I. De points de doctrine d'ordre général
II. De points particuliers concernant certaines manœuvres envisagées par les V® et VI® armées.
1° J'insiste sur le caractère de violence, de brutalité et de rapidité que doit revêtir votre offensive, et en particulier sur l'acte de la rupture « visant du premier coup la conquête des positions de l'ennemi et de toute la zone occupée par son artillerie ).
Le mécanisme de la rupture à appliquer en conséquence entraîne la nécessité :
a. De demander la rupture totale des organisations défensives de l'ennemi aux D. I. engagées en première ligne, agissant droit devant elles et jusqu'au bout de leur capacité offensive ;
b. De fixer aux G. A. d'attaque des objectifs assez éloignés en direction desquels ils donneront leur maximum sans mesure.
Il faut aller le plus loin possible le jour J;
c. De donner nettement la préférence pour obtenir la chute des positions défendues avec ténacité aux manœuvres par dépassement résultant de la progression réalisée dans les zones voisines et que la nature du terrain permet d'ail-
(1) Des 6 et 7 janvier.
(2) Du 16 et du 18 janvier.
(3) Du 19 et du 22 janvier.
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leurs de prévoir, ainsi que vous l'indiquez à plusieurs reprises dans vos instructions ;
d. D'éviter l'emploi des divisions réservées de C. A. ou d'armée à des manœuvres de débordement ou des renforcements prématurés, mais viser plutôt leur emploi à l'exploitation tactique qui permet d'être fructueuse et qui serait précisément irréalisable si les D. L de deuxième ligne étaient prématurément dépensées ;
e. De faire participer à cette exploitation tactique la cavalerie des G. A. et les détachements de poursuite des divisions de cavalerie d'armée (Instruction du 10 décembre 1916).
La rapidité est à rechercher dans tous les actes de la bataille et la cavalerie la possède ; la puissance du feu dont elle dispose actuellement et dont elle connaît la valeur lui permettra de joindre Y audace à la ténacité dans cette phase de la bataille.
2° L'exploitation tactique suivra la rupture sans arrêt.
C'est bien ainsi que vous l'entendez par votre Instruction du 7 janvier et que l'entendent les généraux commandant les Ve et Vie armées dans leur plan d'action, mais j'attache à cette idée une telle importance que je n'hésite pas à l'affirmer une fois de plus et que je vous prie de veiller attentivement à ce qu'elle se traduise avec force dans les ordres définitifs à établir. Il ne faut pas, en particulier, que l'entrée en action de la X« armée, si pour des raisons à prévoir ■ — difficultés de marche ou autres — efie subissait quelques retards, entraîne le moindre ralentissement dans l'exploitation.
La libération des C. A. entre lesquels elle se glisse est donc à envisager par dépassement, en principe sur le front que vous avez prévu ou sur un front reporté plus au nord. en cas de retard de la X^ armée.
l» Une fiaison et une concordance étroites seront à assurer au point de jonction des V^ et VI^ armées, entre les corps intéressés (1" C. A., 2^ C. A.).
Que l'objectif final du jour J de la VP armée soit celui que le général Mangin envisage ou celui que vous lui indiquez comme objectif éventuel, il est nécessaire que la gauche de la V« armée (1er ^ a.) vise le jour J la conquête des hauteurs 201 au nord d'Arrancy, 209 (nord-ouest d'Aubigny), qui ne font qu'un avec cefies du Vieux-Laon
De même, le mode d'action indiqué par le général commandant la Vie armée pour son 2® G. A. G. n'apporte pas un concours suffisant à l'attaque des hauteurs de la Bove par le l^^ G. A. : il est indispensable que la droite du 2« G. A. G. ne se borne pas à le couvrir de ce côté par des échelons, mais qu'elle attaque ces hauteurs directement en Maison intime avec le l^r G. A., si la rapidité de progression de celui-ci égale la sienne, à revers si elle le dépasse, et le 1®' G. A. devra agir de même vis-à-vis du 2® G. A. G.
Je sais d'avance que cette question fera l'objet de toute votre attention ; mais son importance me conduit à vous recommander de la faire suivre de près le jour de la l)ataille.
2" A l'aile gauche de la VI^, il importe de bien préciser l'opération du 6« G. A. avec laquelle doit se conjuguer l'entrée en action du 37» G. A. au nord de Soissons.
La mission de couverture assignée en première phase au 6 « G. A. par le général Mangin et qui comporte le jour J la conquête des hauteurs du fort de I.a Malmaison répond bien à l'action d'ensemble de la VP armée.
