‹ L'œuvre shakespearienne, son histoireChapitre 41 sur 92 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Retour en France. — La Révolution néglige Shakespeare. — Nicolas de Bonnevillc. — Mme de Staël. — De la littérature. — La poésie d'imagination. — Chênedollé. — M. de Fontanes et Chateaubriand. — Naissance du romantisme en France. — Un article du Mercure de France. — Johnson et Chateaubriand. — Inconstance des genres et des règles. — Conversion de Chateaubriand. — Les Mélanges littéraires. — Essai sur la littérature étrangère. ~ La lunette classique. — Les pieds d'un colosse dans des sabots chinois. — Le caractère dominant de Shakespeare. — Une observation de Diderot. — Les Mémoires (V outre-tombe .

— Chateaubriand élève un monument à Shakespeare. — Guillaume Guizot, de Barante et Amédée Pichot, continuateurs de Letourneur. — Essai sur la vie et les œuvres de Shakespeare. — Les Mélanges littéraires de M. de Barante.

— Othello sifflé. — Stendhal. — Racine et Shakespeare — Victor Hugo. — Odes et Ballades. — Les Contradictions de Victor Hugo. — Sa peur de Shakespeare. — La préface de Crom.well.

Revenons en France. Nous sommes sur la limite séparant le dix-huitième siècle du dix-neuvième. Montesquieu, Voltaire, Jean-Jacques, d'Alembert,

Diderot, Buffon ne sont plus. La révolution éclate, qui creusera un abîme entre les deux siècles. Le temps appartient à la parole plutôt qu'à la plume, la génération de Mirabeau et de Vergniaud pérore et. écrit peu. Par-ci, par-là, quelques pièces déclamatoires, comme celles de Lemercier et de Marie- Joseph Chénier, ou visant à la satire aiguisée par Picard.

Il semble qu'à cette époque de pseudo-régénération Shakespeare aurait dû tenir une place. Ne fut-il pas un grand révolutionnaire? Un seul homme évoquera son souvenir, Nicolas de Bonneville. Type curieux et laissé dans l'ombre même par ceux qui ont suivi de près la période en question. Il naquit le 13 mars 1760. à Évreux. A la fin de sa première année de philosophie, Bonnevilte, entendant son professeur soutenir que J.-J. Rousseau défend de prier, se lève de son banc pour revenir aussitôt avec V Emile dont il lit un passage commençant par ces mots : <( Faites vos prières courtes suivant l'instruction de Jésus-Christ. » Il quitte le collège, achève ses études à Paris, trouve un aide dans d'Alembert, se passionne pour Chatterton dont il écrit la biographie après être entré en correspondance avec Horace Walpole, biographie à laquelle succèdent un Choix de petits romans traduits de l'allemand qu'il dédie à la reine, puis un volume intitulé ; Essais, fictions morales et poésies, également mis sous la protection de Marie-Antoinette.

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