‹ L'oiseau blesséChapitre 68 sur 136 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

passager et brutal, le besoin d'avoir à moi un instant vos grands yeux et votre corps svelte... Eh bien, non, ce n'est pas cela... c'est quelque chose de plus profond, de plus tenace qui m'a pris... C'est toute voire personne et l'atmosphère de votre existence... C'est voire fantaisie, votre insouciance du malheur, ce mélange de gaieté et de fatalisme, les bonds hardis et gracieux que vous faites à travers la vie, comme une petite bête de proie... oui... c'est tout cela qui était nouveau pour moi... et qui s'est emparé de, mon imagination... Vous voyez, Yvonne, que je vous offre mieux qu'un caprice!

YVONNE

Une liaison avec vous!... Non, non, ce serait trop grave, trop dangereux... Vous ne me connaissez pas, vous ne savez pas ce que vous risquez... Je me suis résignée une fois h être trahie parce que j'étais jeune et que j'ignorais mon propre caractère... mais aujourd'hui, je me sens très combative, tout d'un coup, presque méchante, presque cruelle...

SALV1ERE

Vous, vous êtes douce comme une petite

tigresse.

YVONNE

Non, j'ai trop d'affection pour vous. Je ne veux pas être forcée de vous faire souffrir.

SALVIÈRE

Je n'ai jamais souffert, justement, ça me manque beaucoup, ça me rend incapable d'un tas de choses.

YVONNE

Prenez-en une autre que moi.

Si vous croyez que je vais souffrir avec la première venue!

YVONNE

Et puis, vous êtes extraordinaire, tout de même! Qui vous dit que je veuille avoir un amant? Et s'il me plaît de rester sage désor-

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