MYSTÈRE DOULOUREUX
Nous avons tant souffert des crachats sur ta face, Nous avons tant souffert du rouge de ton front, Nous avons tant souffert. Mère des pures races, De voir passer sur toi le souffle qui corrompt ;
Et nous avons suivi ton douloureux calvaire
Tant de jours et de jours, tant de mois et de mois.
Qu'aujourd'hui nous crions, délivrés, vers ta croix:
Regarde, les voici tous tes fils, ô ma Mère, Tous les fils de ton sang, tous les fils de ta foi, Unis pour te sauver une nouvelle fois!
Ton cœur est encor là, percé de mille glaives, O Mère de douleur que souille l'ennemi, Ton front est endeuillé, mais le jour qui se lève Sur ta croix de tourments te ranime à demi.
Nous t'avions enlevé, ô Mère, ton armure; C'est notre faute à tous si ton flanc découvert A senti tout à coup la morsure du fer Du barbare assassin qu'enivre ta blessure.
C'est notre faute à tous, ô Mère sans veilleurs, O phare sans gardiens sur la nuit de la côte, C'est notre faute à tous, notre très grande faute, Si près de toi s'étaient endormis les meilleurs.
Aujourd'hui, à tes pieds, dans l'effroi du supplice, Sentant couler sur nous ton sang immaculé. Nous jurons de chasser toute l'ombre complice Qui cache ton front étoile.
Nous jurons à jamais d'être gardiens fidèles Des tabernacles purs où vit ton cœur fervent. Et de mourir pour toi, pour ta gloire immortelle Et tes destins sacrés, ô Mère des vivants!