‹ L'offrande héroiqueChapitre 3 sur 28 · L EMPEREUR FOURBE · texte numérisé non relu

L EMPEREUR FOURBE

Oh ! guerre, vision de deuil et d'épouvante ! Dans un fleuve de sang et de feu la tourmente Ronfle et tournoie et vient saccager l'univers. Les villes hurlent en tombant, les glas résonnent, L'incendie en vols fous s'étend, les canons tonnent Avec un tumulte d'enfer.

Qui donc a déchaîné ces maux et ces fanfares ? Quel est le monstre, issu des époques barbares. Assez dénaturé de cœur, assez maudit.

Pour avoir dévasté les nations prospères ? Son nom, écoutez-le, son nom qui désespère, Le monde le prononce et dit :

C'est Guillaume, le Néron fou des Allemagnes, C'est le Hohenzollern qui garde pour compagnes Ces deux sœurs de la nuit, le mensonge et l'orgueil, C'est l'Attila lauré, pourvoyeur du sépulcre, Le Kaiser assoiffé de puissance et de lucre. Le thuriféraire du deuil.

C'est lui le noir suppôt des esprits de l'abîme. Le Vandale qui pousse aux pillages, aux crimes, A la destruction de tous les purs trésors. Anathème sur lui, anathème, anathème !

Car il a dit à sa cohorte qui blasphème

Et qui sans fin hurle à la mort :

(( Allez, vous formez tous, ô mes reîtres sauvages. Le plus savant des peuples forts et le plus sage, La science sacrée hante votre cerveau, Et le monde appartient à votre faim vorace ; Massacrez et pillez, fils des Huns, fauve race, Alliés sanglants des fléaux.

A nous tout l'univers et l'éternel empire, Tout ce qui naît, tout ce qui pense et qui respire ; Le soleil est à nous, Dieu lui-même est à nous ; Rien ne doit résister à nos désirs rapaces, Les autres nations doivent céder la place Et nous adorer à genoux.

Nous possédons pour nous la puissance du nombre. Bientôt notre pays couvrira de son ombre Les peuples radieux nés au soleil latin ; Nous détruirons leurs dieux de paix et de lumière Et nous ferons du monde entier une tanière Où nous cacherons nos butins.

La force crée un droit, et ce droit, c'est le nôtre ; Nous en sommes les messagers et les apôtres, Nous l'affirmons partout avec nos mains en sang. A la Belgique à bas que j'étreins à la gorge, Une dernière fois avant qu'on ne l'égorgé,

Je lui crie : Approuve et consens !

Consens, sinon ton sol recevra pour semailles Tout le sang de tes fils fauchés par la mitraille ; Consens, Pologne, et toi la France, et toi l'Anglais.

i6 l'offrande héroïque

Consentez à jamais, vaincus, à reconnaître En le Kaiser vainqueur le surhomme et le maître De faire tout ce qu'il lui plaît ! »

Mais des signes brillaient aux confins de Tespace, Des protestations montaient de place en place, Tous les héros sacrés se levaient des tombeaux. Les autels frémissaient sur leurs pierres en cendres, Et dans la nuit brutale où paraissait descendre Le monde privé de flambeaux,

Des voix hautes passaient, de grandes voix d'oracles, Des lueurs flamboyaient au fond des tabernacles. Les églises en deuil, les croix des monuments S'agitaient, et dans l'heure oii tout tombe et se couche, L'univers soulevé n'était plus qu'une bouche Qui disait au kaiser dément :

Ton peuple comme toi a goûté la folie ; Une rage de meurtre infernal où s'allie Tout l'ancien appétit barbare d'Attila,

Te pousse pour jamais, sous l'orgueil qui t'anime, ^ lancer, pêle-mêle et yeux clos dans l'abîme, Tes dieux, ton sceptre et tes soldats,

Un délire mauvais te tient et te possède, Fu chantes mais demain tu demanderas l'aide Des cieux désormais sourds et vides à ta voix, Car tu as bafoué les vieilles races libres Et tu as déplacé tout l'ancien équilibre Basé sur l'honneur et le droit.

