ACTE TROISIÈME
ces pressentiments douloureux qui sont, pour celles qui aiment, de claires visions de l'avenir !.. .
SALV1ÈRE, allant à Madeleine et lui prenant la main, un peu agacé.
Allons! voyons!... en voilà assez!... Dismoi le fond de ta pensée tout de suite... Dismoi ce que tu veux me dire!... Situ sais, ou si tu crois savoir quelque chose, parle franchement. Ce sera plus digne de toi et nous nous expliquerons. Mais ne nous énervons pas avec des sous-entendus et n'essaye pas de m'attraper avec les petits pièges que j'aperçois derrière chacune de tes phrases. Crois-tu qu'Yvonne soit ma maîtresse? Dis oui ou non, nettement. Je saurai au moins sur quoi te répondre.
Je n'en ai aucune preuve et je n'en ai jamais cherché. La vérité, si je dois la connaître un jour, ce sera par le hasard ou par
toi... Mais, pourtant, ce dont je suis sûre, c'est qu'un homme, surtout un homme de ta valeur et de ta trempe, n'abandonne pas tout à coup, sans des raisons profondes, l'ambition de toute sa vie... Et tu as refusé les propositions de Villerat... Comment je lai appris? Oh! peu importe... C'est un fait, ça, c'est un fait. Tu les as refusées en dehors de moi et sans me consulter... Et pourquoi? si ce n'est pas pour rester auprès d'Yvonne... C'est l'évidence... c'est l'évidence. D'ailleurs, tu n'as jamais été attiré vers une femme comme vers celle-là. Oh! ne le nie pas... Si tu le niais, ça prouverait que tu ne t'en rends pas compte toi-même, toi si clairvoyant! Tout en elle t'intéresse, son caractère, ses malheurs, ou plutôt ses aventures, ses moindres gestes... Tu la trouves originale, vivante. Et elle, penses-tu qu'elle n'ait pas remarqué l'effet qu'elle produit sur toi? Elle ne sera pas longue à en profiter, sois tranquille! Elle aussi, elle a changé. Ce n'est plus la petite fille résignée et courageuse que nous avons connue... Elle est embusquée et elle te guette... tu es le seul h ne pas t'en aper-