‹ L'officier et la crise françaiseChapitre 10 sur 11 · G l’officiek · texte numérisé non relu

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conçu par le Père et qu’il est cependant aussi éternel que lui.

Si on vient nous dire que tel ou tel phénomène vient d'être observé qui déroute toutes les données de la science actuelle, nous répondrons ; cela est possible, bien que nous ne le comprenions pas. Nous nous garderons d’ajouter que cela est contraire aux lois de la nature ou du bon sens, attendu que nous n’avons pas la prétention de connaître les premières dans leur totalité, et que quant au second, il est variable, surtout en matière de science, suivant les époques. Avant Galilée le bon sens consistait à croire que la terre était immobile et que le soleil tournait autour d’elle; il n’en va plus de même aujourd’hui. Quand Galvani fit sa fameuse découverte, le bon sens consistait à croire que le courant électrique n’existait pas et que « le maître de danse des grenouilles » était toqué. Gela a changé depuis.

Donc il y a des mystères aujourd’hui qui demain seront des vérités banales.

Mais si l’on vient nous dire que deux et deux ne font plus quatre, que marcher c’est rester immobile, que le jour c’est la nuit, nous répondons à ceux qui nous parlent de mystère : c’est absurde, donc cela n’est pas.

Nous ne comprendrions pas, pour notre part, une religion qui serait en contradiction avec les données certaines et absolues de la science et de la raison, car, nous le répétons, il est des vérités accessibles et définitivement conquises par l’esprit humain. Nous admettons la 'possibilité de faits inexplicables avec nos faibles ressources, mais non celle de ceux qui seraient

en opposition avec des principes certains. Une pareille religion ne saurait émaner de Dieu, et nous ne croyons pas à sa révélation, du moins telle qu’on nous la présente. Pour nous, si révélation il y a eu, elle a été altérée Dieu ne saurait enseigner des inexactitudes ou des absurdités.

Continuons notre examen.

Voici un pilier tout Üambant neuf, on peut le dire, mais combien délabré déjà! Lisons.

Immaculée Conception!

En effet, bien que la fête de l’immaculée Conception ait été instituée dans l’Eglise au xii« siècle, le décret l’érigeant en dogme ne date que du 8 décembre 1854, sous le pontificat de Pie IX, le même qui plus tard, en 1870, décrétera l’infaillibilité papale. Quel pontife que ce Pie IX! Si tous les j^apes avaient été aussi prodigues que lui en fait de dogmes, nous èn serions accablés. Déjà, avec ceux que l’on a, on ne peut pas respirer. Et notez qu’il vivait au dixneuviéme siècle. Malheur à nous s’il eût vécu au moyen-àge! L’esprit humain eût peut-être bien été obscurci à jamais.

Donc il est convenu que la Vierge a été conçue sans péché, qu’elle a enfanté tout en restant vierge et qu’elle n’a jamais commis de péchés, même véniels. Elle n’est pas morte non plus, elle a été enlevée au ciel le 15 août, d’oû la fête de l’Assomp-

1. Sans entrer dans des explications qui nous mèneraient trop loin, nous dirons que pour nous le mot révélation signifie simplement « enseignement » d’un prophète, d’un missionnaire, et non la remise plus ou moins solennelle des Tables de la Loi sur un Sinaï quelconque, au milieu des nuages et des éclairs.

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tion. Tous ces miracles se conçoivent sans peine (|uand on songe que cette brave l'einme était la mère de Jésus, c’est-à-dire de Dieu lui-même, ni plus, ni moins. Il s’agirait seulement de nous donner quelques preuves.

Or, si nous consultons les Saintes Ecritures, nous trouvons plusieurs passages plutôt fâcheux pour le dogme en question. C’est ainsi qu’au douzième siècle, les chanoines de Lyon ayant établi une fête de rimmaculée Conception de Notre-Dame (H40), saint Bernard leur reprocha vivement cette innovation dans une lettre où il se plaignait « de surprendre la superstition chez les sages... » (Saint Bernard, épître 174).

