‹ L'offensive du 16 avrilChapitre 13 sur 13 · ET ANTHOINE · texte numérisé non relu

ET ANTHOINE

i" Avril 1917.

E.-M. Beauvais a E.-M. Ghalons-Saint-Jacques- Saint-Memmie.

Le plan d'engagement et le plan d'exploitation de la IV® armée ne répond pas aux directives de votre Instruc-

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tion numéro 5496, du 17 mars, qui prévoyait une rupture du front suivie- d'une exploitation immédiate.

On envisage, en efîet, deux pliases d'exploitation: une prévue ferme pour le jour J + 1 et qui consiste simplement dans une extension du front de rupture, d'intérêt purement local ; une seconde qui n'apparaît que comme éventuelle, et dont l'exécution aux termes mêmes du plan d'exploitation doit être fonction des résultats obtenus par la Ve armée.

Une telle conception manifeste à l'évidence un manque de hardiesse et la mésintelligence de l'esprit de l'opération à exécuter.

Cette opération n'est pas une attaque subordonnée à la réussite de l'attaque du G. A. R. — attaque principale — mais une attaque auxiliaire qui doit donner à plein et au plus vite pour assurer le succès de l'attaque principale. Ainsi envisagé, le rôle de la IV® armée peut être capital,et il ne vous échappera pas quelle lourde responsabilité incomberait au commandement si, du fait qu'il aurait mesuré ses efforts, l'attaque principale n'obtenait pas son plein effet.

J'ajoute que la manœuvre d'exploitation doit avoir lieu au plus vite, c'est-à-dire le jour J + 1 à la première heure, la liaison avec la V« armée sur la Suippe s'effectuant dans la région de Warmeriville, réalisant ainsi l'encerclement à grande distance du massif de Nogent-l'Abbesse, et qu'elle doit être ainsi entamée droit au Nord.

Je vous prie de bien vouloir faire rectifier en ce sens le plan d'engagement dans lequel l'opération d'extension du Iront du jour J H- 1 devra être prévue au jour J et le plan d'exploitation de la IV® armée.

Nivelle.

Rapport sur les opérations de la 16^ division d'infanterie (17 avril).

La 16« division dinfanlerie (8« C. A.) avait pour mission d'appuyerà gauche l'attaque de la IV^ armée sur le massif de Moronvilliersetde s'installer solidement face à l'ouest sur les positions conquises, pour permettre l'exploitation du succès par les 169^ et 228^ divisions d'infanterie dans la direction d'Époye.

Cette manœuvre échoua.

LA VÉRITÉ SUR l'aFFAIRE NIVELLE 175

L'ennemi, qui n'avait plus aucune inquiétude du côté de la Ve armée, arrêtée la veille, dès son départ, put concentrer ses feux le 17 avril et ses efforts sur la gauche de la IV^ armée (nombreuses batteries du massif de Nogent-l'Abbesse) et interdire l'action de la 16^ division d'infanterie, dont le rôle pénible et glorieux se borna, dès lors, à l'appui de l'opération de la IV « armée : rupture des lignes ennemies jusqu'à la Suippe et occupation des crêtes importantes sur le massif de Moronvilliers.

La division perdit 90 officiers et 2 000 hommes.

De l'avis des exécutants et malgré la situation désavantageuse delà 16« division d'iuianterie, le résultat eût pu être acquis à moins de frais; un concours de circonstances et surtout la stricte application des directives du G. Q. G. pour la conduite de cette offensive ne l'ont pas permis. Là encore, la mise en œuvre du scénario a été néfaste.

1» Le temps. L'attaque est déclenchée le 17, à 4 h. 45. Nuit noire, pluie, neige, chute dans la boue.

2° L'horaire mathématique pour l'infanterie amène une accumulation des troupes dans les première et deuxième lignes allemandes, dès que la progression est arrêtée.

Pour l'artillerie, en raison de l'insuffisance des liaisons, les mêmes inconvénients de l'horaire se produisent. Les barrages mobiles vont se promener à 3 kilomètres au delà de notre Hgne, leur action est illusoire. Un barrage se fixant d'objectif rapporté en objectif rapproché, par une série de bonds courts déterminés par la signalisation de l'infanterie, n'aurait pas laissé le champ libre aux contre-attaques ennemies.