Mais à cette couverture doit succéder sans arrêt la poursuite de l'offensive par ce G. A. dans la direction générale de l'Ouest, c'est-à-dire par ce G. A. dans la direction générale de l'Ouest, c'est-à-dire sur Terny, Juvigny et au delà, précisément en vue de faire tomber le système défensif qui domine Soissons.
C'est par cette manœuvre que le débouché du 37 « G. A. au nord de Soissons sera le plus facilement assuré et que pourra être entreprise en direction générale de l'Oise (Noyon-Chauny) une exploitation audacieuse sur la gauche de la Vie et la droite de la P®.
30 Vous avez avec raison dans votre note du 22 janvier exprimé l'intérêt qui s'attache à accentuer l'effort sur Brimont. Brimont est compris dans le système défensif à rompre ; il faut le prendre le jour J ; le front assigné au 7e G. A. rend difficile une attaque directe et puissante sur Brimont, et la manœuvre est à rechercher.
Vous pouvez compter pouvoir disposer à cet effet d'une division à agencer en combinaison avec une division de chars d'assaut débouchant de la région de Bétheny entre les voies ferrées Reims-Laon et Reims-Rethel, en direction de Bourgogne, Fresnes et an delà.
Si cette division d'infanterie est prélevée sur la X® armée, elle y sera remplacée.
4° Examinant dans la même note 734 du 22 janvier la
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manière d'exploitation projetée par la V^, vous avez également redressé plus au nord la direction à assigner au gros de cette armée et rectifié le mouvement de retraite du l^"" C. A., je vous approuve complètement.
Ainsi qu'il ressort de mon Instruction du 30 décembre, je prévois le mouvement rapide vers le Nord, suivant l'axe général Craonne-Guise du gros des forces du G. A. et sa couverture à droite par l'offensive de la V'^ à cheval sur l'Aisne : telle en est l'idée maîtresse ; les autres directions indiquées par la même Instruction au sud de l'Aisne visent des manœuvres d'exploitation latérales à entreprendre, non par le gros de l'armée, mais par des fractions.
Quant au l^r c. A., il n'est pas à considérer après retrait comme une réserve d'ordre défensif, mais comme une disponibilité à appliquer là où le commandant de l'armée voudra accentuer son effort. Son mouvement après libération n'est pas un retrait, mais un glissement latéral dans la direction générale du gros de la W" armée.
5° Le plan d'exploitation projeté par la VI« armée (du 20 janvier) dénote chez le général Mangin un esprit d'offensive et d'audace auquel je me plais à rendre hommage ; mais il n'est pas certain que les possibilités permettent d'en envisager l'exécution intégrale ; de grosses difficultés sont à prévoir du fait du resserrement des C. A. et des routes en mauvais état qui entraveront sérieusement l'adduction des moj^ens nécessaires pour avoir constamment une armée en pleine possession de ses moyens (artillerie lourde en particulier). D'ailleurs, l'exploitation mettant en jeu la X® armée doit faire l'objet d'un plan d'ensemble pour les trois armées que vous avez esquissé dans l'Instruction du 7 janvier et qui est à mettre au point.
Nivelle.
Lettre du général Nivelle au général Micheler.
13 février 1917.
« Mon cher ami,
« J'ai fait à Mangin de sérieuses remontrances au sujet de sa sortie de l'autre jour.
« Ces malentendus sont faciles à éviter si chacun veut bien y mettre du sien. Nous sommes encore dans une période
LA VÉRITÉ SUR l'AFFAIRE NIVELLE 171
d'étude ; il est tout naturel qu'on ne parle pas tout à fait le même langage, surtout puisque la comparaison a été faite quand il s'agit d'amalgamer ce qu'on a appelé V école de la Somme et celle de Verdun.
« J'ai dit à Mangin que j'étais bien sûr que vous ne refuseriez pas de l'entendre, s'il avait des objections à vous faire, à condition qu'il ne les fasse pas dans un esprit de récrimination, mais avec le désir de vous convaincre par arguments exposés avec le calme nécessaire. S'il reste une divergence de vues, vous me les soumettrez.
« Nous causerons souvent désormais. En attendant, je vous demande, au point de vue matériel, maintenant que les études préparatoires sont débrouillées, de donner des instructions qui soient vraiment des instructions de grou})e d'armées, fixant la mission, sans entrer dans le détail de l'exécution. Je m'en abstiendrai moi-même. C'est ensuite dans les visites aux divisions et Q. G., en causant avec les exécutants, qu'on peut, par la voie hiérarchique, imprimer ou modifier la direction, s'il y a lieu. ^^
« Au point de vue moral je vous demande de passer l'éponge sur ce fâcheux incident et faire en sorte qu'il n'en reste plus trace à la prochaine rencontre, demain devant le ministre, et autant qu'il dépendra de vous que cela ne se reproduise plus. Ma tâche est déjà assez lourde sans cela, la vôtre aussi.