Saint Paul dit dans Tépître aux Romains, chap. v, que Jésus-Christ seul n’a pas été atteint par le péché originel. Donc, pour ce saint, Marie ne fait pas exception à la règle.

Il a été prouvé d’autre part par des gens plus compétents que nous, que Jésus n’était pas fils unique. On en trouve du reste la preuve formelle dans les Evangiles.

« Joseph donc étant réveillé de son sommeil, fit )) comme l’ange du Seigneur lui avait commandé, » et il prit sa femme. Mais il ne la connut point » jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son fils premier-né, )) et il lui donna le nom de Jésus » [Mathieu, cha- » pitre i).

« Elle mit au monde son fils premier-né et elle » l’emmaillota... ))(Luc, ch. ii).

Jésus enseignant dans la synagogue de Nazareth, étonnait par son savoir plusieurs de ses auditeurs qui disaient :

« Où a-t-il pris tout ce qu’il dit? D’où lui vient » tant de savoir? Gomment opère-t-il tant de prodi- » ges? N’est-ce pas là ce charpentier, fils de Marie,

)) frère de Jacques, de Joseph, de Judas et de » Siméon? N'avons-nous pas ses sœurs au milieu » de nous? Et ils étaient scandalisés de ses dis- » cours » {Saint Marc, ch. vi).

Saint Mathieu, ch. xii, est tout aussi affirmatif; il dit la même chose à peu près dans les mêmes termes. Dans les actes des apôtres il est également question des frères de Jésus, sans équivoque possible.

A cela les prêtres catholiques répondent que les dits frères et sœurs n’étaient que des cousins et cousines. On se demande alors ce qu’a voulu dire l’ange Gabriel par ces mots : « Et sachez qu’Elisabeth, votre cousine, a conçu aussi elle-même un fils dans sa vieillesse. {S. Luc, ch. i.) Pourquoi n a-t-il pas dit (( votre soeur » puisque sœur veut dire cousine ? A moins d’admettre que le mot sœur signifiant cousine, inversement, le mot cousine signifiât sœur, et dans ce cas Elisabeth serait la sœur de la Vierge. Si les catholiques peuvent s’accommoder de cette parenté, tant mieux.

Du reste, le Christ n’a eu aucunement à se louer de sa mère et de ses frères qui le prenaient pour un fou. Même dans sa famille, il a eu le sort de tous les novateurs, celui d’être méconnu. Les (( nationalistes » sont de tous les temps et de tous les lieux; il n’en manciuait pas en Judée.

Aujourd’hui les catholiques ont élevé à la Vierge un culte ridicule. Il n’est plus question que du Sacré-Cœur de Marie, de Notre-Dame de ci, de No-

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tre-Dame de là. Un commerce honteux s’est établi à ce sujet. Pour être édifié, il n’y a qu’à lire, entre autres choses, l’article « simples prospectus » que M. Jean de Bonnefon, dans le Journal du 24 mai 1899, a consacré au

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C’est pour rien.

On se demande en vérité et avec tristesse, jusqu’à quelle limite peut aller la bêtise des exploités et l’audace des exploiteurs.

Mais poursuivons nos observations.

Voici les derniers piliers. Nous lisons : Baptême, Confirmation, Extrême-Onction, Eucharistie, Confession, et enfin infaillibilité papale.

Il y aurait beaucoup à dire sur chacun d’eux, mais nous craignons de donner à cette étude sommaire plus d’importance qu’elle n’en comporte, dans le cadre que nous nous sommes fixé. Nous nous bornerons à constater, en ce qui concerne le baptême, par exemple, qu’aucun texte des Evangiles n’autorise à lui donner la signification que lui attribuent les catholiques, c’est-à-dire l’elfacement du péché

originel. Du reste Jésus n’a jamais baptisé personne par lui-même. On avouera que cela est étrange, si réellement le baptême a une efficacité aussi grande.

Il n’est pas question de la confirmation dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Le concile d’Elvire, en Espagne, tenu en 305, est le premier qui s’en soit occupé ou tout au moins qui en ait laissé trace. Elle n’est d’ailleurs pas indispensable aux catholiques pour leur salut. Elle semble avoir été en quelque sorte détachée du baptême avec lequel elle fait double emploi ; dans les deux sacrements le fidèle est oint avec le Saint-Chrême.