3° Préparation de l'artillerie. — Insuffisante par suite des mauvaises conditions de visibilité et de la dispersion du feu sur les lignes allemandes. La première ligne est détruite, mais il n'y a que des « échantillons » sur les deuxième et troisième positions., l'artillerie ennemie n'étant ni détruite ni neutralisée.

4° Difficulté du mouvement du régiment de gauche qui devait attaquer droit devant lui et faire simultanément face à gauche. La manœuvre supposait le problème résolu.

50 L'heure de l'attaque ne devait être connue des chefs de corps qu'à deux heures (sur décision du général commandant la 16« division d'infanterie), c'est-à-dire deux heures quarante-cinq seulement avant l'attaque. Délai de préavis absolument insuffisant, qui a provoqué un entassement de bataillons dans les boyaux. Pertes sévères par l'artillerie ennemie.

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6» Chargement des hommes peu judicieux. — Trois jours de vivres, deux ou trois grenades.

7° Les dispositions n'ayant été arrêtées qu'en vue de l'explçitation d'un succès qui était admis a priori, la résistance imprévue de l'ennemi provoque le désordre, le mélange des unités et cause des pertes importantes.

8° Mauvais fonclionnement des liaisons T. P .S. et T. S. F-

En résumé, trop grande rigidité, défaut de souplesse et d'articulation dans le dispositif de l'infanterie, manque de liaison avec l'artillerie.

Il semble que l'échec subi a laissé une impression profonde sur les exécutants, qui restent troublés devant la faillite d'un enseignement qu'on leur présente comme définitif, après les expériences de Champagne, de Verdun et de la Somme.

Ces leçons ont été inutiles.

Le moral est atteint. Une certaine fatigue se manifeste. On ne croit plus à une décision militaire.

Le 1^' CORPS DANS l'offensive.

Le 16, au matin, le temps est assez beau, mais la visibilité, en raison du brouillard, laisse à désirer ; d'autre part, comme il a plu toute la nuit, le sol est absolument détrempé. Dès l'aube, l'artillerie reprend son tir, conformément au2^ plans d'action établis. A 5 h. 30,;les trois divisions d'attaque font connaître que tout est prêt, chacun est à son poste de combat ; le moral est excellent ; la confiance la plus absolue règne.

L'attaque part à 6 heures dans les meilleures conditions, sans réaction immédiate de l'artillerie ennemie ; les unités de tête franchissent les tranchées de départ avant le déclenchement du barrage. On voit les vagues d'assaut dépasser dans un ordre superbe la crête du Chemin des Dames (162^ D. I.), entrer dans Craonne (V D. I.) et atteindre le bastion de Chevreux, et la tranchée de Lutzow (2« D. I.). Le départ a été merveilleux, comme toujours, au 1«' C. A.

Mais bientôt, de nombreuses mitrailleuses se dévoilent, prennent d'enfilade les unités d'attaque et leur font subir des pertes cruelles. Sur le front de la 162^ D. L, le bois B en est garni ainsi que le rebord nord du plateau'

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Beaucoup de ces mitrailleuses sont casematées. D'autres sont, au moment de l'attaque, sorties des tunnels souterrains, que les Allemands ont creusé sous le plateau. Elles fauchent tout ce qui passe la crête topographique.

Sur le front de la l^e D. I., les mitrailleuses allemandes sont, le long du rebord sud du Plateau, abritées dans des casemates creusées dans le roc. Elles dominent la plaine de plus de 100 mètres et dirigent de haut en bas sur nos vagues d'assaut un feu extrêmement meurtrier.

Quant à la 2« D. I., elle est arrêtée par des feux partant de Chevreux, de la tranchée du Marteau, delà route 44. Là aussi, on est en présence de mitrailleuses placées dans des casemates creusées dans le rebord est de la Californie et sous blockhaus bétonnés dans la plaine.

