L AFRICAINE
partition la mieux orchestrée de Meyerbeer; on y relève même quelques dessins d'orchestre indépendants, m^is rarinantes. Il est juste, toutefois, de siiïnaler ce fait.
L INSTRCMEiSTATION DE MEYERBEER. — CONCLUSION
i|[j est iiicontcstaMc qu'à rencontre des compositeurs dramatiques de sou époque, Meyerbeer donna dans ses œuvres une place plus importante à l'orchestre. Néanmoins, combien son instrumentation est encore défectueuse avec ses sonorités brutales, ses cuivres marquant les temps d'une façon obstinée, ses coups de grosse caisse, ou bien avec ses platitudes et ses pauvretés ! Chez Meyerbeer, il y a toujours trop ou trop peu. Le sens de la mesure, du juste milieu, lui fait absolument défaut Son orchestre manque à la fois de fondu et de relief ; il nous rappelle la plupart du temps les enluminures criardes d'une image d'Epinal.
Un an à peine sépare l'apparition de Lohenrjrin de celle du Prophète. L'abîme qu'il y a entre ces deux partitions, écloses à la même époque, n'en est pas moins immense. Remarquez combien l'instrumentation de Meyerbeer paraît veule et chétive à côté de celle de Wagner !
(JS l'œuvre théâtral de meyerbeer
Nous devons reconnaître pourtant que dans ses deux derniers ouvrages et dans le quatrième acte des Huguenots, il y a des pages excellemment orchestrées. On doit enfin à Mej'erbeer l'introduction dans l'instrumentation des opéras de la clarinette liasse. Il avait, semble-t-ii, ini faible pour cet instrument d'une si grande expression et il s'en servit plusieurs fois avec bonheur.
Nous voici arrivé enfin au bout de iioti'e lâche, quelque peu écœuré par la lecture attentive qu'il nous a fallu refaire de ces sept partitions, à nous familières pourtant depuis notre première jeunesse. Nous les avons étudiées avec le plus de soin, le plus d'indépendance possible, en mettant absolument de côté les préférences d'école et en ne nous basant, pour porter un jugement, que sur la vérité dramatique, la justesse de l'expression musicale, la distinction, l'élévation du style. Que ressort-il de cette minutieuse analyse, sinon que l'œuvre d'art, l'œuvre complète conçue en dehors de toute préoccupation étrangère, est absente dans la série des partitions de Meyerbeer ?
Dans ses opéras, on trouve nombre de belles pages, des mélodies inspirées, des morceaux brillants; mais enfin tout cela ne constitue pas un chef-d'œuvre, cest-à-dire une composition dont les différentes parties, d'ime pertection
l'instrumentation de MEYERBEER — CONCLUSION 69
achevée, s'unissent en un tout harmonieux et forment la beauté de l'ensemble.
Une comparaison. Voici un immense tableau. Tel personnage est admirablement planté, la main de tel autre est d'un dessin irréprochable, cette tète de femme est ravissante, cette draperie est d'un coloris étincelant, enfin à chaque instant on trouve quelque détail à admirer ou à louer. Malheureusement, si l'on s'éloigne, si Ton veut embrasser le tableau en lui-même, la désillusion arrive ; la composition est absolument manquée. Ira-t-on dire du peintre qu'il a fait un chefd'œuvre ? Non, n'est-ce pas ? Chez Meyerbeer, il en est de même ; il a brossé de grandes fresques musicales, dont certaines parties sont des plus remarquables, nous le reconnaissons volontiers, mais oii manque absolument cette unité, cette perlection d'ensemble qui sont l'apanage des vrais et purs chefs-d'oeuvre.
Meyerbeer a néanmoins sa place marquée dans l'histoire de la musique au XIX<^ siècle. Il vint à son heure et contribua, lui aussi, à l'évolution musicale. Mais de là à déclarer qu'après lui on peut tirer l'échelle, il y a loin. De ce compositeur, il restera incontestablement le nom. Mais les œuvres vivront-elles? C'est plus que douteux. Il en sera de Meyerbeer conune de Voltaire : on en parlera, on ne le jouera presque plus.
L'auteur des Hugucnois possédait à un haut degré le sens de la scène et la puissance drama-
tique. Ce qui lui a manqué, c'est la conscience artistique. N'ayant ni stj'le personnel ni idées originales, mais seulement une grande facilité d'assimilation, il prit de droite et de gauche une foule d'éléments divers qu'il tritura et assaisonna avec une habileté prodigieuse et indiscutable. Il coiunit au suprême degré Vart d'accommoder les restes. Grand cuisinier musical, il avait un talent tout particulier pour donner belle apparence à un plat qu'il dressait avec des mets de troisième qualité.
Ses admirateurs peuvent tout à leur aise qualifier Meyerbeer de grand dramaturge, de grand compositeur d'opéras, d'esprit admirablement doué; mais quand ils veulent le sacrer grand musicien et grand artiste, ou le placer, comme l'a fait M. Blaze de Bury, à côté d'Eschyle, de Dante, de Michel Ange et de Beethoven, il est permis d'affirmer hautement qu'ils dépassent le but. La postérité, certes, ne ratifiera pas leur jugement.
^4ik^<^êM:^J)rSl-^-^,ce/t'
t.\£rf^
TABI.E
I Lignes pri'liiiiiiiaii'i's 7
II Li: vniiwlln'i' de riioiiuiie ]1
m (,)iiel(|ues mots sLii' le gciu'e « opéni ». —
Monsieur Scribe V.)
l\ liobcrt le Dial)le :2:\
V Les lliigiieiiots 2\)
VI Le Prophète '.H
\U L'Etoile du Nord 45
VIII Le Pardon de Ploëmiel 51
IX L'Africaine 57
X L'ijislrunientatioii de Meyerbeer. — Couclu-
siou 67
N ailles. — Imp. F. Salières, rue du Calvaire, 10.
f( BIBLIOTHECA
ttav'.ens
EOO&EE"