ACTE QUATRIÈME
Vous accourez ici, inquiète, troublée, frémissante, pourquoi ? et qu’est-ce que cela peut vous faire que je soupçonne M. de Trenck? En quoi cela peut-il vous intéresser?
AMÉLIE
Mon frère !
LE ROI
Ah! il faut en finir! Je n’ai pas été dupe de votre comédie, l’autre soir, dans ce pavillon. Mademoiselle de Lendorff n’était pas seule avec ce jeune homme, vous y étiez aussi... et vous vousêtes enfuie à mon arrivée. Ne niez pas, ne mentez pas, je le sais, j’en ai eu la preuve. ** (Amélie conrbo la tête sans répondre.) Eh bien l c’est assez d’imprudences comme cela et il est temps d’y mettre un terme !
AMÉLIE
Que voulez-vous dire?
LE ROI
Je dis que vous ôtes née sur les marches d’un trône et qu’il faut que vous sachiez accepter une alliance digne de vous, digne de moi. Naissance oblige et j’y aviserai !
AMÉLIE, suppliante.
Ohl mon frère! Qu’exigez-vous là? Vous auriez le courage de nous séparer... maintenant? mais ce n’est plus possible!
LE ROI
Ainsi vous avez oublié, à ce point, le respect que vous me devez?... le respect do vous- môme. (Avec éclat. Amélie confuse et n’osant répondre baisse la tête et se prosterne devant lui.) Malheureuse !
AMÉLIE
Mon frère?...
Je ne suis plus votre frère... je suis votre roi...
AMÉLIE
Méprisez-moi... chassez-moi I Mais ne l’accusez pas d’un crime odieux, quand il est innocent.
LE ROI
Vous venez de le condamner !...
AMÉLIE
Sur ma vie, sur mon salut éternel. Sire 1 je vous jure que, ce soir, il ne m’a pas quittée d’un instant.
LE ROI
Et c’est cela que vous allez dire à ceux qui affirment l’avoir vu? Vous leur crierez : Il est innocent, car, ce soir, je ne l’ai pas quitté, moi, sa maîtresse! Mais pour votre honneur... qui -est aussi le mien, vous ne direz pas cela, je vous le défends.
l’officier de fortune
AMÉLIE
Alors, il est perdu !
LE ROI
A qui la faute? Pourquoi m’avez -vous indignement trompé, vous? Pourquoi a-t-il osé me braver, lui ? Pourquoi n’a-t-il pas voulu voir le danger dont je l’avais menacé. 11 subira la destinée qu’il s’est faite.
Mais c’est affreux ! Et je ne puis le laisser condamner ainsi !
LE ROI
Il aura toute liberté pour se défendre !
AMÉLIE
Mais vous savez bien qu’il se taira ; vous savez bien qu’il endurera toutes les tortures plutôt que de prononcer mon nom.
LE ROI
Je l’espère bien, et son silence me suffit.
AMÉLIE
Oh! tenez, c’est indigne, ce que vous voulez faire là 1 Mais ne croyez pas que je laisse déshonorer ainsi l’homme qui n’a commis d’autre crime que de m’aimer.
LE ROI
Prenez garde 1
AMÉLIE
Oh ! vous ne me faites pas peur ! C’est mon époux devant Dieu, mon époux que je dois justifier, que je dois défendre.., Et devant tous, je dirai la vérité, je parlerai... oui, je parlerai!... Eh ! que m’importe votre honneur royal !... Vous êtes sans pitié et sans cœur! Eh bien! je serai sans remords et sans honte! car mon honneur à moi sera de le sauver!
LE ROI, lui saisissant le bras,
Vous parlerez? Vous parlerez...
AMÉLIE, dominée.
Non !... Eh! bien, non!... mais alors c’est moi que vous punirez... Moi seule! ce n’est pas lui que vous livrerez au mépris, que vous réduirez au désespoir, (s’agenouillant.) Tenez, me voici à vos genoux, humiliée, suppliante. Ayez pitiéde ma douleur, de mes larmes? Au nom de notre mère, qui m’eût pardonnée, elle !... Grâce pour lui, mon frère... grâce.
LE ROI, froidement.
Relevez-vous !
AMÉLIE
Mon frère? Au nom de tout ce qui vous est cher... grâce!
LE ROI, vivement.
Relevez-vous, vous dis-je, on vient.
Il la fait relever.