L’extrême-onction, comme son nom l’indique, se donne in-extrernis . A l’origine elle semblait être plutôt une mesure thérapeutique. On en a fait un sacrement qui « prépare immédiatement le malade pour la gloire » dit saint Thomas.

Nous ne dirons rien de l’Eucharistie, si ce n’est que l’absurde n’a décidément pas de limites. Rappelons à ce propos le mot de Cicéron dans son traité « De Divinalione », livre IL II dit ;

(( Les hommes ont épuisé toutes les épouvanta- » blés démences dont ils sont capables; ils n’ont » plus qu’un pas à faire, c’est de manger le Dieu » qu’ils adorent. »

Il prophétisait juste. Nous n’insisterons pas non plus sur la confession ; il y a longtemps que la raison a fait justice de cette monstrueuse aberration de l’esprit humain.

Quant à l’infaillibilité papale, ne datant que de 1870, espérons que c’est le chant du cygne. Elle s’appuie sur le fameux texte : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de V En-

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fer ne prévaudront point contre elle. » Si Pierre s’était appelé Joseph ou Arthur, on se tlemande avec inquiétude ce qui serait arrivé.

Notre rapide étude sur les causes de la catastrophe est terminée. Nous venons de voir qu’elles peuvent se résumer en une seule ; le dogme catholique dans son absolutisme et son absurdité.

Le cléricalisme, le militarisme et en général toutes les réactions qui pèsent d’un poids si lourd sur l’esprit de la France, sont les fruits naturels du dogme. Il est l’autorité. Le libre examen, l’esprit critique n’ont c[ue faire dans une société qui se courbe sous .^onjoug. La foi aveugle et l’obéissance passive y ont seules droit de cité.

Ne soyons donc pas surpris de l’énorme résistance qu’a rencontrée devant elle une œuvre réparatrice de justice et de vérité. Les gens capables d’accepter sans discussion, des dogmes aussi absurdes que ceux que nous venons d’étudier sommairement, aussi inhumains parfois, étaient une proie tout indiquée pour les partisans de l’iniquité et du crime. Aussi les affirmations les plus saugrenues, les accusations les plus monstrueuses ont-elles trouvé chez eux un crédit facile et illimité. Il y a bien eu quelques exceptions, mais si rares, qu’elles sont négligeables pour la thèse que nous soutenons.

Ne nous étonnons pas non plus après cela, que notre démocratie éprouve tant de difficultés à s’installer définitivement sur les ruines de l’ancien ordre social. Il se forme autour des nations comme

une atmosphère morale où des forces inconnues s’agitent. Les générations sont solidaires les unes des autres; de chacune émanent des eftluves qui imprègnent, pour ainsi dire, l’amhiance. Ces eftluves sont bons ou mauvais; la génération qui s’en va les lègue à la suivante. Il appartient à celle-ci de les épurer, ou, s’ils sont bons, de se les assimiler. En aucun cas, elle ne peut les négliger, ils font partie intégrante de sa vie intellectuelle et morale et, si nous ne craignions de nous montrer par trop extrascientifique, nous ajouterions ; et même de sa vie matérielle. Le proverbe latin, mens sana in corpore sano, nous paraît pouvoir être retourné et étendu. Noms pensons en effet, contrairement à son sens littéral, qu’un corps sain ne prouve nullement une âme saine; il n’y a qu’à regarder autour de nous, et surtout dans la classe des satisfaits, pour s’en convaincre. Du reste Juvénal n’a jamais voulu dire cela.

Au contraire, à une âme saine correspond souvent un corps sain. Nous irons même plus loin et nous dirons qu’à une àme absolument saine ne peut correspondre qu’un corps absolument sain. On ne comprendrait pas en effet pourquoi Dieu infligerait les douleurs de la chair aux âmes saines qui, par cela même, n’ont pas besoin de se retremper dans la souffrance. Seulement ces àmes-là n’existent pas sur la terre, l’absolu n’étant pas de notre domaine. Mais on peut s’en rapprocher de plus en jjlus : là est précisément le progrès. Or, il en est des peuples (mmine des individus, le moral réagit sur le physique. Un peuple qui respire la liberté, la justice et la fraternité, se porte mieux, non seulement

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moralement mais matériellement, que celui qui respire le despotisme et l’arbitraire, et surtout le dogme religieux sans discussion.

