ACTE QUATRIÈME
frappent. Je sais bien que malgré tes fautes, ma pauvre chérie, tu es loyale, tu es droite, tu es franche, tu es courageuse, capable, par conséquent, de te racheter par une brave et jolie action... C'est cette action que je te demande, Yvonne, que je te supplie d'accomplir... Vois-tu, il faut prendre toi-même l'initiative d'une rupture avec monsieur Salvière, d'une rupture définitive et immédiate...
YVONNE
Qu'est-ce que tu me demandes, Roland?
Ah ! tu es sévère... On voit que tu es jeune, que tu n'as jamais souffert, et surtout que tu n'as jamais aimé... Quand tu auras un peu plus d'expérience de la vie, tu tiendras un autre langage et tu apprendras que ce n'est pas avec des considérations de droit et de devoir, ou de justice, qu'on arrange les choses de l'amour... J'ai eu tort, je ne dis pas, mais maintenant, il est trop tard. J'aime et je suis aimée, ou du moins, je le crois... Et pour cela, je n'ai rien fait de vilain, tu entends, rien ! Je n'ai pas essayé d'enlever à
madame Salvière son mari. C'est lui qui est venu à moi en me disant qu'il m'aimait... Et je l'aimais aussi... Evidemment, il aurait mieux valu être une héroïne. Je n'ai pas été une héroïne, j'en conviens, mais je te souhaite de ne pas rencontrer dans ta vie de femmes plus perverses et plus indignes que moi !
ROLAND
Je n'insiste pas, Yvonne. Tu as trop de bonnes raisons, je vois, et je suis trop jeune, en effet, pour les comprendre. Seulement, que veux-tu, je suis ton frère et je me fais peut-être une idée exagérée des devoirs que tu as envers maman et envers moi. Je m'étais habitué à la pensée de te garder entre nous deux, de te faire oublier, à force d'affection, et d'oublier moi-même ton premier malheur et ta première faute... Tu as raison, tu as raison, je ne connais pas la vie.
YVONNE
Ne sois pas triste, mon petit Roland !