Le tir de toutes ces mitrailleuses cause dans les rangs des vides énormes. C'est en vain que les unités de première ligne, renforcées bientôt par celles de deuxième ligne, essaient de pousser encore. Décimées, privées de leurs chefs, elles doivent bientôt renoncer à progresser tant qu'une nouvelle préparation d'artillerie ne leur aura pas ouvert la voie.

Le général commandant le corps d'armée, mis au courant de la situation, prescrit alors :

A 10 heures, au général commandant la 162" D. L, de reprendre la préparation d'artillerie et de déclencher l'attaque, aussitôt qu'il la jugera suffisante, afin de s'emparer de la totalité du plateau de Vauclerc, y compris l'éperon au nord de la Grande Tranchée ;

A 10 h. 10, au général commandant la l'« D. L, d'enlever le plateau de Cafifornie et la tranchée du Balcon, en manœuvrant cette dernière par les deux ailes, puisqu'il est impossible de l'enlever de front;

A 10 h. 15, au général commandant la 2^ D. I. de faire tomber la tranchée du Marteau, en la manœuvrant par l'est et par Touest et de poursuivre ensuite l'attaque sur Corbeny.

L'artillerie lourde du C. A. soutient vigoureusement ces trois attaques, en neutralisant les batteries ennemies en action, en interdisant les passages de l'Ailette et en participant à la nouvelle préparation sur la Californie.

L'attaque est reprise sur tout le front, mais la résistance ennemie est acharnée. Malgré des efforts répétés, l'attaque ne fait pas de progrès sensibles, en raison du tir des mitrailleuses, dont beaucoup n'ont pas été détruites par la nouvelle préparation d'artillerie Vers 12 heures même, le 127"

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décimé par des feux de revers et de flanc, partant, d'une part, de la région d'Hurtebise (que les Allemands occupent encore en partie) et, d'autre part, du Bois BS sans liaison ni à droite, ni à gauche, ne peut se maintenir à hauteur de la tranchée dé TAbri ; il se replie dans la tranchée des Friches.

Ilestindispensable de réduire le centre organisé du Bois B% qui paralyse toute nouvelle progression vers le revers nord du plateau de Vauclerc. Aussi le général commandant le C. A. donne-t-il Tordre, à 13 h. 30, au général commandant la 162e X). L, de concentrer tous ses efîorts sur le Bois B', de faire reprendre la tranchée de l'Abri par le 127^ et de s'efforcer d'atteindre avec le 43 « la tranchée de Fribourg. Il fait appuyer le mouvement par le groupement ouest de l'artillerie lourde du C. A.

Vers 14 heures, le 127^ réoccupe la tranchée de l'Abri, en même temps que les coloniaux enlèvent à nouveau Hurtebise. Malgré une concentration de feux sur le Bois B^ l'attaque du 327 " sur ce bois échoue, les mitrailleuses ennemies n'étant pas détruites. Il en est de même de l'attaque du 43e.

Pendant ce temps, la l'^^ D. I., arrêtée, elle aussi, par des feux de mitrailleuses vehant de Graonne et de la tranchée du Balcon, essaie de procéder par infdtration et réussit à progresser un peu, au prix de pertes élevées- Quant à la 2^ D. I., elle se trouve dans une situation difficile : son régiment du Centre, le 208 «, pris de face et de flanc par des tirs de mitrailleuses, subit de grosses pertes. Les dernières réserves doivent être engagées pour essayer d'enlever les mitrailleuses ennemies. Mais celles-ci, placées dans des blockhaus bétonnés, sont inabordables, et les canons de 37 ne peuvent être mis en batterie en raison des pertes subies dans le personnel des servants.

Le général commandant le C. A. demande alors qu'un bataillon de la 66^ D. I. (réserve d'armée) soit mis à la disposition du général commandant la 2^ D. I. Ce bataillon vient tenir les tranchées de départ derrière le 208«, de manière à parer à tout événement sur ce point critique. D'autre part, la gauche du corps d'armée étant consolidée par la reprise d'Hurtebise et de la tranchée de l'Abri, le général commandant le C. A. décide qu'une attaque aura lieu à 18 heures dans le but d'enlever la Californie. Dans ce but, il donne à la l'« D. I. l'appui de deux batteries d'A. L. C. de la 2^0. 1. Il met en même temps à sa disposition deUx bataillons du 33^ de la réserve de C. A.

