‹ L'officier de fortuneChapitre 77 sur 97 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Vous accourez ici, inquiète, troublée, frémissante, pourquoi ? et qu’est-ce que cela peut vous faire que je soupçonne M. de Trenck? En quoi cela peut-il vous intéresser?

AMÉLIE

Mon frère !

LE ROI

Ah! il faut en finir! Je n’ai pas été dupe de votre comédie, l’autre soir, dans ce pavillon. Mademoiselle de Lendorff n’était pas seule avec ce jeune homme, vous y étiez aussi... et vous vousêtes enfuie à mon arrivée. Ne niez pas, ne mentez pas, je le sais, j’en ai eu la preuve. ** (Amélie conrbo la tête sans répondre.) Eh bien l c’est assez d’imprudences comme cela et il est temps d’y mettre un terme !

AMÉLIE

Que voulez-vous dire?

LE ROI

Je dis que vous ôtes née sur les marches d’un trône et qu’il faut que vous sachiez accepter une alliance digne de vous, digne de moi. Naissance oblige et j’y aviserai !

AMÉLIE, suppliante.

Ohl mon frère! Qu’exigez-vous là? Vous auriez le courage de nous séparer... maintenant? mais ce n’est plus possible!

LE ROI

Ainsi vous avez oublié, à ce point, le respect que vous me devez?... le respect do vous- môme. (Avec éclat. Amélie confuse et n’osant répondre baisse la tête et se prosterne devant lui.) Malheureuse !

AMÉLIE

Mon frère?...

Je ne suis plus votre frère... je suis votre roi...

AMÉLIE

Méprisez-moi... chassez-moi I Mais ne l’accusez pas d’un crime odieux, quand il est innocent.

LE ROI

Vous venez de le condamner !...

AMÉLIE

Sur ma vie, sur mon salut éternel. Sire 1 je vous jure que, ce soir, il ne m’a pas quittée d’un instant.

LE ROI

Et c’est cela que vous allez dire à ceux qui affirment l’avoir vu? Vous leur crierez : Il est innocent, car, ce soir, je ne l’ai pas quitté, moi, sa maîtresse! Mais pour votre honneur... qui -est aussi le mien, vous ne direz pas cela, je vous le défends.

l’officier de fortune

AMÉLIE

Alors, il est perdu !

LE ROI

A qui la faute? Pourquoi m’avez -vous indignement trompé, vous? Pourquoi a-t-il osé me braver, lui ? Pourquoi n’a-t-il pas voulu voir le danger dont je l’avais menacé. 11 subira la destinée qu’il s’est faite.

Mais c’est affreux ! Et je ne puis le laisser condamner ainsi !

LE ROI

Il aura toute liberté pour se défendre !

AMÉLIE

Mais vous savez bien qu’il se taira ; vous savez bien qu’il endurera toutes les tortures plutôt que de prononcer mon nom.

LE ROI

Je l’espère bien, et son silence me suffit.

AMÉLIE

Oh! tenez, c’est indigne, ce que vous voulez faire là 1 Mais ne croyez pas que je laisse déshonorer ainsi l’homme qui n’a commis d’autre crime que de m’aimer.

LE ROI

Prenez garde 1

AMÉLIE

Oh ! vous ne me faites pas peur ! C’est mon époux devant Dieu, mon époux que je dois justifier, que je dois défendre.., Et devant tous, je dirai la vérité, je parlerai... oui, je parlerai!... Eh ! que m’importe votre honneur royal !... Vous êtes sans pitié et sans cœur! Eh bien! je serai sans remords et sans honte! car mon honneur à moi sera de le sauver!

LE ROI, lui saisissant le bras,

Vous parlerez? Vous parlerez...

AMÉLIE, dominée.

Non !... Eh! bien, non!... mais alors c’est moi que vous punirez... Moi seule! ce n’est pas lui que vous livrerez au mépris, que vous réduirez au désespoir, (s’agenouillant.) Tenez, me voici à vos genoux, humiliée, suppliante. Ayez pitiéde ma douleur, de mes larmes? Au nom de notre mère, qui m’eût pardonnée, elle !... Grâce pour lui, mon frère... grâce.

LE ROI, froidement.

Relevez-vous !

AMÉLIE

Mon frère? Au nom de tout ce qui vous est cher... grâce!

LE ROI, vivement.

Relevez-vous, vous dis-je, on vient.

Il la fait relever.

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