Or, il s’était formé autour de la nation française, une atmosphère de servitude accumulée par quinze siècles d’absolutisme romain. Le souffle puissant de la Révolution faillit bien un jour la dissiper à jamais et on eut de belles échappées sur le ciel bleu ; mais, tels des nuages sombres se reformant après le passage de l’ouragan, les dogmes, de nouveau, obscurcirent le ciel après la tourmente et enveloppèrent la France. La nuit cependant était bien moins noire. Le vent violent n’avait pas complètement cessé et avait fait place à une brise assez puissante qui depuis plus d’un siècle souffle à son tour sans se lasser. Mais les ténèbres étaient épaisses et la besogne immense. Déjà pourtant cette nuit s’éclaircit ; on la voit s’effacer peu à peu, l’aurore pointe à l’horizon : l’esprit humain, secouant son manteau sombre, semble vouloir enfin entrer dans le jour lumineux. Il y entrera, car c’est écrit, et tout nous dit que les temps sont arrivés. Mais ce ne sera pas sans peine et il lui faudra livrer encore bien des combats à l’obscurantisme. Les succès, contre lui, quelque décisifs qu’ils paraissent, ne sont définitifs qu’à la condition de les poursuivre sans cesse ; l’ennemi est tenace et habile et il possède au suprême degré l’art de la dissimulation. Eternel Tartufe, le masque est son bouclier. Apprêtons-nous donc à déjouer ses calculs tortueux et infâmes, à empêcher ses mouvements tournants, à arrêter ses retours offensifs. Pour cela ne nous défendons plus, attaquons! Ayons le courage de por-

ter le fer et le feu dans les cohortes noires. Plus de fausse pudeur. Passons à cette offensive énergique et vigoureuse qui seule peut procurer les victoires durables. Mettons tout à nu. Nous verrons ainsi les laideurs et les tares de ce qui jusqu’ici nous paraissait beau.

Et qu’on ne vienne pas nous parler d’un réalisme déplacé. Qu’on ne vienne pas nous dire que certains défauts doivent être soigneusement cachés à la foule. Non, non, plus de mensonges, plus d’hypocrisies, de la lumière et de la vérité ! L’ulcère que l’on dissimule n’en ronge que mieux : extirpons le, mettons le fer rouge dans la plaie. Le nu ne blessa jamais la vraie pudeur; les imaginations malades ou corrompues peuvent seules en être offusquées. La feuille de vigne nous a toujours paru une concession regrettable dê l’Art. Supprimons-la!

Voilà pourquoi nous avons résolument pénétré dans cette arche sacro-sainte qui s’appelle l’Armée. Nous avons étudié de près ses officiers, nous les avons disséqués! La foule, jusqu’ici, était habituée à les voir sur un piédestal et de loin ; nous les lui avons montrés de près. On va nous crier : sacrilège! Pour certains énergumènes du patriotisme, instruments aveugles entre les mains de certaines factions politi(iues, dès qu’on dénonce un abus militaire, dès qu’on signale un défaut dans la cuirasse, on est traître à la patrie, on est l’agent cosmopolite de syndicats imaginaires.

Laissons ces inconscients et passons!

Pénétrons résolument dans l’arène et luttons !

Apportons modestement notre pierre à l’édifice qu’il s’agit de reconstruire sur un nouveau plan.

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Au surplus, (|uelle est la situation?

Deux euneinis forinida])les se dressent devant nous le catholicisme ' et le militarisme. Il s’agit de les ahallre à jamais. 11 s’agit de couper enlin d'un seul coup les sept têtes de ces hydres sans cesse renaissantes. A l’œuvre tous les gens de cœur ! A l’œuvre tous les gens de progrès ! A nous tous réunis nous valons bien Hercule.