Cette attaque est retardée par la mise en place du bataillon du 33 e qui doit être engagé. Elle est déclenchée une demi -heure plus tard au centre et à l'est; nos troupes ne peuvent progresser, mais, à gauche, une compagnie du 201 f', se portant résolument en avant, occupe le Tourillon de Vauclerc et la tranchée du Sud ; elle continue sa progression jusqu'au boyau de Staufîen et dégage à la grenade la partie ouest de la tranchée du Balcon, où trois compagnies du même régiment viennent s'installer à 20 heures.

A la nuit, la ligne occupée est jalonnée comme suit : tranchée de l'Abri, tranchée des Friches, de Lutwitz, du Versant, la Grande tranchée, tranchée du Balcon jusqu'au méridien 213, hgne allant de 30.15 à 34.12, saillants du Jutland et du Tyrol, village de Craonne (en partie), bastion de Chevreux, tranchée Enver-Pacha.

Entre le bastion de Chevreux et la tranchée Enver- Pacha, les Allemands semblent avoir réoccupé la tranchée de la Plaine, par suite de la disparition presque complète du 208e. Les tranchées de départ de ce régiment sont toujours tenues, par précaution, par un bataillon de chasseurs.

Les pertes ont été sérieuses à la 2^ D. L, ainsi qu'aux 327e et 201 e régiments.

Cinq bataillons de la 51 « D. L restent disponibles au C. A.

17 Avril.

L'ordre général d'opérations pour la journée du 17 prévoit la reprise de l'attaque conformément aux instructions du général commandant l'armée.

La 2e D. I. reçoit l'ordre d'achever l'enlèvement de la première position allemande, et en particulier de Chevreux, et d'attaquer la position intermédiaire et le village de Corbeny, afin de s'installer sur la crête dominant au sud le ruisseau de Fayaux.

La i'e D. L doit s'emparer du plateau de Cahfornie et enlever la position intermédiaire, en se reliant à la 2® D. I. au point 66.44.

La 162^ D. L doit achever l'enlèvement du plateau de Vauclerc et de l'éperon au nord de la Grande Tranchée et progresser ensuite jusqu'à l'Ailette, à distance d'attaque de la tranchée de Bouconville.

Pendant la nuit du 16 au 17, la pluie ne cesse de tomber.

Les troupes d'attaque ne peuvent que s'organiser sur le terrain conquis, se relier à l'arrière par des boyaux et se

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ravitailler en munitions. On remet de l'ordre dans les unités, et l'on assure l'échelonnement en profondeur.

L'artillerie continue pendant toute la nuit ses tirs d'interdiction sur la vallée de l'Ailette.

Au jour, l'artillerie reprend la préparation, mais le mauvais temps gêne considérablement son action, l'observalion aérienne étant impossible.

A 14 heures, après un violent bombardement d' A. L. sur le Bois B^ et le rebord du plateau à l'est et à l'ouest de ce bois, le 327 « et le 43^ (162^ D. L) s'élancent à l'attaque. Le 327« atteint le Chemin des Dames,mais doit, de nouveau, se replier sous le feu de mitrailleuses installées en bordure Yi ord du plateau. Le 43 e, qui a d'abord progressé, se heurte à un centre de résistance puissamment organisé comme le Bois B^, renforcé de nombreuses mitrailleuses situées en 22.15, 24.16, et que nos canons de 37 n'arrivent pas à réduire au silence.

A la même heure, la i'« D. I. se porte à l'attaque. Pendant la nuit et une partie de la matinée, son régiment de gauche, le 201 «, avait, dans une lutte à la grenade extrêmement vive et au prix de lourdes pertes, réussi à progresser pas à pas et à conquérir la tranchée du Balcon jusque vers le point 50.14 ; son régiment de droite, le 223 «, continuait, pendant ce temps, la conquête de Craonne, maison par maison.

