‹ L'oiseau de proie: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 34 sur 118 · SCÈNE III ANGÈLE, PELLEGRIN · texte numérisé non relu

SCÈNE III ANGÈLE, PELLEGRIN

ANGÈLE

Est-ce que c'est raisonnable de se tuer comme cela?... Tu as passé la nuit à travailler. Oh! comme je me mettrais en colère, — si je n'avais quelque chose à te dire.

J'ai peu de temps à te donner, ma chère enfant, et si ce que tu as à me dire n'est pas très pressé...

ANGÈLE

Est-ce que tu vas te reposer ?

PELLEGRIN

Oh ! non, — mais j'ai beaucoup à faire.

ANGÈLE

Eh bien, les affaires attendront. — C'est très joli d'être commerçant, industriel, médaillé de toutes les expositions imaginables, — mais il faut être aussi père de temps à autre.

PELLEGRIN

Parle alors, mais sois brève.

ANGÈLE

Ah ! oui, brève, tu crois que c'est aisé. Ce que j'ai à te dire aurait besoin d'être entouré d'une foule de circonlocutions et de métaphores. C'est bien difficile, va.

PELLEGRIN

Je ne puis pourtant pas deviner...

ANGÈLE

Vois comme tu me dis cela... Oh! c'est dans ces moments-là qu'on regrette de n'avoir pas sa mère. Ma mère! Je ne l'ai point connue! Si elle vivait, si elle était là, il me semble qu'en ce moment elle m'attirerait sur son cœur, elle me regarderait dans les yeux... moi, je baisserais la tête comme ça, et ma confidence serait faite. — Nous nous serions comprises.

PELLEGRIN

Je t'ai déjà priée, chère enfant, de ne jamais me parler de ta mère.

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