Arrière les oiseaux de ténèbres, le jour va luire !

Personnellement, nous avons tenu à prendre une petite place, dans les rangs des légions se ruant à l attaque du militarisme. La fortune a précisément voulu que nous nous trouvassions dans cette Armée qu’il s’agit, non pas de combatlre, mais de régénérer. Nous nous proposons comme guide d’une des colonnes d’assaut. Mais auparavant expliquons les mobiles de notre conduite, les sentiments qui s’agitent en notre âme.

Nous croyons fermement au progrès indéfini de l’esprit humain. Nous sommes de ces utopistes croyant à la disparition de la guerre et cela à bref délai. Au moment où nous écrivons ces lignes, le Congrès de la Haye tient ses assises. Nous n’en espérons pas des résultats bien importants ni surtout bien immédiats, et cependant nous sommes convaincu qu’un siècle ne s’écoulera pas, peut-être même un demi-siècle sans que la Paix soit définitivement établie en Europe. Nous sommes de même partisan de la suppression des armées permanentes, suppression inévitable, croyez-le bien, mais

!. 11 ne s’agit plus du cléricalisme ; c’est au catholicisme lui-meme, c’est à cette religion abêtissante, incompatible avec tout progrès, qu’il faut s’attaquer.

qui ne pourra probalilement se faire que par une entente internationale. En attendant, une nouvelle organisation de l’arniée nous semble s’imposer, étant donné le rôle qui paraît devoir lui être dévolu à l’avenir. Ce rôle nous paraît devoir être purement défensif. Ayons le courage de le dire : la France, de plus en plus, semble ne pouvoir plus se mesurer contre l’Allemagne. Celle-ci a déjà une population supérieure à la nôtre, d’environ quinze millions d’habitants. Dans vingt ans elle en aura presque le double. De plus, en Allemagne, le commerce et l’industrie marchent à pas de géant; en France ils piétinent sur place. Elle devient riche et nous nous faisons pauvres.

Nous sommes un peuple en décadence, ils sont un peuple d’avenir. Les causes? Nous n’avons pas à les rechercher ici ; nous constatons les elfets, simplement. Mentionnons seulement, en passant, notre dépopulation, c’est incontestablement la cause principale.

Sur l’existence de cette décadence tout le monde est d’accord. Aussi des tentatives sérieuses de rapprochement avec l’Allemagne se sont-elles produites, et du côté où on les attendait le moins. On s’accorde à reconnaître que cette expectative irritante ne saurait durer plus longtemps. On cherche un modus vivendi et on le trouvera.

Mais l’Alsace-Lorraine ?

Nous y pensons.

Eh bien I nous posons une question à tous les Français de bonne foi, tant soit peu instruits de la situation politique de leur temps :

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Croient-ils que nous puissions reprendre nos deux provinces par la force ?

S’ils sont sincères, ils répondront ; non 1

Alors ?

Faut-il continuer à s’épuiser en armements, à imposer à notre pays des charges désormais trop lourdes pour lui ? Faut-il continuer à gaspiller des hommes et des millions pour une revanche impossible, ail lieu de les consacrer au développement du bien-être, au soulagement de la misère ? Feronsnous longtemps encore faillite à la civilisation ? Songeons aux dépenses faites depuis l’Année terrible, plus de trente milliards, à celles qui resteraient à faire, à celles que coûterait une guerre même victorieuse I Songeons aux désastres d’une pareille lutte, désastres que rien ne compenserait. Songeons aussi que nous risquerions notre existence même. Il faut donc en prendre notre parti.

Mais alors, hurleront les énergurnènes dont nous avons parlé, alors, vous gardez au flanc la blessure saignante, vous vous inclinez devant la force, vous gardez le soufflet. Vous êtes un lâche !

— Non, nous ne nous inclinons pas devant la Force, non, nous ne sommes pas lâche. Nous nous arrêtons seulement devant un obstacle infranchissable et nous attendons.

— Quoi?

