‹ L'oiseau blesséChapitre 47 sur 136 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

BOMBEL

Vous serez ambassadeur avant Irois mois, et vous ne vous en doutiez pas il y a cinq minutes.

SALVIÈRE, même jeu.

Et je n'en sais même pas absolument certain.

ROMBEL

Oui... oui... je devine que vous me prenez pour un petit jeune homme qui veut faire le malin...

SALVIÈRE

Moi! Bombel, je vous donne ma parole d'honneur qu'il y a peu d'hommes, aujourd'hui, que j'admire autant que vous. Je suis votre aîné d'au moins dix ans, et je me fais, à côté de vous, l'effet d'un petit garçon qui ignore tout de l'existence. Vous êtes comme ça une vingtaine de jeunes gens qui êtes destinés à vous partager Paris, et parmi ces vingt-là, c'est vous le plus fort. Et ce que j'admire surtout en vous, c'est que vous n'êtes pas l'arriviste forcené, l'ambitieux au

teint plombé et aux pommettes saillantes; vous êtes un gaillard très décidé à jouir de la vie. Vous faites la politique étrangère dans un journal du matin, mais vous faites aussi la critique dramatique dans un journal du soir, et vous tenez ainsi un monde dans chaque main. Vous êtes donc un être admirable, Bombel, mais je vous en supplie, ne faites pas d'article sur moi.

BOMBEL

Et que répondrez-vous au ministre s'il vous offre une ambassade?

salvière

Je lui répondrai : « Prenez Bombel », ou plutôt : « Prends Bombel », car je le tutoie.

BOMBEL, lui serrant la main.

Merci, mon cher maître... mais c'est trop. Pas avant deux ans, mais dans deux ans, je compte sur vous... Ah! voici madame Salvière... plus délicieusement élégante et plus belle que jamais.

(Il va lui baiser la main.)

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