cours de langue anglaise et italienne écrit une version interlinéaire anglaise de Télémaque. Il part ensuite pour Londres (1786), se trouve à la Mère-Loge lorsque le duc de Cumberland y annonce que le prince de Galles vient de recevoir les premiers grades de la maçonnerie, commence une Histoire de V Europe laoderne, d'après le travail de M. Russell. La révolution éclate. Il revient à Paris et s'unit à l'abbé Fauchet pour la publication du journal La Bouche de Fer.
Ce fut quelque temps après les massacres de Septembre que Nicolas de Bonneville se souvint de Shakespeare et qu'il le recommanda. L'attention était autre part, et puis, il faut bien le dire. Bonne-
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ville entretenait un état d'esprit touchant parfois au délire. Il a écrit sur les nuits de Septembre des vers où ce délire éclate à chaque strophe. Dans un de ces moments d'extase il évoque Shakespeare en termes bizarres. Après avoir déploré les actes des révolutionnaires qui « ont assassiné la liberté publique », il passe au Chant IX :
Que veux-tu donc, Septembre, est-ce un ordre inhumain? Lave du moins le sang qui couvre cette main.
UNE VOIX, qui sort des tombeaux sous les pieds de l'assassin.
La mer, toutes ses eaux, les parfums de TAsie Ne blanchiront jamais.