SCENE PREMIÈRE
ROSE, MADELEINE. ANGÈLE, le Docteur LEWIS (Augèle et Madeleine entourent Rose assise et accablée.)
ANGÈLE
Voyons, Rose, réponds à ta mère. Il ne bat ici que des cœurs qui t'aiment, (A Lewis.) N'est-il pas vrai, docleur?
LEWIS
Oui, chère enfant, et nulle mieux que vous ne .«ait trouver le mot qui persuade et qui console.
Que vous dirai-je à tous? votre bonté m'accable et je m'en sens indigne.— Toi, ma mère, dont la vie fut pure, tu ne repousses ni ne maudis la pauvre fille coupable, ~ Vous, mademoiselle An gèle, vous me parlez affectueusement comme jadis ; — vous, docteur, vous laissez tomber sur moi des regards pleins de pitié. — Oh ! vous êtes bons, tous. — Il me semble parfois que j'ai fait un mauvais rêve.
Ii6. L'OISEAU DE PROIE.
MADELEINE
Oui, c'est un mauvais et bien mauvais rêve, ma pauvre enfant, — il attristera la vieillesse de Jean et la mienne et pèsera sur toute ta vie. — Ton père en te ramenant ici n'a dit que ces mots : « Voici une infortunée qui a besoin de soins et d'amour. » — Nous te soignerons et nous t'aimerons.
ROSE
De quelles sublimités sont donc pétris vos cœurs, et pour qui ai-je pu vous oublier, mon Dieu !
AN GÈLE
Tu l'aimais !
ROSE
Est-ce que je le sais moi-môme... Saîs-je, pauvre fille, à quel vertige j'ai cédé!*.. Ah! je suis bien malheureuse* "*
ANORLE
Quoi! tu ne l'aimais pas!
Chère mère* vous comprendre» peut-être ce que je peux à peine m' expliquer à moi-même. — N«n, je ne l'aimais pas, j'obéissais à je ne sais quelle étrange fascination. — Ses paroles, que je savais menteuses, me remuaient jusqu'à l'âme au moment où elles tombaient de 6es lèvres ; mais s'il ne m'eût point poursuivie, obsédée, enivrée, arrachée à moi-même ; jamais, oh ! jamais il n'eût déshonoré votre pauvre enfant.