WILIIEM, FRÉDÉRIC DE TRENCK, SCHELL
Officiers, Gardes du corps, Soldats.
LA METTRIE, aa roi.
Sire, voici M. de Trenck.
Entrée de tout le monde, Trenck le dernier.
TRENCK, au roi.
Vous m’avez fait appeler, Sire ?
LE ROI
Oui, monsieur, et j’espère que, devant tous, votre justification ne se fera pas attendre.
TRENCK
Ma justification l
LE ROI
Monsieur vous étiez chargé de veiller ici cette nuit, une terrible accusation pèse sur vous, car une somme considérable vient de m’être volée...
TRENCK
Et vous m’accusez...
LE ROI
Ce n’est pas moi, qui vous accuse ! MM. La Mettrie et de Lendorff, ici présents, affirment sur l’honneur que, seul, vous êtes entré, ce soir, dans ma tente.
TRENCK
Moi? ce soir?
LE ROI
Et que vous leur ave?, parlé.
TRENCK, à La Mettrie et à Lendorff.
Voyons, messieurs, regardez-moi bien en face? Vous aussi, deSchell?... Il est impossible que vous m’ayez vu ? (Silence. Vous gardez le silence, et vous détournez les yeux? Au nom du ciel, regardez-moi, et répondez. Àhl sire! nous sommes entourés d’ennemis et il y a là quelque piège indigne! quelque trahison infâmo.
LE ROI
C’est une supposition que vous faites.
TRENCK
Une^supposition? Quoi! vous persistez encore. (Riant.) Ah! ah! ah! Moi, Frédéric de Trenck l voleur! voleur?... Ah! ah! vraiment on n’a pas idée d’une accusation semblable.
LE ROI
Vous oubliez, monsieur... à qui vous parlez!
l’officier de fortune
TRENCK
Ah l- pardon... j’ai tort, et je vous demande pardon... Mais je suis bien excusable, allez! car ma tète se perd, mes idées se confondent.
AMÉLIE, à part.
Mon Dieul... comme il souffre!
Elle fait nn mouvement que le roi réprime du regard.
TRENCK, fiévreusement.
Je fais tous mes efforts, je vous le jure, sire, pour me persuader, pour me convaincre que c’est bien à moi que l’on parle... et de qui l’on ose parler ainsi ! Mais, vovons, ce n’est pas sérieux? Cela n’est pas, cela ne peut pas être 1 Tenez, il y a là quelque fatalité inouïe !
Quelque fatalité?
TRENCK
Oui, sire, je vous le jure?
LE ROI
Cela est facile à dire.
TRENCK
Eh bien ! il est impossible que l’on m’ait vu ce soir, ici, puisque j’étais absent.
LE ROI
Vous étiez absent? vous aviez abandonné votre poste?
TRENCK
Eh! bien! oui, j’ai manqué à mon service, à mon devoir, je m’en accuse, et je suis prêt à subir, quel qu’il soit, le châtiment de ma faute!... Mais vous le voyez bien, sire, je ne suis pas un voleur, je ne puis être coupable d’une infamie qui a été commise en mon absence?... Oui, c’est cela, j'ai manqué à mon devoir, j’en fais le serment, et je suis prêt à mourir, mais alors le front haut, en soldat 1 Vous pouvez me frapper : ma vie est à* vous, mais mon honneur est à moi, et vous ne me déshonorerez pas!
LE ROI
Monsieur, vous étiez absent... dites-vous... Eh! bien, où étiez-vous? et avec qui étiez-vous?
Il regarde Amélie.
TRENCK, répétant machinalement.
Où j’étais? et avec qui j’étais? mais je...
S CH E LL, s’approchant de Trenck.
Au nom du ciel, Trenck, parlez !
TRENC K.
Impossible!,.. Jamais i