Et vous, Germains, gorgés de monstrueux systèmes. Vous avez écouté non la voix qui dit, aime. Mais celle qui toujours conseille ou clame, hais ; Vos philosophes ont semé sur votre route La suffisance, l'orgueil fou, le crime, toutes Les suggestions du Mauvais.

Vous avez torturé les vieillards et les femmes. Crucifié nos fils, fait des actes infâmes. Des vierges de chez nous, vils, arraché les seins. Vos cœurs sont restés durs et vos oreilles sourdes, Le mal vous a donné à tous des âmes lourdes Et des entrailles d'assassins.

i8 l'offrande héroïque

Vous avez tout souillé de votre fiel, barbares ; Vous avez fait s'éteindre au bruit de vos fanfares Les flambeaux consacrés des temples de Louvain ; Vous avez tout détruit, tableaux, chef s-d'œuvres, livres ; Vous vous êtes vautrés comme des brutes ivres Dans les caves pleines de vin.

Vous avez ravagé les villes de la Flandre, Vous avez tout pillé, sali, tout mis en cendres, Et Reims sous vos obus s'écroule dans le bruit Vous avez blasphémé les Présences divines. Brûlé Namur, brûlé Dinant, brûlé Malines Et semé le deuil et la nuit.

Vous avez méconnu le droit à l'existence De la sainte Belgique et menacé la France, Mais la France est vivante et répond à vos coups. Elle est là, mâle et fière, et pure et les mains blanches, Et demain, et demain la fougueuse avalanche De ses soldats sera sur vous.

Des chants montent déjà sur la patrie en fête, Et sur vos fronts courbés passe un vent de défaite, Uorage gronde au loin, les pierres prennent voix, Le sang crie et demande au ciel comme vengeance. Et c'est dans l'univers, un chœur, un chœur immense Où tout vous accuse à la fois.

Déjà sur votre orgueil flotte Tombre du doute. Vos cohortes en sang pressentent la déroute ; Augustowo, Prasnysz, et la Marne et TYser, Sont des coups sourds portés à vos sanglantes meutes ; Et Berlin affamé, que menace l'émeute.

Tremble dans ses remparts de fer.

Déjà vos aigles noirs délaissant le carnage, Regagnent éperdus leurs repaires sauvages ; Du ciel de feu descend l'Ange exterminateur ; Le vent souffle ; et sans fin parcourant son royaume, Passe, vaincu déjà, Guillaume deux, Guillaume Le fourbe et parjure empereur.

Sans arrêt une voix lui murmure à l'oreille, C'est celle du vrai Dieu qui créa les merveilles

Du monde et mit au cœur humain l'amour du droit, Elle dit : Tremble, tremble, ô funèbre monarque. Sur ta nation fauve entends le vol des Parques Et des oiseaux noirs de l'effroi.

Ton orgueil sera mis au tombeau, roi superbe, Tes bataillons seront écrasés comme l'herbe, Sur les tiens et sur toi, anathème et malheur ! Ta puissance sera descendue en la tombe, Et tu ne seras plus qu'une chose qui tombe, O roi, de toute sa hauteur.

Et ton règne sera voué au long des âges A l'exécration de tous les peuples sages. Ton nom sera honni jusqu'à la fin des temps ; L'on dira : c'était lui l'empereur de l'abîme, L'antéchrist monstrueux, le sectateur du crime. Le fils dévoué de Satan.

Et tu devras répondre un jour — oh jour auguste! ■ De tout ce que tu fais de mauvais et d'injuste. De tous les pleurs versés et du sang répandu.

Face à Dieu, tu devras te lever sans armure, Tu parleras. Alais à ton appel, roi parjure, Il ne sera pas répondu.

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