ACTE QUATRIÈME
YVONNE
Je ne nie pas ce fait... Tu sauras un jour que j'ai assez d'excuses pour n'en avoir pas honte, que j'ai été, en tout cas, désintéressée et sincère, et que je n'ai commis aucune vilenie... Mais il n'est pas question de ça. Ce que je nie, tu entends, ce que je nie, c'est d'avoir forcé monsieur Salvière à une explication qui l'aurait amené à se séparer de sa femme. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai! 11 est impossible que madame Salvière t'ait afflrmé une chose pareille.
ROLAND
C'est que tu ignores ce qui s'est passé entre elle et son mari, après ton départ.
YVONNE
S'il y avait eu quoi que ce soit de grave, je l'aurais su... dès hier soir.... Et, d'ailleurs, je vais le savoir tout à l'heure. Tu avoueras, en tout cas, qu'il est étrange que madame Salvière te raconte ces choses-là, à toi !
ROLAND
Elle se défend. Elle m'appelle à son secours. Est-elle tenue envers toi à de la délicatesse ? à des ménagements ? à des précautions? Tu lui as brisé son ménage, détruit son bonheur, quand elle ne t'avait apporté, elle, que du secours et de la sympathie! Et, en se défendant contre toi par tous les moyens, non seulement elle est dans son droit le plus strict, mais encore elle fait son devoir d'honnête femme.
YVONNE
Autant me dire que, moi, je suis une fille perdue !
Non, non, ma petite Yvonne... non, ma chérie, non... Si tu savais quelle tendresse et quelle indulgence j'ai pour toi ! Comme je comprends ce qu'il y a eu de fatal dans ta vie et d'irraisonné, et que tu n'es pas entièrement responsable des malheurs qui nous