ACTE DEUXIÈME
mais, tranquille, dans ma famille, entre ma mère et mon frère, et en élevant mon enfant! C'est vrai, ça!... Ne dirait-on pas que je suis obligée de prendre un amant, sous prétexte que j'ai commis une première faute? Eh bien, je n'en prendrai pas d'amant... je n'en prendrai plus jamais ! Vous m'entendez? Psi vous, ni personne!
SALVIÈRE
Alors, restez à Nantes et épousez un petit employé! Comme parrain, je me charge de la dot! Mais ne restez pas à Paris, ne fréquentez pas les élèves du Conservatoire et n'allez pas courir dans les journaux!... Seulement, vous avez eu du succès ce soir, vous êtes grisée, et vous flambez! Demain, quand vous lirez votre nom imprimé, vous en serez toute frémissante! Je vous regardais tout à l'heure pendant que vous jouiez et que tous les yeux étaient fixés sur vous... l'ardeur de vivre faisait battre votre cœur et vous donnait la fièvre, et moi qui vous connais, qui vous désire et qui vous aime, je devinais vos sentiments profonds! Osez donc me dire en face,
à moi, que vous ne songez qu'à la vie de famille et à la sagesse! Non, Yvonne, non, trop tard!... Vous avez été meurtrie, vous avez été humiliée, vous avez été trahie, et, que vous en ayez ou non conscience, vous ne Favez pas oublié, vous n'y êles pas résignée et vous voulez prendre votre revanche! Eh bien, prenez-la sur moi! Ça m'est égal!
YVONNE
Raymond, ne faisons pas cette folie... il est encore temps... ne nous voyons plus. Non... non... Je ne veux pas... je ne veux pas.
SALVIÈKE
Alors, je serai très malheureux.
YVONNE
Mais je ne le veux pas non plus, que vous soyez malheureux. Je ne sais pas quoi faire, moi, je ne sais pas quoi faire... Allez-vous-en, Raymond... je vous en supplie... Voici quelqu'un... allez-vous-en!
(Entre Villerat.)