A LA FRANCE
Je dirai ta louange, ô ma France, en ce jour : Mon chant est un psaume à ta gloire, Mon chant est un cri de victoire, Mon chant est un hymne d'amour.
Tout mon esprit ravi de haute et noble joie, Vaste, sur ton passé, sur ton présent flamboie. O France, j'ai connu ton règne trois fois saint, Le sens de ta raison, le but de ton dessein,
Ta vigueur et ton envergure, Ce que tu es déjà, ce que tu préfigures.
L'Eternel a veillé sur toi, le Tout-Puissant A mis la flamme généreuse dans ton sang,
Et dans tes yeux le reflet d*or de son image, Et dans ton cœur et sur tes lèvres le langage Le plus harmonieux du monde et le plus doux.
Il a dit à ses fils : Devenez ses époux, Les fiers époux de ses mûriers et de ses vignes ; Je vous livre à jamais ces richesses insignes. A vous ses vins mûris par les soleils dorés. Ses fleuves lents et bleus, ses coteaux mesurés. D'âge en âge, éblouis, vous redirez la grâce De l'Epouse donnée à votre amour ardent. Prenez, elle est à vous, elle est à votre race, Au labeur enchanté de tous vos descendants.
Et je vous établis sur ce sol riche d'ondes ; Vous sèmerez et vous bâtirez tour à tour ; Et les blés jaunissants et les vignes fécondes,
Et vos filles menant leurs rondes.
Et les cités portant leurs remparts et leurs tours Rediront sa louange ardente chaque jour.
Et c'est ainsi, ma France, ô divine épousée, Que les grâces d'en-haut sur toi se sont posées. Tes pampres ont poussé, tes moissons ont mûri, Et toujours sous les cieux éternels tu souris, Heureuse d'inspirer en cadences parfaites Le verbe harmonieux et saint de tes poètes.
Ils ont chanté l'ombre suave de tes bois,
La ligne de tes parcs, tes chaumines, tes crèches,
Tes fontaines, tes filles fraîches, Tes guerriers, tes savants, tes légendes, tes rois.
Ils ont chanté tes champs de blé, tes paysages. Ton beau sol qui produit le cep et l'olivier; Et tes trésors partout se sont multipliés Exaltant à leurs yeux ta merveilleuse image.
Ils ont dit tes vins frais de Champagne et du Rhin, Et ton Rhône grondant et ses vastes méandres. Les vignes du midi, ses garrigues, ses pins. Et les lourdes moissons des plaines de la Flandre.
Ils ont dit sans jamais se lasser tes beautés,
Ton charme, ta franchise et le nom de tes Princes,
Ton désir de la gloire et de la majesté
Et les anciennes mœurs de tes vieilles provinces.
Ils ont dit ton amour des parcs et des châteaux, Et tous ces noms, échos chantants de ton histoire, Chambord et Blois, Langeais, VendômeetChenonceaux, Cités des rois, cités des dieux, cités des eaux, Ecloses sur les bords enchanteurs de la Loire.
Ils ont dit sans arrêt, sans se lasser jamais, L'immortelle beauté des fières cathédrales,
La nef d'Amiens et le chœur de Beauvais, Reims la royale.
Ils ont jeté dans leurs vers avec foi. Tout ton parler, toute ta grâce, ô France, De ton Béarn aux plaines de l'Artois, Des châteaux de Touraine aux vieux mas de Provence.
Ils ont dit ta Bretagne et ses croix de granit, Ta Normandie avec ses enclos et ses pommes,
l'offrande héroïque II
Toutes tes villes et leurs hommes, Tous tes 'vergers avec leurs fruits, Toute la France avec ses raisins diaphanes. Et la Lorraine avec Jehanne Et Geneviève avec Paris.
Je pense alors à vous, ô mes frères, mes maîtres
Dans le divin parler qui rend jaloux les dieux ;
Je pense à vous, ô doux amis des belles-lettres,
Ronsard et du Bellay, chantres mélodieux
Du Vendômois et de la douceur angevine ;
Je pense à vous Chénier, Hugo et Lamartine :
Comme vous la chantiez cette France divine,
Celle de Fontenoy, de Valmy, de Bouvines,
L^épouse du soleil, la terre des héros,
La terre de Bayard, la terre de Turenne,
La terre de Napoléon et de Marceau,
La terre de justice et non celle des haines,
La noble, la sacrée, aux mains de gloire pleines.
Qui vénérant ses vieux autels et ses tombeaux.
Pousse vers un demain toujours, toujours plus beau,
A l'infini, la plus parfaite race humaine.
O France, heureux celui qui prononce ton nom, Dont le cœur a goûté ta joie et ton bien-être. Dont ta gloire est la sienne et sien le grand renom De tes héros, de ton passé, de tes ancêtres.
Heureux celui qui peut te contempler, heureux Qui possède en ton sein ses champs et sa chaumière, Heureux celui qui peut, ma France, à ta lumière Vivre, aimer et fermer les yeux.
Heureux celui qui peut savourer tes délices. Heureux qui sous ton ciel clément a vu le jour, Heureux qui sent pour toi un généreux amour, Et donnerait fervent sa vie en sacrifice Et tout ce qu'il vénère et qu'il chérit le plus, S'il le fallait, pour ta défense et ton salut, O terre de fraternité et de justice !
DYPTIQUE