« Je vous le demande comme je l'ai demandé à Mangin, au nom du Pays dont le sort est en jeu, etc..
« Nivelle. »
3e Bureau. 2 janvier 1917.
Instruction pour le général commandant le groupe d'armées du centre (G. A. C).
Le général commandant en chef les armées du Nord et "du Nord-Est se propose de poursuivre pour les opérations de 1917 la destruction de la ruasse principale des forces ennemies sur le front occidental. Ce but ne peut être atteint qu'à la suite d'une bataille décisive, livrée à toutes les forces disponibles de l'adversaire, suivie d'une exploitation intensive.
Il faut pour cela rompre le front adverse et battre au delà
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de la brèche toutes les forces de l'ennemi qui n'auront pas, au préalable, été fixées dans d'autres régions.
La nécessité de fixer l'ennemi et de l'amener à diviser ses forces conduit à attaquer en trois régions différentes, suffisamment espacées, et à échelonner les attaques dans le temps, de manière que celle qui paraîtra réunir a priori les plus grandes chances de succès bénéficie des heureux résultats des premières.
En conséquence, le G. A. N. attaquera en premier lieu dans la région au nord de l'Oise, en même temps que les armées britanniques passeront à l'offensive entre Arras et Bapaume.
Une autre attaque française sera préparée dans la région de l'Aisne. Le général en chef se réserve la possibilité d'exploiter les résultats obtenus dans l'une ou l'autre attaque.
L'importance des moyens matériels de toute nature à concentrer sur les fronts d'attaque principaux limite l'étendue. Mais les armées qui occupent le reste du front n'ont pas seulement pour but d'en assurer l'intégrité, elles doivent également déployer une énergie et une activité de tous les instants, pour se mettre en mesure de collaborer à l'action décisive, à partir d'une date qui sera précisée en temps utile (le 1 <"" février 1917 au plus tôt).
Le général commandant en chef le Groupe d'armées du Centre devra, dans ce but :
Faire rechercher les moyens de fixer l'ennemi, de l'inquiéter dans la mesure où le permettront les ressources en artillerie, artifierie de tranchée, grenades VB, bombardes DR, etc., d'empêcher ou tout au moins de ralentir ses relèves ; de préciser son ordre de bataifie par des coups de main.
Tenir ses armées prêtes, pour compléter et exploiter les succès remportés par les armées d'attaque, à passer à l'offensive dans le temps nécessaire, après qu'elles en auront reçu l'ordre, sur des terrains préparés à l'avance et par concentration des ressources de l'armée ou du groupe d'armées en hommes, en artillerie et en munitions.
S'attacher, par le perfectionnement des organisations défensives et la répartition de ses forces, à rendre possible
rallègeraent rapide de son front, en vue de réaliser les disponibilités nécessaires, soit pour exécuter les offensives prévues ci-dessus, soit sur l'ordre du général en chef, pour participer à la bataille décisive.
Il faut noter à ce sujet que l'armement actuel de Tinfanterie et la mise en service prochain de la bombarde DR donnent des facilités nouvelles pour l'exécution efficace de semblables opérations. Les fronts tenus par l'infanterie en acquièrent une solidité qui permettra de larges prélèvements sur l'artillerie, même employée aux barrages, en vue de concentrations puissantes, qui rendront même possible le renforcement des armées chargées des attaques principales au moyen de groupes de 75 prélevés sur les autres armées.
Il importe enfin de mettre au point toutes les questions qui se poseront en cas d'un brusque départ en avant (armement, équipement, engin à emporter ou à laisser, remise aux D. E. S. du matériel de toute nature, à laisser sur place, arrimage des vivres de réserve, mouvements de T. C, des cuisines, ravitaiUements, évacuations, etc.).
Un compte rendu des dispositions prises à cet effet sera adressé au G. Q. G.
Le général commandant le G. A. C. a pour mission :
1° De poursuivre la réduction des moyens engagés sur
le front de la 11^ armée, conformément aux directives par-
ticuUères qu'il a reçues à cet égard ;
2° De faire préparer l'extension éventuelle par la gauche
de la IVe armée des attaques de la V® armée et l'opération
prévue par une division dans la région de Navarin.
Nivelle.
Télégramme chiffré aux généraux Pétain