Malgré ses fatigues et ses pertes, la division reprend l'attaque avec un élan splendide. Le 201 e réussit à prendre pied dans la tranchée de Sapinières, mais s'y maintfent difficilement contre de violentes contre-attaques ennemies. Du côté de la tranchée du Balcon, il continue à progresser à la grenade.

Cette progression du 201 « permet au !«' régiment qui est à sa droite de pousser certains éléments jusqu'aux abords de la tranchée von Esel. D'autres éléments cherchent à déborder par le nord la sortie ouest de Craonne, mais ne peuvent y parvenir en raison du feu des mitrailleuses qui garnissent le village.

Le 233« s'efforce en même temps de gagner la tranchée de la Strypa, dont les occupants gênent beaucoup par leurs feux la 2« D. I. ; mais des mitrailleuses placées au cimetière de Craonne l'en empêchent en enfilant les boyaux par où se fait la progression. Le régiment a sa gauche à l'église , où il a placé des F. M. ; il occupe le saillant du Tyrol et sa droite s'étend jusqu'au boyau Schwein.

La 2^ D, 7. continue à être dans une situation extrême-

ment difficile. A sa gauclie, le S" régiment continue à résister héroïquement aux contre-attaques ennemies et se maintient au bastion de Chevreux, malgré le tir plongeant dirigé contre lui des hauteurs de la Californie, A sa droite, le 110e s'organise peu à peu et gagne du terrain vers la tranchée de Lutzow. Mais il existe un trou complet entre le 1 IQe et le 8S qui se trouve complètement en flèche, l'ennemi occupant la courtine de la Clairière et la courtine Persane. Il est donc nécessaire de s'emparer de la tranchée de Lutzow pour rétablir cette liaison et assurer à la division un front à peu près rectiligne, d'où elle pourra repartir à l'attaque. Le 208^, qui a perdu ses trois chefs de bataillon, es deux tiers de ses officiers et près des deux tiers de son effectif, ne peut fournir un nouvel effort. Aussi la 66« D. I. ayant été mise à la disposition du général commandant le C. A., un groupe de chasseurs de cette D. I. est-il donné au général commandant la 2» D. I. pour enlever la première position ennemie entre le 8^ et le 110c. Après une sérieuse préparation d'artillerie, l'attaque a lieu à IG heures. Elle est menée par les 6^ et 27« bataillons de chasseurs, le 3^ bataillon du groupe étant en réserve. Malgré le feu de mitrailleuses casematées, nos troupesd'attaque atteignent la partie orientale de la tranchée von Lutzow et se relient avec le 110^. Elles progressent ensuite dans cette tranchée de l'est vers l'ouest pour chercher la liaison avec le 8'=, liaison qui n'a pu être réalisée par l'attaque directe, la gauche du 6^ bataillon de chasseurs ayant été fauchée par les mitrailleuses de Chevreux. Mais, à partir de 18 heures, les positions nouvellement conquises sont soumises à un violent bombardement. Malgré un tir de contre-préparation de 75 sur la lisière sud du bois de l'Enclume, une violente contre-attaque repousse les chasseurs qui luttent pied à pied jusqu'à la ligne : Courtine de la Clairière, Courtine Persane, complètement dominée des hauteurs de Californie.

A gauche, le 8^ régiment a subi de nouvelles pertes sans pouvoir progresser.

La garnison des tranchéçs de départ est renforcée ; elles sont tenues, par mesure de prudence, par 2 bataillons de chasseurs frais.

Les réserves du C. A. disponibles sont : le 73 ^ au Moulin-Rouge et 5 bataillons de chasseurs dans le bois de Beau-Marais ; il a fallu relever le 201 e régiment (162» D. I.) en raison de ses pertes très lourdes, par le 33® qui place 2 bataillons en ligne et 1 en réserve.

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Le front atteint par le C. A. en fin de journée est le suivant :

Tranctiée de l'Abri, Boyau de Limbourg, Tranchée du Sud, Tranchée du Versant, Tranchée du Moulin, Tranchée de Ramstadt, Tranchée du Balcon jusqu'au point 30.14, Tranchée Nord du Saillant du Jutland, Saillant du Tyrol, bastion du bois de Ghevreux, tranchée de départ française, tranchée Enver-Pacha.

