MATER DOLOROSA
O Mère, verse-nous le breuvage de vie.
Le vrai, le pur, celui de l'immortalité; Que ton chemin de croix soit la route suivie Par les cœurs assoiffés d'ardente vérité!
Que nos mains lentement sur ton auguste face Apaisent la morsure et la rage du feu,
Que nous ne trouvions plus sur toi, Mère, la trace Des ennemis des peuples libres et de Dieu.
Jamais, ô toi qui viens à nous de faire signe, O Mère d'héroïsme et de sainte douleur, Tu n'avais apparu si suave et si digne
Qu'avec ton beau visage en pleurs.
Jamais ta voix criant dans notre nuit, aux armes ! N'avait mieux retenti dans l'âme oii tout se fond ; O ma Mère, jamais tes yeux noyés de larmes Ne nous avaient semblé si doux et si profonds.
Tu restais là, debout comme une pauvre veuve. L'infini semblait sourd à ton fervent appel. Et Ton ne voyait pas les lumières du ciel Eclairer ta sanglante épreuve.
Tout se mourait en toi, rien de clair n'avait lui, L'ennemi te voulait dans la paix de la tombe. De tes fils il rêvait la dernière hécatombe Et leur écrasement à jamais dans la nuit.
Mais, ô toi la plus belle et la plus magnifique Des grandes nations de la terre de Dieu, Le ciel ne voulut pas ta mort, même héroïque. Ni ton oubli dans ce bas-lieu.
Ton appel émouvant retentit dans les âmes. Tous tes fils réveillés bondirent à ta voix, Et dans leurs yeux ardents on vit briller les flammes Du sacrifice et de la foi.
Aujourd'hui le passé glorieux sort des cendres, Et ton visage empreint de haute majesté. Apparaît comme au ciel vient planer et descendre La ferveur d'un beau soir d'été.
Tout te sera rendu, ta grâce sans mélange. Ton prestige sacré, ta grandeur d'autrefois. Et déjà dans le ciel des héros et des anges. J'entends le Verbe saint s'écrier : Gloire à toi !