‹ L'officier de fortuneChapitre 44 sur 97 · LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE

Y a-t-il longtemps que vous m’attendez ? Ah ! J’ai eu bien peur, allez! Un moment j’ai cru que je ne viendrais pas.

TRENCK

Et vous arrivez par le parc!.,, seule, à cette heure, quelle imprudence!

LA PR I NCESSE .

Ne me grondez pas... mais veillez sur moi maintenant... vos précautions sont-elles prises, monsieur l’aide-de-camp?

TRENCK

Soyez sans crainte. Personne ne peut approcher sans que ce miroir, vous le savez bien, ne nous montre l’indiscret ou l’ennemi qui s’avancerait.

AMÉLIE, s’asseyant.

Eh bien ! venez, nous avons à causer sérieusement. (Se levant.) Ecoutez ? N’avez-vous pas entendu ? (fille regarde dans le miroir) Non !...Rien !...

TRENCK, s’ agenouillant et lui prenant les mains.

Causons donc... sérieusement, madame. (La regardant.)* Que je vous aime !

AMÉLIE, souriant.

Comme il dit cela 1 Ne croirait- on pas qu’il n’a plus d’autre pensée, d’autre ambition, d’autre devoir?

TRENCK

Si c’est votre coeur qui parle ainsi, madame, écoutez-le, car il dit vrai. Tous les désirs qui s’agitaient en moi : désirs d’ambition, de gloire, de fortune, ont disparu pour faire place à une seule pensée : Vous aimer et n’aimer que vous 1 Tenez, je parlais souvent avec raillerie des sentiments de tendresse, je n’y croyais pas ou feignais de n’y pas croire. Maintenant je crois à tout ce qui est'bon, à tout ce qui est grand, à tout ce qui est beau I II me semble que, depuis que je vous aime,

l’officier de fortune

je suis devenu meilleur, plus noble et plus brave. Ali! c’est qu’auprès de vous je suis lout ce que je puis être!... Et vous, madame, avec cette voix qui me trouble et m’enivre, ne voulez-vous pas me dire aussi que vous m’aimez un peu ?

AM ELI E

Ne le savez-vous pas ? Oui, mon ami, je vous aime!

TRlîKCK.

Chère Amélie! Ah ! Je voudrais que le temps s’arrêtât, car je le répète, dans les trois mots que vous venez de prononcer est renfermée maintenant toute ma vie.

AMÉLIE

Qui ne vous appartient pas? Ni à vous, ni à moi ! Vous êtes soldat, mon ami, et la volonté du roi, l’ordre d’un général, peuvent nous séparer à jamais! Avez-vous songé à cela que c’était peut-être un adieu éternel que nous venions échanger ici .

TRENCK

Un adieu! ... Oh ! par pitié ! taisez-vous I ne m’éveillez pas.

AMÉLIE

Demain, vous partez pour entrer en campagne. Combien de temps va durer cette guerre... Dieu le sait! Dieu qui punit les amours coupables.

TRENCK

Eh bien? dites un mot, et je suis prêt à renoncer à la faveur du roi. Oh! je me ferai avec joie, pauvre, obscur, mais indépendant, heureux de me consacrer à un amour qui, je le dis encore, est désormais ma seule pensée... ma seule gloire, ma seule ambition.

AMÉLIE

No ni mon ami, restez tel que vous êtes, je vous veux noble, fier, admiré 1 mais ce que je veux aussi, et avant tout, c'est que notre amour soit béni, protégé par le ciel. Je veux pouvoir porter avec orgueil notre doux et cher secret, et ne plus en rougir... Le voulez-vous aussi ?

TRENCK

Je n’ose vous comprendre?... Qu’elle est donc votre pensée?

AMÉLIE

Ma pensée, mon ami, elle est touto simple, toute naturelle, c’est de devenir votre femme.

TRENCK

Vous; ma femme!... et je me croyais aussi heureux qu’il est possible de l’être ? Mais qu’ai-je donc fait, moi, pauvre officier de fortune, pour mériter un bonheur aussi grand ? vous consentiriez à enchaîner votre existence à la mienne ?

AMÉLIE, avec tendresse.

C’est mon plus cher désir ! (Changeant de ton.) Écoutez vite mon projet : demain, vous devez me quitter pour vous rendre

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