18 Avril.

Dans la nuit du 17 au 18, Ja ligne de bataille est soumise à de nombreuses contre-attaques qui, toutes, viennent se briser sous le feu de nos mitrailleuses et devant l'énergique résistance de nos troupes.

Un peu avant le lever du jour, un tir très violent d'artillerie de gros calibre est dirigé sur le bastion de Ghevreux, semblant être une préparation d'attaque. Malgré les pertes subies, le 8® supporte sans faiblir pendant plus d'une heure et demie ce bombardement intense. Pour empêcher le déclenchement de l'attaque ennemie, ordre est donné à l'artillerie d'effectuer un tir de contre-préparation sur les tranchées ennemies voisines et d'exécuter des tirs de neutralisation sur les batteries ennemies. Le feu ennemi diminue peu à peu, et aucune attaque d'infanterie ne se produit.

Dès le lever du jour, le 33^ continue le nettoyage de la tranchée du Balcon et arrive au point 34.15, où il se relie au 1er, qui^ de son côté, a réussi à occuper la tranchée von Esel jusqu'à 37.15.

La matinée est relativement calme.

Un groupement tactique, sous les ordres du général Niessel, est constitué. Il comprend les 2« et 66^ D. L, qui cessent d'être, de ce fait, sous le commandement du général commandiinl le G. A.

Les V et 162e £>, i, du 1" C. A. conservent la même mission que la veille ; malheureusement, le temps pluvieux ne permet pas à l'artillerie de poursuivre la préparation avec toute la rapidité désirable. D'autre part, étant donnée la force de la position à attaquer, le général commandant le G. A. estime qu'il est nécessaire de concentrer sur le plateau de Galifornie une artillerie supérieure à celle dont dispose le 1^' G. A. Le concours de l'artillerie de l'armée et de Fartillerie du groupement Niessel est demandé et accordé. Pour permettre la mise en œuvre de ces moyens

LA VÉRITt: SUR l'aFFAIRE NIVELLE 183

supplémentaires, Fopération projetée est remise au lendemain.

Mais l'infanterie ne reste cependant pas inactive : à la l'e D. I., le 1er régiment continue sa progression à la grenade dans la tranchée von Esel; le 233° fait de nouveaux progrès dans Craonne.

• A la 162»^ D. L, le 127° élargit et consolide sa situation à la tranchée de l'Abri; le 327° continue ses efforts pour s'installer dans la tranchée de Lutwitz; le 43° progresse vers le boyau de Staufïen. A toutes ces actions l'ennemi répond vers le soir par une très violente contre-attaque dirigée sur le front des 43° et 327° régiments dans le but évident de s'emparer du Moulin de Vaucle.c et pouvoir agir ensuite à revers sur les troupes de la P'^D. I. tenant la tranchée du Balcon.

La nuit se passe à relier les trous d'obus et à créer des boyaux entre les anciennes et les nouvelles lignes. Quelques réseaux Brun sont posés.

La fatigue physique des troupes est extrèpie; elle est due, en grande partie, aux intempéries, au manque de sommeil et aux mauvaises conditions d'installation et de nourriture..

La 2e D. L (du groupement Niessel) est relevée, pendant la nuit du 18 au 19, par la 66° D. I. Elle vient stationner au Faite- Ventelay (cantonnement intermédiaire) et doit ensuite gagner la région Tramery-Saixy-Chambreux- Boujacourt-Champlat-La-Neuville-Q. G. à Sarcy. Son artillerie reste en position.

19 Avril.

Ordre est donné au l^"^ C. A. cleiilcver dans l'après-midi le plateau de Californie, dont la possession immédiate est indispensable pour les opérations ultérieures.

La 1"^° D. I. disposant de ses éléments organiques du 33° régiment en entier de 1 bataillon du 73° et doit attaquer depuis Craonne inclus jusqu'au boyau de Staulîen inclus (liaison avec la 162° D. L), avec comme objectifs la tranchée de Fribourg et la bordure nord et est du plateau de Californie, y compris les creutes, qui sont sur les pentes Nord.