— La Justice immanente ! Nous savons que Dieu ne permettra pas le triomphe définitif de la Force, nous savons que le Droit aura le dernier mot. Et pour n’envisager que quelques hypothèses, nous entrevoyons les Etats-Unis d’Europe, ou bien l’avénement des peuples au gouvernement des Etats,

la république européenne d’abord, universelle plus tard. Les peuples, comme les individus, s’émancipent dés qu’ils sont majeurs.

Dans le premier cas l’Alsace-Lorraine cessera d’être une pomme de discorde; dans le second, si elle le désire toujours, elle sera rendue à la France dans un beau mouvement de justice restiiutive du peuple allemand, maître de ses destinées et conscient de ses actes.

— Imbécile , diront les esprits forts ; rêveur, dira la masse.

— Ils ne croient donc qu’au gendarme, ces genslà? Que font-ils donc de leur religion? Il est vrai qu’elle les abêtit. L’avenir est à Dieu.

Donc nous ne pouvons plus songer à la lutte contre l’Allemagne. Du reste, même si nous devions être vainqueurs, nous n’en voudrions pas. Notre génération n’a pas le droit de commettre cet attentat immense contre la civilisation. Nous ne voulons rien devoir à la violence, même ce qui nous est dû. Nous aimons mieux l’obtenir de la justice et du temps. Les peuples ont une conscience. Nous laissons le peuple allemand en tête-à-tête avec la sienne.

Nous entendons un ricanement insultant dans la foule. — Triple imbécile, nous crie-t-on encore du bas, et la Pologne ? Pensez-vous qu’elle empêche ses spoliateurs de digérer et de dormir en paix ?

— La Pologne vivra, nous crie une voix du haut. Et la clameur du bas-fond se tait.

— Quand? demandons-nous.

— Quand les peuples seront maîtres, répond la /oix.

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Nous le croyons.

Ainsi plus de grandes guerres oft'ensives. Nous ne pouvons penser qu’à nous défendre. Quel doit donc être le but que nous devons chercher à attein-' dre? Mettre chaque citoyen valide en état de défen-i dre le pays. L’armée professionnelle doit donc disparaître à jamais. j

Au reste, l’armée actuelle n’a pas ce caractère; elle n’est pas non plus une simple garde préposée à la défense des frontières. C’est quelque chose d’hyhride qui ne peut être considéré que comme transitoire. Mettons que c’est un trait d’union entre les deux armées, celle du passé et celle de l’avenir.

Or, celle de l’avenir, c’est la milice nationale. Aveugle qui ne le voit pas. Il nous faut donc transformer notre armée.

Plusieurs projets sont à l’étude. Nous ne les discuterons pas, cela n’entrant pasdansnotre plan. Quoi qu’il en soit, une nouvelle loi de recrutement s’impose. La loi de deux ans et même celle d’un an sera suffisante pour assurer la défense nationale. Laissons crier les professionnels et certaines castes sociales qui voient dans l’armée une gendarmerie intérieure bien plus qu’autre chose. Ces castes-là ont tout intérêt à faire du soldat l’être passif qu’il a toujours été plutôt que l’homme conscient de son devoir. Quand elles vous parlent de patriotisme, ajoutez : à leur profit ; quand elles crient à la destruction de l’esprit militaire, tradui-

sez ; de l’autorité du sabre qui est leur seule sauvegarde contre la raison grandissante. Insensées ! elles veulent arrêter le progrès. L’histoire ne leur apprend donc rien ? Elles seront donc éternellement les agents de la nuit? Elles seront brisées, car Dieu le veut !

Mais laissons de côté la question du soldat, c’est de l'ofücier que nous voulons nous occuper, car, pour beaucoup de gens, c’est lui surtout qui est l’armée. Quand on parle de l’honneur de l’armée, quand du haut de la tribune française, des ministres indignes osaient se faire l’écho de cette accusation infâme, fausse et mensongère : on attaque l’armée, le bon peuple de France croyait qu’il s’agissait de l’armée pour de bon. Il ignorait qu’on voulait seulement sauver quehjues misérables, que non seulement l’armée n’était pas attaquée, mais que le corps d’ofliciers ne l’était pas non plus, malgré certaines solidarités répugnantes et honteuses qu’on lui a imposées, qu’il semble même avoir recherchées, hélas ! Cela prouve qu’il y a dans son organisme des ressorts faussés, qu’il faut redresser en hâte sous peine d’arrêt mortel. Dans une œuvre de justice et de vérité on a vu les ofticiers se ranger presque tous sous la bannière noire du crime. Cela prouve une mentalité particulière qu’il faut éclairer.

