‹ L'oiseau de proie: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 14 sur 118 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JEAN

Tu sais combien je suis attaché à M. Pellegrin?

MADELEINE

Je sais aussi combien il est digne de l'affection de tous, lui et mademoiselle Angèle, sa fille.

JEAN

Eh bien, Madeleine, un affreux malheur frappe M. Pellegrin.

MADELEINE

Un malheur! qu'est-ce donc?

JEAN

La faillite!

MADELEINE

La faillite! lui?

Oui! son associé, M. Grandpré, en qui il avait placé toute sa confiance, est en fuite, emportant des sommes considérables. Et M. Pellegrin, l'homme laborieux et probe, dont la signature valait argent il y a quelques jours, va suspendre ses paiements. C'est demain, samedi, le 9, la Banque présentera les effets à échoir le 10, et on ne paiera .pas la Banque...

MADELEINE

Il n'est donc pas si riche qu'on le croyait?

JEAN

Pas assez pour supporter les pertes successives qui l'accablent depuis dix mois. — Il était allé à Marseille

pour recueillir quelques fonds dont la rentrée lui aurait permis, sinon d'éviter, du moins de retarder son désastre, et, dans les circonstances actuelles un retard était peut-être le salut.

MADELEINE

Pauvre M. PellegrinI — mais pourquoi un retard l'aurait-il sauvé?

JEAN

Ah ! c'est une chose affreuse, une trame épouvantable, un de ces crimes plus horribles que ceux que la loi punit, et pourtant la loi n'atteindra pas celui-là.

Que veux-tu dire?

JEAN

Toutes les traites à payer demain sont dans la main du même homme, et de celui-là M. Pellegrin ne peut rien espérer, et à celui-là il ne peut rien demander.

MADELEINE

Pourquoi ?

JEAN

Parce que cet homme est celui qui, il y a vingt ou vingt-deux ans maintenant, s'asseyait au foyer de M. Pellegrin, lui serrait la main et lui volait sa femme.

MADELEINE

Ah ! mon Dieu ! la malheureuse, je la croyais morte !

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