La 162° D. L, de son côté, disposant de ses éléments organiques et du 273^ régiment, reçoit l'ordre d'enlever le boyau de Nagold, la Petite Tranchée et la Grande Tran-

chée, ainsi que l'éperon au nord jusqu'à la lisière des bois et de s'y établir.

L'attaque est bien préparée avec des moyens d'artillerie puissants. Les réglages sont exécutés dans la matinée aussitôt que l'état atmosphérique le permet. Les tirs de destruction commencent à 11 heures.

ire D. I. — L'attaque est déclenchée à 16 heures par les deux divisions. La tranchée des Sapinières est aussitôt occupée par le 33«, qui pousse même ses éléments jusqu'en 34.19. De son côté, le l^' régiment occupe la tranchée de Hasloch entre 34.17 et les environs de 37.17.

Une première contre-attaque est repoussée avec vigueur au nord de 34.17, mais, vers 17 h. 15, une seconde contreattaque menée avec des moyens puissants à cheval sur le boyau de Steyen rejette le 33^ et le 1«^' vers leurs tranchées de départ.

De leur côté, les fractions du 233 ^ qui occupent la partie de Craonne en notre pouvoir débouchent de l'église, mais se heurtent à des groupes nombreux d'Allemands sortis des caves. Après un combat à la grenade, n'ayant plus de munitions, les nôtres sont obligés de se replier, protégés par des mitrailleuses mises en place avant l'attaque.

162^ D. I. — Le 43^ régiment à droite attaque en liaison avec le 33 ^ sur le boyau de Stauffen et d'un seul élan atteint la Grande Tranchée vers le point 26.15 ; mais la violente contre-attaque qui rejette le 33 ^ amène également son repli. Il peut néanmoins progresser à nouveau à la grenade dans le boyau Staulïen etatteint en fin de journée le point 26.14. Une tranchée est creusée pour assurer le nouveau front.

A gauche, le 127c s'efforce de progresser à la grenade pendant toute la journée, dans la direction du Bois Bl. Il enlève le point 14.08 dans la tranchée von Lutwitz et s'y maintient malgré un violent bombardement.

Le front en fin de journée est le suivant :

Tranchée de l'Abri, boyau Sans-Nom, 11.09, tranchée des Friches, tranchée de Lutwitz, 19.07,21.08, tranchée du Moulin, 25.12,26.14, tranchée du Balcon, 34.15, tranchée von Esel avec des éléments avancés en bordure sud du plateau, 36.14, lisière sud de Craonne, égUse de Craonne, saillant du Tyrol.

20 Avril.

La journée est consacrée à organiser défensivement le terrain conquis. Toutefois, certaines actions locales sont

LA VÉRITÉ SUR l' AFFAIRE NIVELLE 185

engagées, afin de rectifier le front et d'en rendre la défense plus facile, en cas de contre- attaque ennemie.

A 15 heures, une action offensive doit être tentée par le 327'' sur la partie de la tranchée von Lutwitz qui est encore aux mains de l'ennemi.

Un violent tir de barrage ennemi empêche de réaliser cette opération.

Par contre, le 43^ progresse à la grenade vers la Petite et la Grande Tranchées. Quelques groupes réussissent à se maintenir aux points 21.10-23.11 et à quelques mètres du point 25.15, malgré les efforts de l'ennemi.

Aucun changement dans le front

21 Avril.

Le 1^"^ C. A. passe aux ordres de la X» armée, à partir du 21 avril, 12 heures. Il est relevé par le 18^ C. A. partie dans la nuit du 21 au 22, partie dans la nuit suivante.

Le général commandant le 18 « C. A. prend le commandement du secteur le 21 avril, 13 heures.

Toute rartillerie du 1^' G. A. reste provisoirement en position à la disposition des généraux commandant les 9e et 18^ C. A.

