SCÈNE V
avoir jamais osé se l'avouer à lui-même, et cet hommelà vous aime, pourtant, à mourir avec joie pour vous. — Il est pauvre, — il n'a qu'un nom de hasard, un nom qui n'est pas joli, mais nulle vilaine action n'a souillé sa vie, nulle tache n'est tombée sur son nom ; ce nom-là, seule chose qu'il ait au monde, il vous supplie de l'accepter.
ROSE
Nicaise !
NICAISE
Ohl ne donnez pas à mes paroles un sens égoïste qu'elles n'ont point. Ce n'est pas vous que je demande, ce n'est pas votre amour que j'ose implorer, ce n'est pas le mien que je tente de vous imposer, c'est mon nom que je vous offre comme un refuge.
ROSE
Nicaise, mon ami, vous dites là des choses insen-
sées.
NICAISE
Je dis que vous êtes une pauvre âme blessée, une femme dont la vie est flétrie, une mère qui voudra faire son devoir; je dis qu'il faut à cette âme un consolateur, à cette femme un soutien, à votre enfant un père, et je m'offre d'être tout cela.
ROSK
Oh! Nicaise! il y aurait déjà tant de choses à oublier dans ma vie!
NICAISE
Sur mon honneur, Rose, je vous le jure, il ne sera jamais question du passé.
Vous auriez ce courage de tout oublier, de tout par* donner?
NICAISE
Oui, Rose, je l'aurais, si, toutefois, c'est du courage de se dévouer pour la femme qu'on aime, et si, de temps à autre, un sourire, un regard, un serrement de main me remercient et me récompensent, Rose, je serai largement payé et bien heureux.