En parlant ainsi nous n’envisageons pas seulement l’éventualité d’une guerre. Qu’elle ait lieu ou non, qu’elle soit défensive ou offensive, il faut que l’oflicier français se transforme. Notre démocratie montant vers la lumière a oulilié l’oflicier en route ; elle s’étonne maintenant de le trouver dans le Passé. A qui la faute?

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Ce fut une grave erreur pour la République que de croire qu’elle pourrait revêtir la défroque de la | monarchie, quitte à changer d’étiquette. Ce n’était 1 pas l’enseigne qu’il fallait changer, mais bien tous | les organes, et l’oflicier en était un des principaux. | Oui, on a raison de le dire, il y a incompatibilité entre l’armée telle qu’on l’a conçue jusqu’ici et la 'j démocratie. Si elle n’y prend pas garde, celle-ci en ] mourra. Jetons donc les bases d’une nouvelle or- ^ ganisation militaire, plus en harmonie avec l’esprit i du siècle. |

Pour notre part, nous nous étions proposé d’étu- à dier ici, en notre âme et conscience, l’officier dans 1 son milieu. Nous l’avons fait suivant nos faibles î forces, mais avec le souci constant de l’honnête J homme préoccupé sans cesse de ne rien affirmer qui î ne fût rigoureusement vrai. Nous avons eu beau- 1 coup de critiques à faire, hélas ! et elles ont été î quelquefois très sévères. N’importe. Nous ne pou- | vions pas nous soustraire à ce devoir ; éclairer le j peuple et contribuer à préparer la voie de l’avenir. î Il faut que chacun y mette du sien. Chacun peut se rendre utile, chacun doit concourir à l’avénement du Bien. On nous accusera d’attaquer l’armée, • nous qui en sommes, nous qui avons l’honneur de ^ porter l’épaulette. Nous n’attaquons pas l’armée, > nous la concevons tout autre, voilà tout. L’armée comme toutes les institutions humaines ne saurait se figer dans l’immobilité; elle doit suivre l’évolu- j tion fatale de la société, sous peine de mort. j Nous ne nous abaisserons pas à nous justifier | davantage. i

Quand nous disons ; « Nous qui avons l’honneur j

de porter l’épaulette », nous n’entendons nullement revendiquer pour l’officier un honneur supérieur ni spécial. Pour nous, ce n’est pas la fonction qui ennoblit l’homme, mais l’homme qui enno])lit la fonction. Nous dirions tout aussi bien ; nous qui avons l’honneur de manier l’outil ou de conduire la charrue. L’acte de l’honnête homme est toujours noble; il est plus ou moins important pour la société, voilà tout. De ce point de vue, tout en reconnaissant la nécessité de celui de l’officier, pour un certain temps encore, nous sommes loin de placer cette nécessité en première ligne.

Sur ce, nous soumettons notre modeste travail, en toute confiance, à l’appréciation du public, persuadé que nous aurons avec nous tous les esprits libéraux et éclairés, tous les hommes soucieux du bien du pays et du bien de l’humanité. Des autres nous n’avons cure; nous savons que tôt ou tard ils viendront à la lumière et nous les y attendons : ils peuvent bien nous entraver un moment, mais ils ne sauraient nous arrêter.

TABLE DES MATIERES

Avertissement .

Appel aux instituteurs et aux institutrices DE FRANGE .

Introduction .

IL — L'officier; son origine; son état d’esprit général .

III. — Rapports de l’officier avec ses inférieurs, ses égaux et ses supérieurs. — Quelques mots sur les « postards. » — Relations mondaines dans l’élé-

' ment militaire et dans l’élément civil. — Femmes d’officiers. — Nostalgie des officiers retraités. .

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