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SON IMPORTANCE

Il se fait dans notre province, en faveur de l’enseignement supérieur, un mouvement des plus louables.

Montréal aura désormais, pour les étudiants catholiques, son université propre et autonome. Et de puissantes influences travaillent activement à faire de cette institution située dans une ville très populeuse et très entreprenante, en face d'une rivale très richement dotée, un centre intellectuel digne de sa position.

L'Université mère de Québec assiste, de son côté, à un réveil de sympathies. L'évolution sociale, les progrès scientifiques, économiques et nationaux, lui ont créé de nouveaux besoins. Le temps n’est plus où cette oeuvre, née des seuls sacrifices que le Séminaire de Québec voulut bien s'imposer, pouvait suffire, sans autres ressources, à tous ses développements. Le public paraît le comprendre; et il y a lieu de croire que ceux, surtout, qui bénéficient dans une si large mesure de l’action de l’Université dans le domaine du haut enseignement, voudront s'y intéresser de la façon la plus effective.

| Plus que jamais peut-être, l'importance primordiale des Universités catholiques, et du rôle qu'elles jouent dans le

monde, ssute aux yeux. Ce sont, tout ensemble, des foyers de science et des pépinières d'hommes. Les chefs de l'Eglise e. les chefs de l'Etat s’y recrutent.

L'Eglise, l’histoire le prouve, (1) porta, dès l’origine, zux établissements universitaires le plus profond intérêt. £lle veillh sur leur berceau, quand elle ne leur donna pas le jour. Élie les couvrit de sa protection, les munit de pouvoirs et de privilèges, consacra leurs statuts et leurs diplômes. souvent même les subventionna de ses biens. C’est qu'elle voyait dans les Universités sorties de sa pensée, ou animées de son esprit, ce qu'elles étaient véritablement ators, ce qu’elles sont encore aujourd'hui: des organes précieux de sa doctrine, des instruments efficaces de son action.

Ce «est pas tout de propager la foi parmi les peuples, au nom de l'autorité divine. Il faut en montrer les singulières harmonies avec la raison de l’homme, avec ce besoin de savoir qui tourmente irrésistiblement l'humanité. L

Nulle institution n’est plus apte que l’Université eatholiae à organiser la science de la foi, à systématiser les doctrines qui la composent, et à faire de la théologie le rempart des dogmes et du symbole. Les Thomas d'Aquin, les Bonaventure, les Bellarmin, tous ces géants de la philosophie chrétienne et de la science sacrée, se sont formés au pied d’une chaire universitaire, ct ont eux-mêmes, pour ia plupart, répandu. de ce foyer, leurs lumineux enseignements. ls ont éte d'admirabies professeurs d'université, et l’on peut dire de quelques-uns d’entre eux qu'ils ont rendu à l'Eglise du Christ plus de services que des conciles entiers.

Fruit d’une pensée profonde, éclose sur des lèvres officiellemei.t investies de la mission d’enseigner, leur parole est tombée dans des milliers d’âmes attentives qui l'ont porfce jusqu'aux extrémités du monde. D'autre docteurs lont répétée; es siècles lui ont fait écho. De nos jours encore,

(D) Goschler, Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, t. XXIV, au mot Universités. 4h)

sous le texte vénéré de livres immortels, et elle

£sile résonne tel anime de son souffle, jamais épuisé, Je verbe et les écrits

des meilicurs représentants de la théologie, et de la philosophie catholique.

L'enseignement doctrinal universitaire n’est pas seulement la plus forte discipline de l'esprit. Il n’a pas seuleraent pour but de fournir aux prédicateurs et aux missionpaires la substance dont se nourissent les auditoires pieux. 1! est l’arsenal où se puisent les armes du controversiste dans les luttes nécessaires contre l'hérésie et l'impiété. Ceux qui le donnent peuvent être aussi le conseil sage, le corps ensultatif éclairé où se résolvent les plus difficiles problèmes sociaux. Plusieurs fois, sous le régime français, par les soins de Mgr de Laval et de Mgr de Saint-Vallier, la Sorbonne fut appelée à se prononcer sur des points de doctrine qui cencernaient le gouvernement spirituel et temporel de la colonie. (1)

Toutes ces rai-ons, et d’autres encore, nous expliquent yourquoi l'Université Laval, dès sa naissance, a été l’objet, de la part des autorités religieuses, de si vives sollicitudes; et pourquoi les mêmes soucis entourent aujourd’hui la nouvelle Université de Montréal:

L'oeuvre universitaire, dirigée avec sagesse, chez les maîtres et chez les élèves, et dans les diverses facultés où elle s’accomplit, est un bienfait inappréciable pour toute la société. Des hommes de principes et d'influence peuvent sans doute surgir en dehors d'elle. Nous en avons d’illustres exemples au milieu de nous. D'’ordinaire, néanmoins, c’est à l'Université que se façonnent les esprits qui, soit dans l’enscignement, soit dans la politique, soit dans la magistrature et les carrières professionnelles, exercent une part plus ou moins grande, et plus ou moins féconde, d’action sociale. Cette action se mesure d’après les leçons reçues, et la coopétinn personnelle qu’on y apporte.

(1) Voir Mand. des Evêques de uébec, vol. 1. pp. 61, 347, 353, 424, 434. q Q vol. 1. pp. 41,

L'Université laisse dans la pensée et dans l'âme de ses élèves uae empreinte. Lorsque les maîtres ont su s'élever à ia hauteur de leur tâche, et lorsque les élèves eux-mêmes se sont acquittés consciencieusement de tous leurs devoirs, ectte empreinte est faite non seulement de savoir technique, mais de euriosité intellectuelle, de probité morale, de distinction de inanières. Il se crée dans le monde une élite qui marche en tête de tous les groupes, et d’où partent les mots d'ordre qui rallient les forces, et les exemples qui entraînent. L'Université rayonne ainsi sur toutes les sphères de la vie sociale, sur tous les ordres, sur toutes les professions, sur tous les sommets de l'instruction.

On y a puisé, avec certaines connaissances immédiate-

ment pratiques, le culte des lettres, le goût des sciences, de la philosophie, de tout ce qui fait le noble patrimoine des peuples civi'isés. P" leur destinée même, les centres universiaires sont des ,.crs de civilisation. La grandeur véritable d’un peuple se peut très sûrement jrger par le caractère de ses universités. Nous n'avons qu’à y’ er les yeux sur les sociétés contemporaines pour nous persuader de cette vérité. il y a des nations vouées, par l’ensemble de leurs efforts, au "natérialisme le plus intense, parce que, dans les chaires de leurs professeurs, le spiritualisme est négligé, et que la morale utilitaire y domine. Il y a d’autres nations moins pourvues peut-être de biens terrestres, mais plus riches d’idéal, de culture, de gloire sol:de, parce que leurs Universités placent l'esprit au-dessus de la matière, et Dieu au sommet de toutes choses.

r C’est dire qu'on ne saurait s’exagérer l'importance de : oeuvre universitaire; que cette oeuvre doit être réputée lune des plus utiles et des plus vitales qui soient; qu’il faut donc qu'elle se fasse d’après les principes les plus sûrs, conformément aux programmes les plus judicieux, et qu’elle sait généreusement soutenue.

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