L'ORIENTATION RELIGIEUSE DE L'UNIVERSITÉ
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La vie de l’homme n'est bien ordonnée que quand le corps ohéit aux directions supérieures de l'âme. L'action ds sociétés n’est saine et féconde que quad le spiritualis- ‘ae la gouverne. Les universités ne remplissent efficacement jeur mission que dans la mesure où la religion pénètre et vivifie l’enseignement.
C’est une erreur profonde de situer l'oeuvre universitaire en dehors de l'influence religieuse. Tous les grands foyers intellectuels et civilisateurs se sont inspirés de la science de Dieu. Par contre, la prétention d’initier l'esprit de l’homme à l'intelligence des choses et de la vie sans faire passer sous ses yeux la lumière qui descend d'en haut, n’a jamais abouti qu'aux pires catastrophes.
Dieu est-il, oui ou non, le créateur et le maître du monde? Dieu a-t-il, oui ou non, subordonné les êtres qui peuplent l’umvers. les sciences qui en reflètent la nature, les lois qui en règlent les rapports et la destinée, au but souverain que sa sagesse requiert ? Toutes les activités humaines, qu’eiixs s’exercent dans la famille, dans l’école, dans la société, n'ont-elles pas pour dernier objectif de fonder ou de consolider le royaume de Dieu dans les âmes ?
Si ces principes sont admis, —et ils doivent l’être,—on 1dmettra en inême temps que l'oeuvre universitaire réclame comme fondement indispensable l’idée divine et la force religieuse.
Les fondateurs de l’Université Lavai le comprirent. Et il faut rendre à l'autorité royale d'Angleterre cette justice, qu'elle sut seconder leurs vues, en leur donnant une charte où éclate la préoccupation d’assurer, au sein de la nouvelle institution. l'influence catholique dans tous les domaines. En face des envahissements de l’athéisme si puissant dars cer-
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tains pays, ces avantages d'un organisme universitaire foncièremen: confessionnel, ne sauraient être célébrés trop haut. Et ils montreut, d'une façon non équivoque, ce que doit ètre, dans l’Université, l’enseignement lui-même.
Les lettres et les sciences qui forment l’objet de i’enseignement supérieur général, ont avec la religion des rapports necessalt es.
La littérature touche à tout: à la nature, à l'homme, à in doctrine, aux moeurs, à la famille, à la politique, à la societé, à l’histoire. La plume que l’erreur égare, ou que la passion sollicite, peut causer d’incalculables maux. Qui dira jamais les ravages spirituels dont certains lettrés, méchants, sceptiques, libertins, ou même simplement grivois, se sont rendus ceupables ? Combien, d’autre part, les lettres chrétennes, sous les couleurs très diverses dont elles se parent, peuvent servir à répandre la vérité, à justifier la morale, à faire aimer ct glorifier Dieu ! L'Université catholique, par un -nseignement littéraire haut et sûr, développe chez ses élèves ses délicatesses du sens moral, en même temps qu’elle offre à leurs regards les intuitions pénétrantes de la foi. Elle ne sépare pas le culte du beau de la culture du vrai. Elle passe au crible d’une juste critique les livres suspects où s’alimen- ‘ont tant de lecteurs imprudents. Et elle emprunte aux leçons d’une apologétique solide les principes et les déductions qui mettent en contraste l’immuable vérité de la religion et la muabilité des systèines inventés pour la combattre.
Elle ne méprise pas, non plus, à la façon de certaines écoles sans doctrine, la philesophie, cett reine des sciences humhines. Loin de ià: elle se plaît à harmoniser ses enseignement: et ses écrits avec ceux des maîtres les plus loués ar les Papes. et les plus remarquables par la profondeur de leurs vues et la clarté de leur génie.
Tout a été dit sur la nécessité d’études philosophiques où se reflète fidèleinent la science de l’être. Il n’y a pas deux philosophies, mais une seule, celle qui est sortie des plus fortes têtcs de l’antiquité païenre et de l’âge chrétien, celle
qu’oni il'ustrée et immortalisée les Aristote et les Thomas d'Aquin, celle que recommandeit ic granc Léon XHT, il y a quarante ans, dans des pages inoubliables. Cette philosophieà ne vie:lit pas, elle ne peut pas vieillir, pas plus que le so- Jeil don! les rayons fécondent universc!lement la nature. “'une des grrndes forces des Universités résidera toujours dans l’armature philosophique de leur oeuvre, dans la puissance des principes et des procédés généraux où s'appuie la théologie et qui se communique à toutes les sciences profanes.
N’avons-nous pas entendu l’an dernier, lors de son passage à Québec, l’un de nos plus illustres philosophes contemporains, le Cardinal Mercier, protester contre cette scission per laquelle on veut isoler la science de la metaphysique, et la morale de Dieu? (1) Pour que les sciences répondent à leur vocation, pour qu’elles marchent d’un pas assuré dans leurs voies respectives sans heurter aucune vérité, et sans ternir la gloire des institutions qui les abritent, il importe qu’elles s'éclairent au double flambeau de la foi divine et de la philosophie préconisée par l'Eglise. Nous sommes, disait Ollé-Laprune, (2) des savants animés de l'esprit chrétien: cela doit d'abord augmenter ce que j'appellerai notre probité scientifique; et puis cela nous préserve de bien des écueils, cela affermit notre vie et notre marche; enfin, dans les grandes synthèses où il sagit d'embrasser tout l'homme, et tout l'univers, et, avec les choses humaines et la nature, les choses divines elles-mêmes, notre christianisme nous donne une puissance de conception incomparable.
Les sciences juridiques, politiques et sociales, dépendent tellement du droit naturel établi et interprété par la philosophie catholique qu’elles n’en sont, pour ainsi dire, que le prolongement varié et indéfini. Beaucoup d’universités modernes prétendent enseigner à leurs élèves la science du droit sans leur parler de Dieu, ni de cette loi première dont
(1) Le Canada français (nov. 1919), p. 235.
(2) La vitalité chrétienne (6e éd.), p. 184.