Pendant ces cinq jours, le l^r G. A. a eu affaire dans la plaine à des troupes bavaroises, sur le plateau de Vauclerc et vers Graonne à la 5^ division de la Garde en entier et à des éléments des V^. et 2^ D. I. de la Garde. Le choix de ces troupes montre l'importance que le G. Q. G. allemand attachait à la conservation de ces hauteurs. Les prisonniers allemands ont d'ailleurs déclaré qu'ils avaient reçu l'ordre de tenir coûte que coûte. La tâche leur était d'ailleurs grandement facilitée par la nature du terrain et par une organisation défensive extrêmement complète : nombreuses mitrailleuses sous casemates creusées dans le roc ou bétonnées, abris profonds et très vastes contre lesquels notre artillerie n'a eu aucun effet et qui a permis aux Allemands d'avoir ù pied d'œuvre de nombreuses troupes de contre-attaque très fraîches, tunnels rehant ces abris aux différentes tranchées du plateau permettant à l'ennemi de renforcer sa défense au moment de l'attaque, sans craindre nos tirs de barrage et même de surgir dans le dos de nos troupes, comme cela s'est passé vers Hurtebise, et de les fusiller à revers.

Tant que nos troupes n'ont pas atteint la crête topographique du plateau, l'infanterie ennemie s'est contentée

186 l'offensive du 16 avril

d'agir par le feu de ses mitrailleuses ; chaque fois que nos fantassins ont franchi cette ligne, ils ont été soumis à des feux encore plus violents de mitrailleuses et à des contreattaques puissantes exécutées par des éléments frais appartenant aux meilleures troupes allemandes et arrivant de l'arriére après plusieurs mois de repos.

L'artillerie ennemie, très renforcée dans la période qui a précédé l'attaque (50 batteries environ sur le front du C. A.) a exécuté des tirs de barrage et de contre-préparation de gros calibres puissants, contre-battanténergiquement notre artillerie et se livrant, en particuUer dans la région de Beau- Marais, à des tirs de destruction sur nos batteries ; elle a fait, en outre, un large emploi des obus à gaz sur les arrières, dans la région de Blanc-Sablon et dans la cuvette d'Oulches.

De notre côté, le mauvais temps a considérablement entravé l'action de notre artillerie. La plupart des réglages, surtout à gauche du secteur du C. A., ne pouvant se faire que par avion, il a été impossible, malgré le dévoûment de l'aviation du C. A., de remplir le programme prévu, ni d'avoir toutes les photographies des lignes allemandes nécessaires au contrôle des destructions. En outre, un certain nombre de tirs prévus n'ont pu être exécutés dans de bonnes conditions, en raison de l'arrivée tardive des munitions.

L'aviation de chasse, trop peu nombreuse au début de la préparation pour protéger les appareils de réglage d'une manière efficace, a, peu à peu, pendant les derniers jours, montré sa puissance sans toutefois empêcher les avions ennemis de venir, notamment le matin et même le jour de l'attaque, survoler nos lignes, souvent à basse altitude, et procéder à des réglagles sur nos premières lignes et sur nos batteries, en particulier dans la région de Beau-Marais.

L'infanterie du 1^' C. A. a fait preuve, comme toujours, d'un allant et d'une ténacité admirables, mais elle a eu, contre elle : les meilleures troupes allemandes bien reposées et constamment renforcées, un terrain très difficile, aux pentes abruptes, que le mauvais temps rendait encore plus pénibles à aborder ; des positions formidablement organisées et truquées avec de nombreuses mitrailleuses abritées dans le rocher que notre artiherie lourde n'a pu démoUr, avec des grottes et des abris souterrains, donnant à l'ennemi une sûreté complète pendant notre bombardement et lui permettant de préparer, dans les meilleures conditions, des contre-attaques soudaines et puissantes.

Elle s'est cependant accrochée sur ces pentes ; elle a

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i^agné du terrain, s'est emparée d'observatoires importants, a repoussé pendant cinq jours toutes les contre-attaques ennemies et a fait plus de 1 000 prisonniers. Elle a rempli sa tâche jusqu'à la limite de ses forces.

Si elle n'a pu réussir à s'emparer de la totalité du plateau de Californie, elle en a tout au moins conquis de haute lutte le rebord méridional et laisse ainsi à ses successeurs une situation très améliorée. A eux de compléter la conquête.

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